Topologie des espaces matriciels

Exercice 71 ⭐️ Groupe orthogonal compact, L2/MP

Montrer que le groupe orthogonal On(R)\displaystyle O_n(\R) est un compact de Mn(R)\displaystyle M_n(\R).

Fermé : image réciproque d’un fermé par une application continue.

On(R)\displaystyle O_n(\R) est l’image réciproque du singleton {Id}\displaystyle \{Id\} par l’application continue PPPT\displaystyle P\mapsto PP^T, donc On(R)\displaystyle O_n(\R) est fermé dans Mn(R)\displaystyle M_n(\R).
Toutes les normes sont équivalentes sur l’e.v. de dimension fini Mn(R)\displaystyle M_n(\R), considérons la norme opérateur P=maxX2=1PX2\displaystyle \|P\|=\max_{\|X\|_2=1}\|PX\|_2. Si POn(R)\displaystyle P\in O_n(\R), alors P=1\displaystyle \|P\|=1 car P\displaystyle P est une isométrie. On en déduit que On(R)\displaystyle O_n(\R) est fermé borné dans Mn(R)\displaystyle M_n(\R) qui est de dimension finie. Donc On(R)\displaystyle O_n(\R) est compact.

Exercice 276 ⭐️⭐️⭐️ Caractérisation topologique de propriété algébrique, X MP 2019, L2/L3

Pour MMn(C)\displaystyle M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}), on note S(M)={PMP1, PGLn(C)}\displaystyle S(M)=\{ PMP^{-1},\ P \in \mathrm{GL}_n(\mathbb C)\}.

  1. Montrer : ε>0,MεS(M) / ij, Mε(i,j)ε\displaystyle \forall \varepsilon > 0, \exists\, M_\varepsilon \in S(M)\ /\ \forall i\neq j, \ |M_{\varepsilon}(i,j)| \leqslant \varepsilon.
  2. Prouver : M\displaystyle M est diagonalisable     S(M)\displaystyle \iff S(M) est fermé.
  3. Montrer : M\displaystyle M est nilpotente     0Mn(C)S(M)\displaystyle \iff 0_{\mathcal{M}_n(\mathbb{C})} \in \overline{S(M)}.

(Enoncé d’après RMS)

  1. On a une matrice dans Mn(C)\displaystyle \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) et on ne sait pas quoi faire 👉 Trigonaliser pour voir ce qui se passe !
  2. Question théorique sur la diagonalisation 👉 Il existe un polynôme annulateur scindé à racines simples.
  1. Comme MMn(C)\displaystyle M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}), on peut la trigonaliser : il existe QGLn(C)\displaystyle Q \in GL_n(\mathbb{C}) telle que M=Q1TQ\displaystyle M = Q^{-1}TQ, avec T\displaystyle T triangulaire supérieure. Soit D=diag(d1,,dn)\displaystyle D = {\rm diag}(d_1,\ldots,d_n) où les coefficients di>0\displaystyle d_i>0 seront choisis plus tard. Donc D\displaystyle D est inversible et D1TDS(M)\displaystyle D^{-1} T D \in S(M). On peut calculer rapidement les coefficients de cette matrice : (D1TD)i,j=djdiTij.(D^{-1} T D) _{i,j}= \frac{d_j}{d_i} T_{ij}. Soit A=max(Ti,j:i<j)\displaystyle A' = \max(|T_{i,j}| : i<j) et A=max(A,ε)\displaystyle A=\max(A',\varepsilon). On choisit di=εi1Ai1\displaystyle d_i = \frac{\varepsilon^{i-1}}{A^{i-1}} de telle sorte que i<j , (D1TD)i,j=εjiAjiTi,jεATi,jε.\forall i<j \ , \ \left| (D^{-1} T D) _{i,j} \right|= \frac{\varepsilon^{j-i}}{A^{j-i}} |T_{i,j}| \le \frac{\varepsilon}{A} |T_{i,j}| \le \varepsilon. Comme T\displaystyle T est triangulaire supérieure, on a (D1TD)i,j=0\displaystyle (D^{-1} T D) _{i,j} = 0 pour tout i>j\displaystyle i>j. On a donc trouvé un élément de S(M)\displaystyle S(M) dont les coefficients hors-diagonaux sont petits.
  2. Supposons que S(M)\displaystyle S(M) est fermé. D’après la question 1) il existe une suite MmS(M)\displaystyle M_m\in S(M) qui tend vers une matrice diagonale D\displaystyle D. Comme S(M)\displaystyle S(M) est fermé, on en déduit DS(M)\displaystyle D\in S(M), ce qui veut dire que M\displaystyle M est diagonalisable.
    Réciproquement, supposons M\displaystyle M diagonalisable. Donc il existe un polynôme P\displaystyle P annulateur de M\displaystyle M scindé à racines simples. Considérons une suite MmS(M)\displaystyle M_m\in S(M), i.e. Mm=QmMQm1\displaystyle M_m=Q_mMQ_m^{-1}, tendant vers AMn(C)\displaystyle A\in \mathcal{M}_n(\C). On a P(Mm)=0\displaystyle P(M_m)=0 car Mmk=QmMkQm1\displaystyle M_m^k=Q_m M^kQ_m^{-1} et P(M)=0\displaystyle P(M)=0. Comme l’application XP(X)\displaystyle X\mapsto P(X), Mn(C)Mn(C)\displaystyle \mathcal{M}_n(\C)\to \mathcal{M}_n(\C), est continue, on en déduit P(A)=0\displaystyle P(A)=0, et donc A\displaystyle A est diagonalisable. De la même façon, on a la limite des polynômes caractéristiques : χMmχA\displaystyle \chi_{M_m}\to\chi_A. Comme χMm=χM\displaystyle \chi_{M_m}=\chi_{M}, il vient χA=χM\displaystyle \chi_{A}=\chi_{M}, donc A\displaystyle A et M\displaystyle M ont les mêmes valeurs propres. Or elles sont aussi toutes les deux diagonalisables. Par conséquent elles sont semblables. Ainsi AS(M)\displaystyle A\in S(M), ce qui permet de conclure que S(M)\displaystyle S(M) est fermé.
  3. Soit ε>0\displaystyle \varepsilon>0 et M\displaystyle M une matrice nilpotente. Comme M\displaystyle M n’a que 0\displaystyle 0 comme valeur propre, on en déduit que M\displaystyle M est semblable à une matrice M\displaystyle M' triangulaire supérieure avec des zéros sur la diagonale. D’après la construction de la question 1) il existe donc MεS(M)=S(M) / i,j, Mε(i,j)ε\displaystyle M_\varepsilon \in S(M')=S(M)\ /\ \forall i, j, \ |M_{\varepsilon}(i,j)| \le\varepsilon (en effet on peut rendre petits par changement de base les coefficients hors diagonaux, et les coefficients de la diagonale de M\displaystyle M' sont déjà nuls). En prenant pour norme \displaystyle \|\cdot\| sur Mn(C)\displaystyle \mathcal{M}_n(\C) la norme du sup\displaystyle \sup du module de tous les coefficients, on en déduit Mεε\displaystyle \|M_\varepsilon\|\le \varepsilon, et donc 0S(M)\displaystyle 0\in \overline{S(M)}.
    Réciproquement, supposons que 0S(M)\displaystyle 0\in \overline{S(M)}, donc il existe une suite MmS(M)\displaystyle M_m\in \overline{S(M)} tendant vers 0\displaystyle 0 (on prend la norme qu’on veut car en dimension finie elles sont toutes équivalentes). On a donc l’égalité des polynômes caractéristiques χMm=χM\displaystyle \chi_{M_m}=\chi_M. Par continuité de l’application AχA\displaystyle A\mapsto \chi_A (elle est polynomiale en les coefficients de A\displaystyle A), il vient χ0=χM\displaystyle \chi_{0}=\chi_M. Or χ0(X)=Xn=χM(X)\displaystyle \chi_0(X)=X^n=\chi_M(X). Ainsi M\displaystyle M n’a que 0\displaystyle 0 comme valeur propre, donc est semblable à une matrice triangulaire supérieure avec que des 0\displaystyle 0 sur la diagonale. Donc M\displaystyle M est nilpotente (On peut aussi invoquer directement le théorème de Cayley-Hamilton : χM(M)=0=Mn\displaystyle \chi_M(M)=0=M^n).

Exercice 528 ⭐️ Matrices de rang p\displaystyle p, Spé/L2

Soit p[ ⁣[0,n] ⁣]\displaystyle p\in[\![0,n]\!], on note Rp\displaystyle R_p la partie de Mn(R)\displaystyle \mathcal M_n(\R) définie par
Rp={MMn(R) : rg(M)=p}.R_p=\{M\in\mathcal M_n(\R)~:~\mathrm{rg}(M)=p\}. Rp\displaystyle R_p est-elle ouverte ? fermée ? On pourra distinguer plusieurs cas.

  • Fermé 👉 étudier la stabilité par passage à la limite.
  • Ouvert 👉 idem pour le complémentaire.

\displaystyle \bullet Supposons 0<p<n\displaystyle 0<p<n.
Soit A=Diag(1,,1,0,,0)\displaystyle A=\mathrm{Diag}(1,\dots,1,0,\dots,0), de rang p\displaystyle p.
On remarque que 1nARp\displaystyle \frac 1n A\in R_p mais 1nA0Rp\displaystyle \frac 1n A\to 0\notin R_p. Donc Rp\displaystyle R_p n’est pas fermé.
De même Rpc\displaystyle R_p^c n’est pas fermé (et donc Rp\displaystyle R_p n’est pas ouvert).
En effet la suite Bn=Diag(1,,1,1n,,1n)\displaystyle B_n=\mathrm{Diag}\left(1,\dots,1,\frac 1n,\dots,\frac 1n\right) vérifie BnRpc\displaystyle B_n\in R_p^c mais limBnRp\displaystyle \lim B_n\in R_p.
\displaystyle \bullet Cas p=0\displaystyle p=0.
R0={0}\displaystyle R_0=\{0\} est fermé. R0\displaystyle R_0 n’est pas ouvert (comme dans le premier cas).
\displaystyle \bullet Cas p=n\displaystyle p=n.
Rn=GLn(R)\displaystyle R_n=GL_n(\R) n’est pas fermé (comme dans le premier cas).
En revanche Rn=GLn(R)\displaystyle R_n=GL_n(\R) est ouvert.
En effet GLn(R)={MMn(R) : det(M)>0}\displaystyle GL_n(\R)=\{M\in\mathcal M_n(\R)~:~|\det(M)|>0\}.
Or l’application det:Mn(R)R\displaystyle |\det|:\mathcal M_n(\R)\to\R est continue car polynomiale en les coefficients de la matrice.