Événements & Proba (sans v.a.)

Exercice 117 ⭐️⭐️ Indicatrice d’Euler, événements indépendants, Sup/L1

On choisit de façon équiprobable un nombre entier parmi 1,2,,n\displaystyle 1,2,\cdots,n. Soit 1pn\displaystyle 1\le p\le n et Dp\displaystyle D_p l’événement : "le nombre choisi est divisible par p\displaystyle p".

  1. Calculer P(Dp)\displaystyle P(D_p) si p\displaystyle p divise n\displaystyle n.
  2. Montrer que si p1,,pk\displaystyle p_1,\cdots, p_k sont des diviseurs premiers distincts de n\displaystyle n, alors Dp1,,Dpk\displaystyle D_{p_1},\cdots,D_{p_k} sont indépendants.
  3. Soit ϕ\displaystyle \phi l’indicatrice d’Euler, i.e. ϕ(n)\displaystyle \phi(n) est le nombre d’entiers k{1,,n}\displaystyle k\in\{1,\cdots,n\} premiers avec n\displaystyle n. Montrer que ϕ(n)=npn(11/p),\phi(n)=n\prod_{p|n}(1-1/p),p\displaystyle p désigne un nombre premier et “pn\displaystyle p|n” signifie que p\displaystyle p divise n\displaystyle n.
  • Ecrire calmement les relations de divisibilité ;
  • Evénements indépendants 👉 Complémentaires indépendants.

(D’après Exercices de probabilités, Cottrell et al., Cassini, p.8)

  1. On a n=ap\displaystyle n=a p avec aN\displaystyle a\in\N^*, et Dp={kp,ka}\displaystyle D_p=\{kp, k\le a\}. Donc P(Dp)=a/n=1/p\displaystyle P(D_p)=a/n=1/p car P\displaystyle P est la probabilité uniforme.
  2. Soit p1,,pk\displaystyle p_1,\cdots, p_k des entiers premiers distincts. Si p1,,pk\displaystyle p_1,\cdots, p_k sont des diviseurs de n\displaystyle n alors p1pk\displaystyle p_1\cdots p_k est un diviseur de n\displaystyle n, et réciproquement. Donc Dp1Dpk=Dp1pk,D_{p_1}\cap \cdots \cap D_{p_k}=D_{p_1\cdots p_k}, et ainsi par la question 1), P(Dp1pk)=1/(p1pk)=P(Dp1)P(Dpk).P(D_{p_1\cdots p_k})=1/(p_1\cdots p_k)=P(D_{p_1})\cdots P(D_{p_k}).
  3. Soit A\displaystyle A l’ensemble des nombres n\displaystyle \le n et premiers avec n\displaystyle n, et p1,,pk\displaystyle p_1,\cdots, p_k les diviseurs premiers de n\displaystyle n. Si mA\displaystyle m\in A alors m\displaystyle m n’est divisible par aucun des pi\displaystyle p_i et réciproquement. Donc A=Dp1cDpkc\displaystyle A=D_{p_1}^c\cap \cdots \cap D_{p_k}^c. Par indépendance (valide aussi pour les complémentaires), P(A)=P(Dp1c)P(Dpkc).P(A)=P(D_{p_1}^c) \cdots P(D_{p_k}^c). Comme P\displaystyle P est la probabilité uniforme, P(A)=ϕ(n)/n\displaystyle P(A)=\phi(n)/n. D’où le résultat car P(Dpic)=11/pi\displaystyle P(D_{p_i}^c)=1-1/p_i.

Exercice 183 ⭐️⭐️ X PC 2017, Sup/L1

On suppose que 40\displaystyle 40 hommes et 40\displaystyle 40 femmes défilent dans un ordre aléatoire. Montrer que la probabilité de ne jamais avoir deux hommes ou deux femmes successivement est de l’ordre de un sur le nombre d’Avogadro.

On fait l’hypothèse qu’on ne peut pas distinguer les hommes entre eux et les femmes entre elles. Le nombre de files possibles est alors le nombre de placer 40\displaystyle 40 hommes parmi 80\displaystyle 80 personnes, ce nombre vaut (8040)\displaystyle \binom{80}{40}. Parmi toutes ces files, deux d’entre elles seulement vérifient la propriété de ne jamais avoir deux hommes ou deux femmes successivement : ce sont les files “alternées” HFHFHF\displaystyle HFHFHF\cdots et FHFHFH\displaystyle FHFHFH\cdots. La probabilité recherchée est alors p=2(8040)\displaystyle p = \frac{2}{\binom{80}{40}}. Il reste donc à se convaincre que le nombre 12(8040)\displaystyle \frac{1}{2}\binom{80}{40} vaut à peu près le nombre d’Avogadro… Avec un ordinateur, on trouve sa valeur exacte : 53753604366668088230810\displaystyle 53753604366668088230810, soit 5,37.1022\displaystyle 5,37.10^{22}, qui n’est effectivement pas très éloginé de 6,022.1023\displaystyle 6,022.10^{23} (il y a quand même un facteur 10\displaystyle 10, mais bon…).
Comment arriver à approcher ce nombre sans ordinateur ? On utilise la formule de Stirling n!(ne)n2πn\displaystyle n ! \sim \left(\frac{n}{e}\right)^n \sqrt{2 \pi n}, ce qui donne (2nn)22nπn\displaystyle \binom{2n}{n} \sim \frac{2^{2n}}{\sqrt{\pi n}}, ainsi on a l’approximation 1p280240π=(210)8410π\displaystyle \frac 1p \approx \frac{2^{80}}{2 \sqrt{40 \pi}} = \frac{(2^{10})^8}{4 \sqrt{10 \pi}}. Il faut encore ruser dans les approximations : 210=1024\displaystyle 2^{10} = 1024 vaut à peu près 103\displaystyle 10^3, et 10π31.4\displaystyle \sqrt{10 \pi} \approx \sqrt{31.4} doit se situer à peu près au milieu de 5=25\displaystyle 5 = \sqrt{25} et 6=36\displaystyle 6 = \sqrt{36}, donc 410π22\displaystyle 4 \sqrt{10 \pi} \approx 22.
Au final, ces “calculs de coin de table” donnent 1p1024225.1022\displaystyle \frac 1p \approx \frac{10^{24}}{22} \approx 5.10^{22}. Pas mal comme approximation !

Exercice 184 ⭐️ Boules dans une urne, Sup/L1

Une urne contient une boule blanche et une deuxième boule aléatoire, blanche ou noire, chaque couleur ayant une probabilité 1/2\displaystyle 1/2. On effectue deux tirages successifs sans remise. Calculer la probabilité d’obtenir une boule blanche au deuxième tirage sachant que le premier tirage a donné une boule blanche.

On introduit les événements A\displaystyle A : “la première boule tirée est la boule non aléatoire”, et B\displaystyle B : “la boule aléatoire est de couleur blanche”. On fait l’hypothèse (pas explicitement dans l’énoncé) que les événements A\displaystyle A et B\displaystyle B sont indépendants. De plus, par hypothèse on a P(A)=P(B)=1/2\displaystyle \mathbb{P}(A)=\mathbb{P}(B)=1/2. On considère maintenant les événements C\displaystyle C : “la première boule tirée est blanche” et D\displaystyle D : “les deux boules tirées sont blanches”. On a clairement DC\displaystyle D \subset C. La probabilité que l’on veut calculer est p=P(DC)=P(DC)P(C)=P(D)P(C)\displaystyle p = \mathbb{P}(D | C) = \frac{\mathbb{P}(D \cap C)}{\mathbb{P}(C)} = \frac{\mathbb{P}(D)}{\mathbb{P}(C)}. De plus, on a C=A(AcB)\displaystyle C=A \cup (A^c \cap B), donc (par union disjointe, puis par indépendance) P(C)=P(A)+P(AcB)=P(A)+P(Ac)P(B)=1/2+1/21/2=3/4.\mathbb{P}(C) = \mathbb{P}(A) + \mathbb{P}(A^c \cap B) = \mathbb{P}(A)+\mathbb{P}(A^c)\mathbb{P}(B) = 1/2+1/2 \cdot 1/2 = 3/4. On remarque de plus que les événements B\displaystyle B et D\displaystyle D sont les mêmes : on tire deux boules blanches si et seulement si la boule aléatoire est blanche, donc P(D)=1/2\displaystyle \mathbb{P}(D)=1/2. Ainsi p=1/23/4=23\displaystyle p = \frac{1/2}{3/4} = \frac{2}{3}.

Exercice 190 ⭐️⭐️ n\displaystyle n boules n\displaystyle n boîtes, X PC 2017

On range n\displaystyle n boules distinctes dans n\displaystyle n boîtes. Déterminer la probabilité πn\displaystyle \pi_n qu’une seule boîte soit vide puis donner un équivalent de πn\displaystyle \pi_n lorsque n+\displaystyle n \to +\infty.

Si une seule boîte est vide, cela signifie que n2\displaystyle n-2 boîtes contiennent une seule boule, et une boîte contient deux boules. On peut construire toutes ces configurations avec la procédure suivante : on choisit la boîte vide : n\displaystyle n choix, puis parmi les autres boîtes on choisit celle qui contiendra deux boules : n1\displaystyle n-1 choix, puis on choisit les deux boules qui vont dans cette boîte : (n2)=n(n1)2\displaystyle \binom{n}{2} = \frac{n(n-1)}{2} choix, et enfin on répartit les n2\displaystyle n-2 boules restantes dans les n2\displaystyle n-2 boîtes restantes ((n2)!\displaystyle (n-2)! choix). Le nombre de configurations avec une seule boîte vide est donc n(n1)n(n1)2(n2)!=n(n1)2n!\displaystyle n(n-1)\frac{n(n-1)}{2} (n-2)! = \frac{n(n-1)}{2} n! Comme il y a en tout nn\displaystyle n^n configurations possibles (chaque boule peut aller dans n’importe quelle boîte), on obtient la probabilité πn=n(n1)2n!nn.\pi_n = \frac{n(n-1)}{2} \frac{n!}{n^n}. On obtient un équivalent de πn\displaystyle \pi_n à l’aide de la formule de Stirling : πnn(n1)22πnen2πn5/2en.\pi_n \sim \frac{n(n-1)}{2} \frac{\sqrt{2 \pi n}}{e^n} \sim \sqrt{2 \pi}n^{5/2}e^{-n}.

Exercice 317 ⭐️ Dés de Sicherman, Sup/L1

  1. On lance deux dés classiques et on note X\displaystyle X la somme des scores. Donner la loi de X\displaystyle X.
  2. Les faces des dés de Sichermann sont (1,2,2,3,3,4)\displaystyle (1,2,2,3,3,4) et (1,3,4,5,6,8)\displaystyle (1,3,4,5,6,8). On lance deux dés de Sichermann et on note S\displaystyle S la somme des scores. Montrer que S\displaystyle S suit la même loi que X\displaystyle X.
  3. Est-ce que ça revient au même de jouer au Monopoly avec des dés de Sichermann ou avec des dés normaux ?
  1. Poser Ω\displaystyle \Omega, reconnaître une situation d’équiprobabilité et calculer P(X=k)\displaystyle \mathbb P(X=k) par dénombrement ;
  2. Même réflexe ;
  3. Comparer les probabilités d’obtenir un double.
  1. On modélise la situation par Ω=[ ⁣[1,6] ⁣]2\displaystyle \Omega=[\![1,6]\!]^2, P\displaystyle \mathbb P la probabilité uniforme sur Ω\displaystyle \Omega, et X\displaystyle X la variable aléatoire sur Ω\displaystyle \Omega qui à un couple (i,j)\displaystyle (i,j) associe i+j\displaystyle i+j. On a X(Ω)=[ ⁣[2,12] ⁣]\displaystyle X(\Omega)=[\![2,12]\!]. On a P(X=k)=Card({X=k})36\displaystyle \mathbb P(X=k)=\frac{\mathrm{Card}(\{X=k\})}{36}.
    On peut compter les éléments de {X=k}\displaystyle \{X=k\} pour k[ ⁣[2,12] ⁣]\displaystyle k\in[\![2,12]\!], en faisant la liste de leurs éléments : {X=2}={(1,1)},\{X=2\}=\{(1,1)\}, {X=3}={(1,2),(2,1)},\{X=3\}=\{(1,2),(2,1)\}, {X=4}={(1,3),(2,2),(3,1)},etc...\{X=4\}=\{(1,3),(2,2),(3,1)\},\qquad\text{etc...} Ce travail donne les résultats suivants :
    k23456789101112P(X=k)136236336436536636536436336236136\begin{array}{|c|c|c|c|c|c|c|c|c|c|c|c|}\hline k & 2&3 &4 &5 &6 &7 &8 &9 &10 &11 &12 \\ \hline \mathbb P(X=k) & \frac{1}{36}& \frac{2}{36}& \frac{3}{36}& \frac{4}{36}& \frac{5}{36}&\frac{6}{36} &\frac{5}{36} &\frac{4}{36} &\frac{3}{36} &\frac{2}{36} &\frac{1}{36} \\\hline \end{array}
  2. On recommence ce travail, avec cette fois (on écrit différemment les faces identiques) : Ω={1,2a,2b,3a,3b,4}×{1,3,4,5,6,8}\Omega = \{1,2a,2b,3a,3b,4\}\times\{1,3,4,5,6,8\} Le plus pratique pour faire les décomptes est de faire un tableau à double entrée où on inscrit la somme pour chaque issue de l’expérience :
    12a2b3a3b42344556345564568\begin{array}{|c||c|c|c|c|c|c|}\hline & 1& 2a&2b &3a &3b &4 \\\hline\hline 2& 3& 4& 4& 5& 5& 6\\\hline 3&4 &5 &5 &6 &\dots & \\\hline 4& & & & & & \\\hline 5& & & & & & \\\hline 6& & & & & & \\\hline 8& & & & & & \\\hline \end{array} Au final on s’aperçoit que P(S=k)=P(X=k)\displaystyle \mathbb P(S=k) =\mathbb P(X=k) pour tout k[ ⁣[2,12] ⁣]\displaystyle k\in[\![2,12]\!].
  3. Non. au Monopoly faire un double risque de vous envoyer en prison, or la probabilité de l’évènement E=\displaystyle E=“faire un double”, vaut 436\displaystyle \frac{4}{36} pour des dés de Sichermann, car E={(1,1),(3a,3),(3b,3),(4,4)}\displaystyle E=\{(1,1),(3a,3),(3b,3),(4,4)\}. Elle est donc différente de la probabilité de faire un double pour des dés normaux, qui vaut 636\displaystyle \frac{6}{36}.

Exercice 383 ⭐️ Une urne, Spé/L2

Une urne contient initialement 1\displaystyle 1 boule noire. On tire une pièce jusqu’à obtenir “pile” et on place dans l’urne autant de boules blanches que de “face” obtenus.
On pioche finalement une boule de l’urne. Quelle est la probabilité que ce soit la noire ?

Deux niveaux d’aléa 👉 Formule des probabilités totales.

Notons Bn\displaystyle B_n l’évènement : “on fait n\displaystyle n fois face avant de faire pile”, pour nN\displaystyle n\in\N, et E\displaystyle E l’évènement “on pioche la boule noire”. D’après la formule des probabilités totales,
P(E)=n=0P(Bn)P(EBn)=n=012n+1×1n+1=n=112n×1n.\mathbb P(E)=\sum_{n=0}^\infty \mathbb P(B_n)\mathbb P(E|B_n)=\sum_{n=0}^\infty\frac{1}{2^{n+1}}\times\frac{1}{n+1}=\sum_{n=1}^\infty\frac{1}{2^{n}}\times\frac{1}{n}. On peut reconnaître un développement en série entière connu : x]1;1[, n=0xnn=ln(1x)\displaystyle \forall x\in]-1;1[,~\sum_{n=0}^\infty \frac{x^n}{n}=-\ln(1-x).
Finalement P(E)=ln(1/2)=ln(2)\displaystyle \mathbb P(E)=-\ln(1/2)=\ln(2).

Exercice 384 ⭐️ Urne bicolore, Sup/L1

Une urne contient n\displaystyle n boules noires et n\displaystyle n boules blanches.

  1. On tire successivement n\displaystyle n boules dans l’urne.
    Quelle est la probabilité de piocher toutes les boules noires ?
  2. Même question si le tirage est simultané. Interpréter le résultat.
  1. Réalisation successive d’évènements 👉 Probabilités composées.
  2. Dénombrement (probabilité uniforme sur un univers Ω\displaystyle \Omega à préciser).
  1. En notant Ni\displaystyle N_i : “piocher noir au i\displaystyle i-ème tirage”, et E\displaystyle E : “piocher toutes les noires”, on a d’après la formule des probabilités composées :
    P(E)=P(N1Nn)=P(N1)P(N2N1)P(NnN1Nn1)=n2n×n12n1××1n+1=n!(2n)!/n!=1(2nn). \begin{aligned} \mathbb P(E)& =\mathbb P(N_1\cap \dots\cap N_n)\\ & =\mathbb P(N_1)\mathbb P(N_2|N_1)\dots\mathbb P(N_n|N_1\cap \dots\cap N_{n-1})\\ &= \frac{n}{2n}\times\frac{n-1}{2n-1}\times\dots\times \frac{1}{n+1}\\ &= \frac{n!}{(2n)!/n!}\\ &=\frac{1}{\binom{2n}{n}}. \end{aligned}
  2. On considère cette fois une issue de l’expérience comme étant une sous-partie à n\displaystyle n éléments de l’ensemble B\displaystyle \mathcal B des 2n\displaystyle 2n boules. L’univers Ω\displaystyle \Omega est l’ensemble de toutes les issues.
    L’évènement E\displaystyle E : “piocher toutes les noires” a pour probabilité : P(E)=Card(E)Card(Ω)=1(2nn).\mathbb P(E)=\frac{\mathrm{Card}(E)}{\mathrm{Card}(\Omega)} = \frac{1}{\binom{2n}{n}}.
    Deux observations.
  • On pouvait s’attendre à deux résultats identiques. Si le tirage est successif, il suffit de mettre les n\displaystyle n boules tirées dans un sac, de mélanger, pour obtenir le résultat d’un tirage simultané ( puisqu’on a alors oublié l’ordre où on a pioché les boules). Le nombre de boules noires tirées n’a pas varié quand on a mélangé !
  • Ceci illustre l’importance, dans un calcul de probabilités, du point de vue adopté dans la modélisation de la situation. On voit ici que, dans la question 1, le calcul a été sensiblement plus long que dans la question 2. Le point de vue d’un tirage simultané était donc le bon choix !

Exercice 402 ⭐️⭐️⭐️⭐️ Pile ou face, Ulm 2019, Spé/L3

Deux joueurs jouent à pile ou face jusqu’à ce que le nombre de piles obtenus soit égal au double du nombre de face. Quelle est la probabilité pour que la partie s’arrête ?

Notons Fn\displaystyle F_n (respectivement Pn\displaystyle P_n) le nombre de piles (respectivement faces) obtenus après n\displaystyle n lancers.
Posons Xn=2FnPn\displaystyle X_n=2F_n-P_n, notons Pi\displaystyle \mathbb P_i la probabilité pour une partie qui commencerait à X0=i\displaystyle X_0=i, et pi=Pi(n1 : Xn=0),qi=Pi(n0 : Xn=0).p_i =\mathbb P_i(\exists n\geq 1~:~X_n=0),\qquad q_i =\mathbb P_i(\exists n\geq 0~:~X_n=0). Évidemment, pi=qi\displaystyle p_i=q_i pour i0\displaystyle i\neq 0.
Le but est de calculer p0\displaystyle p_0, qui d’après la formule des probabilités totales, vaut 12(q2+q1)\displaystyle \frac12\left(q_2+q_{-1}\right). Nous allons alors calculer qi\displaystyle q_i pour iZ\displaystyle i\in\Z.
Toujours d’après la formule des probabilités totales, la suite (qi)i0\displaystyle (q_i)_{i\geq 0} vérifie : {q0=1,i1, qi=12(qi1+qi+2).\begin{cases}q_0=1,\\\forall i\geq 1,~q_i=\frac 12\left(q_{i-1}+q_{i+2}\right).\end{cases}
Le polynôme 12(X32X+1)=12(X1)(X2+X1)\displaystyle \frac 12\left(X^3-2X+1\right)=\frac 12(X-1)(X^2+X-1) a trois racines :
1,r=1+52]0;1[s=152<1.\displaystyle 1,\quad r=\frac{-1+\sqrt 5}{2}\in]0;1[ \qquad s=\frac{-1-\sqrt 5}{2}<-1.
Ainsi il existe des réels α,β,γ\displaystyle \alpha,\beta,\gamma tels que : i0,qi=α+β ri+γ si.\forall i\geq 0,\quad q_i=\alpha +\beta~r^i +\gamma~s^i. On détermine ensuite les constantes :

  • (qi)i0\displaystyle (q_i)_{i\geq 0} étant bornée, on a γ=0\displaystyle \gamma=0.
  • i=0\displaystyle i=0 donne α+β=1\displaystyle \alpha+\beta=1.
  • Pour i1, qi=Pi(n1:Xn0)=P0(n1:Xni)iP0((Xn) non minoreˊe)=0\displaystyle i\geq 1,~q_i = \mathbb P_i(\exists n\geq 1: X_n\leq 0)=\mathbb P_0(\exists n\geq 1: X_n\leq -i)\underset{i\to\infty}\to \mathbb P_0((X_n)\text{ non minorée})=0,
    car d’après la loi des grands nombres, P0(Xn+)=1\displaystyle \mathbb P_0(X_n\to+\infty)=1. Ainsi α=0\displaystyle \alpha=0.

Nous venons donc de montrer que : i1\displaystyle \forall i\geq 1, pi=ri\displaystyle p_i=r^i (soit la moitié du travail).
Pour les entiers négatifs, on part des égalités : {q1=r,q0=1,i1, qi=12(qi1+qi+2).\begin{cases}q_1=r,\\ q_0=1,\\\forall i\leq -1,~q_i=\frac 12\left(q_{i-1}+q_{i+2}\right).\end{cases} Il existe des réels α,β,γ\displaystyle \alpha,\beta,\gamma tels que : i1,qi=α+β ri+γ si.\forall i\leq 1,\quad q_i=\alpha +\beta~r^i +\gamma~s^i. On détermine les constantes :

  • (qi)i0\displaystyle (q_i)_{i\leq 0} étant bornée, on a β=0\displaystyle \beta=0.
  • i=0\displaystyle i=0 donne α+γ=1\displaystyle \alpha+\gamma=1.
  • i=1\displaystyle i=1 donne α+γs=r\displaystyle \alpha+\gamma s=r, d’où α=rs1s\displaystyle \alpha=\frac{r-s}{1-s} et γ=1r1s\displaystyle \gamma=\frac{1-r}{1-s}.

Conclusion — On a finalement p0=12(q2+q1)=12(r2+rs1s+1r1s1s).p_0=\frac12\left(q_2+q_{-1}\right)=\frac 12\left(r^2+\frac{r-s}{1-s}+\frac{1-r}{1-s}\cdot \frac 1s\right).
Comme X2+X1=(Xr)(Xs)\displaystyle X^2+X-1=(X-r)(X-s), on a que r2=1r\displaystyle r^2=1-r, rs=1\displaystyle rs=-1, r+s=1,\displaystyle r+s=-1, et (1r)(1s)=1\displaystyle (1-r)(1-s)=1.
On obtient alors, après simplifications : p0=32(1r)=34(35)0, ⁣57.p_0=\frac{3}{2}(1-r)=\frac{3}{4} \left( 3 - \sqrt{5} \right)\approx 0,\!57.

Exercice 437 ⭐️⭐️⭐️ Renforcement d’une urne, Spé/L2

Une urne contient initialement une noire et une blanche. On pioche une boule, puis on la remet en rajoutant une boule de la même couleur. On répète ensuite l’opération.

  1. Calculer la probabilité de piocher indéfiniment des boules noires ?
  2. Même question, si on rajoute à chaque fois deux boules de la même couleur.
  3. Cette fois on rajoute k\displaystyle k boules de la même couleur après le k\displaystyle k-ème tirage. Montrer que cette probabilité est non nulle.

Evènements successifs 👉 Probabilités composées.
Pour une infinité d’évènements, passage à la limite.

Notons Ak\displaystyle A_k l’évènement “piocher noir au k\displaystyle k-ème tirage”.
Il s’agit de calculer la probabilité de B=k=1+Ak\displaystyle B=\bigcap_{k=1}^{+\infty}A_k.
Par continuité décroissante on a P(B)=limP(Bn)\displaystyle \mathbb P(B)=\lim \mathbb P(B_n), où Bn=k=1nAk\displaystyle B_n=\bigcap_{k=1}^{n}A_k.

  1. La formule des probabilités composées (dont on ne rappelle pas l’énoncé) donne ici P(Bn)=12.23.34nn+1=1n+1,\mathbb P(B_n)=\frac 12.\frac 23.\frac 34\dots\frac{n}{n+1}=\frac{1}{n+1}, donc P(B)=0\displaystyle \mathbb P(B)=0.
  2. Cette fois, P(Bn)=12.34.562n12n=(2n)!22n(n!)2\displaystyle \mathbb P(B_n)=\frac 12.\frac 34.\frac 56\dots\frac{2n-1}{2n}=\frac{(2n)!}{2^{2n}(n!)^2}.
    Une application classique de la formule de Stirling :
    P(Bn)4πn(2n/e)2n22n2πn(n/e)2n=1πn\displaystyle \mathbb P(B_n)\sim\frac{\sqrt{4\pi n}(2n/e)^{2n}}{2^{2n}2\pi n(n/e)^{2n}}=\frac{1}{\sqrt{\pi n}}, donc P(B)=0\displaystyle \mathbb P(B)=0.
    Remarque. Même résultat qu’en 1., mais la convergence vers 0 est plus lente ici. Pas étonnant si l’on y réfléchit…
  3. Cette fois, P(Bn)=12.23.451+(1+2++(n1))2+(1+2++(n1))=k=1n1+k(k1)/22+k(k1)/2\displaystyle \mathbb P(B_n)=\frac 12.\frac 23.\frac 45\dots\frac{1+(1+2+\dots+(n-1))}{2+(1+2+\dots+(n-1))}=\prod_{k=1}^n \frac{1+k(k-1)/2}{2+k(k-1)/2}.
    On simplifie : P(Bn)=k=1n(124+k2kuk)\displaystyle \mathbb P(B_n)=\prod_{k=1}^n \left(1-\underbrace{\frac{2}{4+k^2-k}}_{u_k}\right).
    On remarque que ln(P(Bn))=k=1nln(1uk)\displaystyle \ln(\mathbb P(B_n))=\sum_{k=1}^n\ln(1-u_k) converge (vers un réel <0\displaystyle \ell<0).
    En effet ln(1uk)uk2k2\displaystyle \ln(1-u_k)\sim -u_k\sim\frac{-2}{k^2}, t.g. d’une série convergente (à termes de signe constant).
    Ainsi P(B)=e]0;1[\displaystyle \mathbb P(B)=e^\ell\in]0;1[.

Exercice 527 ⭐️⭐️⭐️ Trois piles d’affilée, Spé/L2

On lance indéfiniment une pièce. On note Bn\displaystyle B_n l’évènement “sur les n\displaystyle n premiers lancers la séquence PPP n’apparaît jamais”, et bn=P(Bn)\displaystyle b_n=\mathbb P(B_n).
Par convention, b0=b1=b2=1\displaystyle b_0=b_1=b_2=1.

  1. Montrer que n3\displaystyle \forall n\geq 3, bn=12bn1+14bn2+18bn3\displaystyle b_n=\frac{1}{2}b_{n-1}+\frac{1}{4}b_{n-2}+\frac{1}{8}b_{n-3}.
  2. Soit P=X312X214X18\displaystyle P=X^3-\frac 12 X^2-\frac 14 X-\frac 18.
    Montrer que λC\displaystyle \lambda\in\C est racine de P\displaystyle P si et seulement si 2λ\displaystyle 2\lambda est racine de Q=X3X2X1\displaystyle Q=X^3-X^2-X-1.
  3. Montrer que Q\displaystyle Q possède une unique racine réelle α\displaystyle \alpha, et que 74<α<2\displaystyle \frac 74<\alpha< 2.
    Montrer qu’il possède deux autres racines complexes de module strictement inférieur à α\displaystyle \alpha.
  4. En déduire qu’il existe C>0\displaystyle C>0 tel que bnC(α2)n,\displaystyle b_n\sim C\left(\frac{\alpha}{2}\right)^n,
  1. Notons Pk\displaystyle P_k : “face au k\displaystyle k-ème lancer”, et Fk\displaystyle F_k son complémenatire.
    Notons Bkn\displaystyle B_{k\to n} : “la séquence PPP n’apparaît pas entre les lancers k\displaystyle k et n\displaystyle n, inclus”. On a P(Bn)=P(BnF1)+P(BnP1F2)+P(BnP1P2F3)=P(B2nF1)+P(B3nP1F2)+P(B4nP1P2F3).\begin{aligned} \mathbb P(B_n) &=\mathbb P(B_n\cap F_1)+\mathbb P(B_n\cap P_1\cap F_2)+\mathbb P(B_n\cap P_1\cap P_2\cap F_3)\\ &=\mathbb P(B_{2\to n}\cap F_1)+\mathbb P(B_{3\to n}\cap P_1\cap F_2)+\mathbb P(B_{4\to n}\cap P_1\cap P_2\cap F_3).\end{aligned} Par indépendance (lemme des coalitions),
    P(Bn)=P(F1)P(B2n)+P(P1F2)P(B3n)+P(P1P2F3)P(B4n)bn=12bn1+14bn2+18bn3.\begin{aligned} \mathbb P(B_n)&=\mathbb P(F_1)\mathbb P(B_{2\to n})+\mathbb P(P_1\cap F_2)\mathbb P(B_{3\to n})+\mathbb P(P_1\cap P_2\cap F_3)\mathbb P(B_{4\to n})\\ b_n& =\frac{1}{2}b_{n-1}+\frac{1}{4}b_{n-2}+\frac{1}{8}b_{n-3}. \end{aligned}

  2. On a P(λ)=18[(2λ)3(2λ)2(2λ)1]\displaystyle P(\lambda)=\frac 18\left[(2\lambda)^3-(2\lambda)^2-(2\lambda)-1\right].
    D’où l’équivalence P(λ)=0Q(2λ)=0\displaystyle P(\lambda)=0\Leftrightarrow Q(2\lambda)=0, où Q=X3X2X1\displaystyle Q=X^3-X^2-X-1.

  3. On a Q(x)=3x22x1=(x1)(3x+1)\displaystyle Q'(x)=3x^2-2x-1=(x-1)(3x+1). Donc Q\displaystyle Q est :
    -strictement croissante sur ];1/3]\displaystyle ]-\infty;-1/3],
    -strictement décroissante sur [1/3;1]\displaystyle [-1/3;1],
    -strictement croissante sur [1;+[\displaystyle [1;+\infty[.
    Comme Q(1/3)=2227<0\displaystyle Q(-1/3)=\frac{-22}{27}<0, on en déduit (théorème de la bijection monotone) que Q\displaystyle Q possède une unique racine réelle α\displaystyle \alpha avec α>1\displaystyle \alpha>1.
    Comme Q(7/4)=29/64<0\displaystyle Q(7/4)=-29/64<0 et Q(2)=1>0\displaystyle Q(2)=1>0, d’après le T.V.I. on a : 74<α<2\displaystyle \frac 74<\alpha< 2.

  4. α\displaystyle \alpha n’est pas racine de Q\displaystyle Q' donc c’est une racine simple de Q\displaystyle Q.
    Comme Q\displaystyle Q est scindé dans C\displaystyle \C et à coefficients réels il possède deux autres racines conjuguées β\displaystyle \beta et β\displaystyle \overline\beta avec βCR\displaystyle \beta\in\C\setminus\R.
    Le coefficient dominant de Q\displaystyle Q étant égal à 1\displaystyle 1, on a Q(X)=(Xα)(Xβ)(Xβ)\displaystyle Q(X)=(X-\alpha)(X-\beta)(X-\overline\beta).
    L’identification du coefficient constant donne alors αβ2=1\displaystyle -\alpha|\beta|^2=-1, soit α=1β2\displaystyle \alpha=\frac{1}{|\beta|^2}.
    Ainsi β<1<α\displaystyle |\beta|<1<\alpha.
    (bn)\displaystyle (b_n) est une suite récurrente linéaire d’ordre 3\displaystyle 3, son polynôme caractéristique P\displaystyle P possède trois racines distinctes α2, β2\displaystyle \frac{\alpha}{2},~\frac{\beta}{2} et β2\displaystyle \frac{\overline\beta}{2}. Par conséquent il existe des constantes C1,C2C\displaystyle C_1,C_2\in\C telles que pour tout nN\displaystyle n\in\N :
    bn=C1(α2)n+C2(β2)n+C2(β2)n.b_n=C_1\left(\frac{\alpha}{2}\right)^n+C_2\left(\frac{\beta}{2}\right)^n+\overline{C_2}\left(\frac{\overline\beta}{2}\right)^n. Enfin comme β<α\displaystyle |\beta|<\alpha, et C1]0;+[\displaystyle C_1\in]0;+\infty[ (justifications plus loin), les deuxième et troisième terme sont négligeables par rapport au premier et donc
    bnC1(α2)n.b_n\sim C_1\left(\frac{\alpha}{2}\right)^n.
    Justifions que C10\displaystyle C_1\ne 0, en raisonnant par l’absurde : on suppose C1=0\displaystyle C_1=0.
    Alors comme bnR\displaystyle b_n\in\R les deux derniers termes sont conjugués et donc bn=2Re(C2(β2)n)\displaystyle b_n=2\mathrm{Re}\left(C_2\left(\frac{\beta}{2}\right)^n\right).
    En notant C2=reit\displaystyle C_2=r e^{it} et β=ρeiθ\displaystyle \beta=\rho e^{i\theta} (r,ρ>0\displaystyle r,\rho>0), ceci donne bn=2r(ρ2)ncos(t+nθ)\displaystyle b_n=2r\left(\frac{\rho}{2}\right)^n\cos(t+n\theta).
    Or θ0[π]\displaystyle \theta\ne 0[\pi] donc il existe n0N\displaystyle n_0\in\N tel que t+n0θ]π;3π/2[\displaystyle t+n_0\theta\in]\pi;3\pi/2[ modulo 2π\displaystyle 2\pi, et donc bn0<0\displaystyle b_{n_0}<0. Ceci est une contradiction car bn0\displaystyle b_{n_0} est une probabilité.