Exercice 482 ⭐️⭐️⭐️⭐️ Conservation de la mesure, ENS, Spé/L3

➡️ Calcul d’intégrales

Soit E=C0([0,1],[0,1])\displaystyle E=\mathcal{C}^0([0,1],[0,1]). On dit qu’une fonction uE\displaystyle u \in E conserve la mesure si :

φE , [0,1](φu)(t)dt=[0,1]φ(t)dt.\forall{\varphi}\in{E}\ , \ \int_{[0,1]}(\varphi\circ u)(t)dt=\int_{[0,1]}\varphi(t)dt.

  1. Montrer que si uE\displaystyle u\in{E} conserve la mesure alors u([0,1])=[0,1]\displaystyle u([0,1])=[0,1]. Donner un exemple d’un tel u\displaystyle u.
  2. Soit uE\displaystyle u\in{E} une fonction de classe C1\displaystyle \cal{C}^1 par morceaux qui conserve la mesure, telle que sur chaque morceau u\displaystyle u' soit de signe constant et ne s’y annule pas. Montrer que : y[0,1],xu(x)=y1u(x)=1\forall{y}\in{[0,1]}, \sum_{x|u(x)=y} \frac{1}{|u'(x)|}=1
  3. Soit F:R+R+\displaystyle F : \mathbb{R}^+\rightarrow \mathbb{R}^+ continue, croissante et convexe. On pose n(y)=Card(xu(x)=y)\displaystyle n(y)={\rm Card}(x|u(x)=y). Montrer que : [0,1](Fu)(t)dt[0,1](Fn)(t)dt.\int_{[0,1]}(F\circ |u'|)(t)dt\geq\int_{[0,1]}(F\circ n)(t)dt.

(Amicalement transmis et rédigé par Killian Le Milbeau 🙏, CPGE Chateaubriand)

  1. Soit uE\displaystyle u\in{E}. Alors u est continue sur [0,1]\displaystyle [0,1]. Or l’image d’une fonction continue par un segment est un segment. Donc, u([0,1])=[a,b]\displaystyle u([0,1])=[a,b]0ab1\displaystyle 0\leq{a}\leq{b}\leq{1}.
    Raisonnons par l’absurde. Supposons que a>0\displaystyle a>0 ou b<1\displaystyle b<1. On sait que u\displaystyle u conserve la mesure, donc
    φE,[0,1](φu)(t)dt=[0,1]φ(t)dt.\forall{\varphi}\in{E},\int_{[0,1]}(\varphi\circ u)(t)dt=\int_{[0,1]}\varphi(t)dt.
    Prenon une telle fonction φ\displaystyle \varphi, que l’on définit comme nulle sur [a,b]\displaystyle [a,b] et strictement positive sur [0,a[]b,1]\displaystyle [0,a[\cup]b,1]. Alors :
    (φu)([0,1])=φ([a,b])={0}.(\varphi\circ u)([0,1])=\varphi([a,b])=\{0\}. D’où
    [0,1](φu)(t)dt=0[0,1]φ(t)dt.\int_{[0,1]}(\varphi\circ u)(t)dt=0 \neq \int_{[0,1]}\varphi(t)dt. car [0,1]φ(t)dt=[0,a[φ(t)dt+]b,1]φ(t)dt>0.\int_{[0,1]}\varphi(t)dt=\int_{[0,a[}\varphi(t)dt+\int_{]b,1]}\varphi(t)dt>0. Cela contredit le fait que u\displaystyle u conserve la mesure. Ainsi a=0\displaystyle a=0 et b=1\displaystyle b=1.
    Et donc, u([0,1])=[0,1]\displaystyle u([0,1])=[0,1]. Autrement dit, u\displaystyle u est surjective.

  2. Soit uE\displaystyle u\in{E} une telle fonction. Comme u\displaystyle u conserve la mesure :
    φE,[0,1](φu)(t)dt=[0,1]φ(t)dt.\forall{\varphi}\in{E},\int_{[0,1]}(\varphi\circ u)(t)dt=\int_{[0,1]}\varphi(t)dt. Cette égalité est en particulier vraie pour une fonction φE\displaystyle \varphi\in{E} à support compact et telle que [0,1]φ(t)dt=1\displaystyle \int_{[0,1]}\varphi(t)dt=1. Prenons donc une telle fonction φ\displaystyle \varphi.
    [0,1](φu)(t)dt=1.\int_{[0,1]}(\varphi\circ u)(t)dt=1.
    Traitons maintenant cette dernière intégrale, notre but étant de faire apparaitre la somme demandée. La fonction u\displaystyle u est continue sur [0,1]\displaystyle [0,1] et C1\displaystyle \cal{C}^1 par morceaux.
    Donc, on peut diviser le segment [0,1]\displaystyle [0,1] en segments [ai,ai+1]\displaystyle [a_i,a_{i+1}], sur lesquels u\displaystyle u' est continue, de signe constant et ne s’annule pas.
    Ainsi, par le relation de Chasles :
    [0,1](φu)(t)dt=i[ai,ai+1](φu)(t)dt=1.\int_{[0,1]}(\varphi\circ u)(t)dt=\sum_{i}\int_{[a_i,a_{i+1}]}(\varphi\circ u)(t)dt=1.

Pour tout 0in1\displaystyle 0 \le i \le n-1, la fonction u\displaystyle u établit une bijection (croissante ou décroissante) entre l’intervalle ]ai,ai+1[\displaystyle ]a_i, a_{i+1}[ et un autre intervalle noté ]bi,bi+1[\displaystyle ]b_i,b_{i+1}[. De plus, d’après la première question, chaque x[0,1]\displaystyle x \in [0,1] appartient au moins à un intervalle ]bi,bi+1[\displaystyle ]b_i,b_{i+1}[.

On va à présent s’occuper de l’intégrale. Sur chaque intervalle ]ai,ai+1[\displaystyle ]a_i,a_{i+1}[ on effectue une changement de variable en x=u(t)\displaystyle x=u(t). Ce qui nous donne dx=u(t)dt\displaystyle dx=u'(t) dt et de nouvelles bornes bi\displaystyle b_i et bi+1\displaystyle b_{i+1}. Ainsi :
aiai+1(φu)(t)dt=bibi+1φ(x)(uu1)(x)dx=01φ(x)(uu1)(x)1x]bi,bi+1[dx. \begin{aligned} \int_{a_i}^{a_{i+1}}(\varphi\circ u)(t)dt&=\int_{b_i}^{b_{i+1}} \frac{\varphi(x)}{|(u' \circ u^{-1})(x)|}dx \\ &= \int_0^1 \frac{\varphi(x)}{|(u'\circ u^{-1})(x)|} 1_{x \in ]b_i,b_{i+1}[} dx. \end{aligned}

Par la relation de Chasles :
01(φu)(t)dt=i=0n1aiai+1(φu)(t)dt=i=0n101φ(x)(uu1)(x)1x]bi,bi+1[dx=01φ(x)(uu1)(x)(i=0n11x]bi,bi+1[)dx.\begin{aligned} \int_0^1 (\varphi \circ u)(t) dt &= \sum_{i=0}^{n-1} \int_{a_i}^{a_{i+1}} (\varphi \circ u)(t) dt\\ &= \sum_{i=0}^{n-1}\int_0^1 \frac{\varphi(x)}{|(u' \circ u^{-1})(x)|} 1_{x \in ]b_i,b_{i+1}[} dx\\ &= \int_0^1 \frac{\varphi(x)}{|(u' \circ u^{-1})(x)|} \left( \sum_{i=0}^{n-1} 1_{x \in ]b_i,b_{i+1}[} \right) dx. \end{aligned}

On note N(x)=1(uu1)(x)(i=0n11x]bi,bi+1[).N(x) = \frac{1}{|(u' \circ u^{-1})(x)|} \left( \sum_{i=0}^{n-1} 1_{x \in ]b_i,b_{i+1}[} \right). On a N(u(y))=1u(y)Card{0in1:u(y)]bi,bi+1[}=1u(y)Card{x[0,1]:u(y)=x}.\begin{aligned} N(u(y)) &= \frac{1}{|u'(y)|} {\rm Card}\left\{0 \le i \le n-1 : u(y) \in ]b_i,b_{i+1}[\right\}\\ &= \frac{1}{|u'(y)|} {\rm Card}\left\{x \in [0,1]: u(y) = x\right\} .\end{aligned}
Pour la dernière égalité on a utilisé le fait que u\displaystyle u est surjective sur chacun des intervalles ]ai,ai+1[.\displaystyle ]a_i,a_{i+1}[.

Pour répondre à la question (et sachant que u\displaystyle u est surjective de [0,1]\displaystyle [0,1] dans [0,1]\displaystyle [0,1]), il suffit donc de montrer que la fonction N\displaystyle N est identiquement égale à 1\displaystyle 1. Or on sait que :
φE , 01φ(t)dt=01φ(x)N(x)dx.\forall \varphi \in E \ , \ \int_0^1 \varphi(t) dt = \int_0^1 \varphi(x) N(x) dx.

On peut se “convaincre” (sûrement une preuve rigoureuse serait délicate) que la fonction N\displaystyle N est continue par morceaux sur [0,1]\displaystyle [0,1]. Pour montrer que N=1\displaystyle N = 1, il suffit alors de montrer que 01(N(x)1)2dx=0\displaystyle \int_0^1 (N(x)-1)^2 dx = 0. En développant le carré, on voit qu’il suffit de montrer que 01N(x)2dx201N(x)dx+1=0.\int_0^1 N(x)^2 dx - 2 \int_0^1 N(x) dx +1 = 0. En choisissant ϕ(x)=1N(x)\displaystyle \phi(x) = 1-N(x), on obtient le résultat voulu !

La fonction φ\displaystyle \varphi n’est pas forcément continue me direz-vous… J’ai trop faim pour rédiger les détails…

  1. ça sent Jensen. On va y réfléchir.