Utiliser une série entière : n≥0∑2n+1xn, ou interpréter 2n+11 comme une intégrale.
Corrigé
Supposons qu’on a le droit de faire toutes les interversions qu’on veut, alors : n≥0∑2n+1(−1)n=n≥0∑(−1)n∫01x2ndx=∫01n≥0∑(−x2)ndx=∫011+x2dx=arctan1=4π.Justification de l’interversion somme intégrale : la série n≥0∑(−x2)n ne converge pas uniformément sur [0,1[, donc il faut faire la CVD avec les sommes partielles. On a ∣∣∣∣∣∣n=0∑N(−x2)n∣∣∣∣∣∣=∣∣∣∣∣1+x21−(−x2)N+1∣∣∣∣∣≤1+x22, cette dernière fonction étant intégrable sur [0,1]. On peut alors intervertir limite en N et intégrale, et donc somme et intégrale (cf la fiche de résumé de cours Interversion Méthode 2, 2) pour plus de détails).
Exercice 57 ⭐️⭐️
Soit ∑anxn une série entière de rayon de convergence 1. On suppose que n≥0∑an converge. Montrer que la convergence de la série entière est uniforme sur [0,1] et que n≥0∑an=x→1limn≥0∑anxn.
Corrigé
Cet exercice très classique (théorème d’Abel radial) est bien corrigé dans la section “Propriétés topologiques” de la page Wikiversity sur les séries entières.
Exercice 58 ⭐️⭐️ Un théorème Taubérien, Spé/L2
Soit f(x)=n≥0∑anxn une série entière de rayon de convergence 1 avec an≥0 pour tout n∈N. On suppose que x→1limf(x)=l∈R. Montrer que ∑an converge et a pour somme l.
Réflexes
Revenir aux sommes partielles, écrire des inégalités simples et passer à la limite quand on peut.
Corrigé
Comme an≥0, on a pour tout N∈N et x∈[0,1[, n=0∑Nanxn≤n≥0∑anxn. En passant à la limite en x→1, on obtient donc n=0∑Nan≤l. On en déduit que la série ∑an est convergente car an≥0, et donc n=0∑∞an≤l en passant à la limite en N. On peut alors écrire aussi n=0∑∞anxn≤n≥0∑an pour tout x∈[0,1[.
En passant encore à la limite en x→1, il vient cette fois-ci : l≤n=0∑∞an, d’où n=0∑∞an=l.
Remarque — Si tu es en L3/M1, tu peux directement utiliser le lemme de Fatou pour écrire : n=0∑∞an=n=0∑∞limx→1anxn≤limx→1n≥0∑anxn=l.
Exercice 59 ⭐️⭐️ Théorème de Liouville
Soit f(z)=n≥0∑anzn (an∈C) une série entière de rayon de convergence infini.
Montrer que si f est bornée sur C alors f est constante.
Corrigé
On a f(reiθ)=n≥0∑anrneinθ pour tout r>0.
Idée fondamentale des séries de Fourier : ∫02πf(reiθ)e−ikθdθ=2πakrk car
la série convergeant uniformément en θ∈[0,2π], on peut intervertir somme et intégrale,
et ∫02πei(n−k)θdθ=0 si n=k et 2π si n=k.
Comme pour tout r>0, ∣2πakrk∣=∣∣∣∣∣∫02πf(reiθ)e−ikθdθ∣∣∣∣∣≤M, on en déduit en faisant r→∞ que ak=0 si k=0. Donc f(z)=a0.
Exercice 60 ⭐️⭐️⭐️ Principe du maximum, Spé/L2
Soit U un ouvert connexe de C et f:U→C une fonction non constante localement développable en série entière. Montrer que ∣f∣ n’a pas de maximum local dans U.
Corrigé
On montre d’abord la formule de Parseval en écrivant f(z0+reiθ)=k≥0∑ckrkeikθ. La série convergeant uniformément en θ∈[0,2π], on en déduit ckrk=2π1∫02πf(z0+reiθ)e−ikθdθ, et la formule de Parseval : k≥0∑∣ck∣2r2k=2π1∫02π∣f(z0+reiθ)∣2dθ.Supposons que f a un maximum local en a, et on écrit f(z)=k≥0∑ck(z−a)k sur D(a,r)⊂U, r>0. Avec la formule de Parseval, on obtient alors pour r petit : ∣f(a)∣2=∣c0∣2≤k≥0∑∣ck∣2r2k=2π1∫02π∣f(a+reiθ)∣2dθ≤∣f(a)∣2. Ainsi ck=0 pour tout k≥1, et donc f(z)=c0=f(a) sur D(a,r) et par suite sur U par unicité du prolongement analytique.
Exercice 61 ⭐️⭐️⭐️⭐️ Limite au bord d’une série entière lacunaire, ENS Ulm 2018
Montrer que x→1limn=0∑∞(−1)nxn2=21.
Indications
On pourra s’intéresser au produit de Cauchy (n=0∑∞xn)(n=0∑∞xn)(n=0∑∞(−1)nxn2).
Étudier le comportement asymptotique des coefficients de ce produit de Cauchy.
Corrigé
Posons f(x)=n=0∑∞anxn, où an={(−1)n,0, si n est un carreˊ, sinon.
On vérifie facilement que le rayon de cette série vaut 1.
Les coefficients de cette série entière sont irréguliers, ce qui rend l’étude difficile. Une idée pour travailler avec des coefficients plus réguliers est de considérer leurs sommes cumulées.
Posons g(x)=n=0∑∞bnxn, avec bn=k=0∑nak. D’après le théorème sur les produits de Cauchy, g est définie sur ]−1;1[et vérifie sur cet intervalle : g(x)=f(x)n=0∑∞xn=1−xf(x).
En fait nous allons être amenés à appliquer cette idée deux fois, c’est-à-dire de considérer h(x)=n=0∑∞cnxn, où cn=k=0∑nbk, qui vérifie sur ]−1;1[ : h(x)=g(x)n=0∑∞xn=(1−x)2f(x). ∙ On remarque que : bn={1, si ⌊n⌋ est pair,0, si ⌊n⌋ est impair. ∙ Le comportement de cn est lié à la proportion des entiers n tels que ⌊n⌋ est pair, proportion asymptotiquement égale à 1/2. Nous allons donc montrer que cn∼2n.
Évitons dans un premier temps les problèmes d’intervalles ne tombant pas pile-poil, en calculant c(2n)2−1 par paquets : c(2n)2−1=i=0∑n−1⎝⎛k=(2i)2∑(2i+1)2−11⎠⎞=i=0∑n−1((2i+1)2−(2i)2)=2n2−n de sorte que (2n)2−1c(2n)2−1→1/2. Maintenant pour n∈N, on prend kn le plus grand entier tel que (2kn)2−1≤n. On a alors (2(kn+1))2−1c(2kn)2−1≤ncn≤(2kn)2−1c(2(kn+1))2−1.
Comme knn→∞→∞, les bornes sont équivalentes respectivement à (2kn)2−1c(2kn)2−1 et (2(kn+1))2−1c(2(kn+1))2−1, qui tendent vers 1/2 par composition de limites. On a donc bien ncn→21. ∙ Montrons que h(x)x→1−∼n=0∑∞2nxn. Soit ε>0. Il existe un rang n0 à partir duquel ∣∣∣∣cn−2n∣∣∣∣≤ε2n. Ainsi ∣∣∣∣∣∣h(x)−n=0∑∞2nxn∣∣∣∣∣∣=∣∣∣∣∣∣n=0∑∞(cn−2n)xn∣∣∣∣∣∣≤n=0∑n0−1∣∣∣∣cn−2n∣∣∣∣+ε(n=0∑∞2nxn).
Le premier terme est une constante. Le second terme est une expression croissante en x, donc possède une limite ℓ quand x→1−, et cette limite ℓ vérifie ℓ≥k=0∑n2k pour tout n, donc ℓ+∞. Par conséquent, il existe x0<1 tel que : ∀x∈[x0;1[, n=0∑n0−1∣∣∣∣cn−2n∣∣∣∣≤ε(n=0∑∞2nxn). Ainsi pour x∈[x0;1[, ∣∣∣∣∣∣h(x)−n=0∑∞2nxn∣∣∣∣∣∣≤2ε(n=0∑∞2nxn). ∙Conclusion : (1−x)2f(x)x→1−∼n=0∑∞2nxn=2(1−x)2x. Donc x→1−limf(x)=21.
Exercice 62 ⭐️⭐️ Rayon de CV d’une série lacunaire, Spé/L2/Classique
Déterminer le rayon de convergence R de la série entière ∑n!zn2.
Corrigé
Attention, si on veut écrire la série comme ∑anzn, il y a plein de an qui sont nuls, et du coup on ne peut pas appliquer directement la recette “an+1/an” pour les séries entières. Donc il faut revenir tout simplement à la régle de d’Alembert avec le terme en entier : bn=n!zn2. On a bnbn+1=(n+1)z(n+1)2−n2=(n+1)z2n+1. Si 0<z<1 alors bnbn+1→0, donc la série ∑bn converge, et si z>1 la série diverge. On en déduit par définition du rayon de convergence que R=1.
Exercice 63 ⭐️⭐️ Spé/L2
Soit f(x)=arctan(1+x), x∈R.
Montrer que f′(x)=4+x4x2−2x+2 et en déduire le développement en série entière de f au voisinage de 0.
Corrigé
On a f′(x)=1+(1+x)21 et on peut vérifier que (x2−2x+2)(1+(1+x)2)=(x2+2−2x)(x2+2+2x)=(2+x2)2−(2x)2=4+x4, d’où l’expression de f′ cherchée.
On sait que 1+4x41 est développable en série entière autour de 0 et que 1+4x41=p=0∑∞(−1)p4px4p. Le rayon de convergence R de cette série entière vérifie 4R4=1. On a donc R=2.
On a donc, pour tout ∣x∣<2: f′(x)=4x2−2x+21+4x41=p=0∑∞(−1)p4p+1(x2−2x+2)x4p.
On a trouvé un développement en série entière pour f′ ! Si on veut le mettre sous une forme plus traditionnelle, on peut écrire que f′(x)=n=0∑∞anxn, où :
an=(−1)p4p+12 si n=4p,
an=(−1)p+14p+12 si n=4p+1,
an=(−1)p4p+11 si n=4p+2,
an=0 si n=4p+3.
En intégrant terme à terme, on obtient que, pour ∣x∣<R on a f(x)=f(0)+n=1∑∞nan−1xn, pour les coefficients an déjà décrits. On conclut en calculant f(0)=arctan(1)=4π.
Exercice 236 ⭐️⭐️ Nombres de Catalan, Spé/L2
On pose Cn=n1(n−12n−2) pour n≥1.
En calculant an=CnCn+1, trouver le rayon de convergence de la série entière f(x)=n=1∑∞Cnxn.
Donner une équation différentielle vérifiée par f et la résoudre.
Déterminer une équation fonctionnelle vérifiée par f.
En déduire que Cn=k=1∑n−1CkCn−k pour n≥2, puis que Cn est un entier.
Corrigé
On a an=n+1nn22n(2n−1)=1+1/n4−2/nn→∞4. On en déduit, par le critère de d’Alembert, que le rayon de convergence de n≥1∑Cnxn est R=41.
On a f′(x)=n≥1∑nCnxn−1=1+4xf′(x)−2f(x). On en déduit que f satisfait l’équation différentielle (1−4x)y′+2y=1. On la résout avec la méthode de variation de la constante, et on trouve pour tout x∈]−1/4,1/4[, f(x)=21(1−1−4x).
La fonction f vérifie l’équation fonctionnelle f(x)2=f(x)−x sur ]−1/4,1/4[.
On a f(x)2=n≥1∑dnxn avec dn=k=1∑n−1CkCn−k. En identifiant les coefficients avec l’équation fonctionnelle, on obtient pour tout n≥2, dn=Cn, d’où Cn=k=1∑n−1CkCn−k.
Exercice 237 ⭐️⭐️ Polynôme de Tchebychev, Spé/L2
Soit f(t,x)=1−2tx+t21−tx pour x∈[−1,1] et t∈]−1,1[.
Montrer que f est bien définie.
Montrer que f(t,cosθ)=n=0∑∞cos(nθ)tn pour tout ∣t∣<1.
En déduire que t↦f(t,x) est DSE(0) de rayon de convergence ≥1, et on écrit f(t,x)=n≥0∑Tn(x)tn.
Montrer que Tn est un polynôme de degré ≤n.
Corrigé
On a un polynôme de degré 2 en t au numérateur de la fraction rationnelle, il s’agit de s’assurer qu’il ne s’annule pas. Si x∈]−1,1[ c’est le cas car son discriminant vaut Δ=4(x2−1)<0. Si x=1, on a f(t,1)=1−t1, qui est bien définie pour ∣t∣<1, et de même pour f(t,−1)=1+t1.
Comme ∣teiθ∣<1, on peut écrire n≥0∑(teiθ)n=1−teiθ1=(1−teiθ)(1−te−iθ)1−te−iθ=1−2cos(θ)t+t21−tcos(θ)+itsin(θ), et on peut conclure en prenant la partie réelle de chaque membre.
Chaque réel x∈[−1,1] s’écrit x=cos(θ) pour un certain θ∈R. La question précédente permet donc de conclure que t↦f(t,x) est DSE(0), avec un rayon de convergence ≥1, et que les coefficients de son développement f(t,x)=n=0∑∞Tn(x)tn sont des fonctions x↦Tn(x) telles que Tn(cos(θ))=cos(nθ).
Pour ∣t∣<1 et ∣x∣≤1, on a ∣2tx−t2∣<1 donc on peut écrire f(t,x)=(1−tx)n=0∑∞(2tx−t2)n. En développant chaque terme de la série, par exemple par la formule du binôme, on s’aperçoit que chaque monôme xn est associé à des puissances de t supérieures à n, ce qui montre que Tn est un polynôme de degré au plus n.
Exercice 257 ⭐️⭐️ Spé/L2
Déterminer le rayon de convergence de ∑cos(n)xn.
Réflexes
La régle de d’Alembert semble ne pas fonctionner 👉 Revenir à la définition du rayon.
Corrigé
On a ∣cos(n)xn∣≤∣x∣n, donc si ∣x∣<1 alors la série ∑cos(n)xn est absolument convergente, donc convergente. Ainsi le rayon de convergence est au moins 1. Étudions la série ∑cos(n). Cette série n’est pas convergente car la suite un=cos(n) ne tend pas vers 0. En effet, supposons que un→0. On a u2n=2un2−1, donc par passage à la limite (la sous-suite (u2n) a la même limite que (un)), on obtient 0=−1, ce qui est absurde.
La divergence de la série entière en x=1 montre que le rayon de convergence est exactement 1.
Exercice 270 ⭐️⭐️⭐️ Mines MP 2019
On pose Hn=k=1∑nk1. Déterminer le rayon de convergence et calculer la somme de la série entière f(x)=n=1∑∞(n+1)(n+2)Hnxn+2 puis donner la somme de la série n=1∑∞(n+1)(n+2)Hn.
Réflexes
Le terme (n+1)(n+2)xn+2 est la primitive double de xn 👉 on a clairement envie de dériver deux fois f ! Et on sait qu’on a le droit de le faire !
Corrigé
Un résultat classique sur les séries divergentes affirme que n→∞limHn=∞, et même qu’on a l’équivalent Hn∼ln(n). Si on pose an=(n+1)(n+2)Hn, on a donc anan+1=n+3n+1HnHn+1n→∞1, donc par la règle de d’Alembert la série entière a pour rayon de convergence 1.
Pour calculer explicitement f(x) pour ∣x∣<1, on commence par calculer f′′(x). Par le théorème de dérivation des séries entières, on peut dériver terme à terme et écrire que f′′(x)=n=1∑∞Hnxn. On peut simplifier : f′′(x)=n=1∑∞k=1∑∞k11k≤nxn. Pour ∣x∣<1, la famille considérée est sommable, on peut donc écrire f′′(x)=k=1∑∞k1n=1∑∞1n≥kxn=k=1∑∞k1n=k∑∞xn=k=1∑∞kxkm=0∑∞xm. Ces deux dernières séries entières sont connues, on a donc : f′′(x)=−ln(1−x)1−x1. Comment trouver f ? Il faut tatonner un peu… On pose g(x)=2xln2(x)−xln(x). Alors g′(x)=21ln2(x)+ln(x)−ln(x)−1 et g′′(x)=xln(x)=−f′′(1−x). On en déduit que f(x)=−21−xln2(1−x)+(1−x)ln(1−x)+Ax+B où les constantes A et B doivent être choisies de telle sorte que f(0)=0 et f′(0)=0. Or on a f(0)=−g(1)+B=B, donc B=0 et f′(0)=g′(1)+A=−1+A donc A=1. Au final : f(x)=−21−xln2(1−x)+(1−x)ln(1−x)+x.
Il reste à calculer la somme n=1∑∞(n+1)(n+2)Hn, c’est-à-dire qu’on cherche la valeur de f(1). Pour cela, on remarque que an∼n2ln(n)=o(n1), donc on peut appliquer le théorème de Tauber : comme f(1) existe, on sait que f(1)=x→1−limf(x). Comme on a calculé explicitement f(x) à l’intérieur du disque de convergence, on obtient facilement la limite : on obtient f(1)=1.
Bonus : On peut calculer la somme directement avec des transformations d’Abel : on a f(1)=n=1∑∞Hn(n+11−n+21)=2H1+n=2∑∞n+11(Hn−Hn−1). Or on a n+11(Hn−Hn−1)=n(n+1)1=n1−n+11 donc f(1)=21+n=2∑∞n1−n+11=21+21=1. Il faudrait prendre quelques précautions pour rendre cette preuve parfaitement rigoureuse (en sommant pour n=1..N puis en faisant tendre N vers l’infini), mais on peut être rassuré de retrouver le même résultat !
Exercice 271 ⭐️⭐️ Nombres de Bell, MP/L2
Pour tout entier n≥0 on pose An=k=0∑∞k!kn et Bn=e1An. On introduit également la fonction f:R→R+ définie pour tout x∈R par f(x)=exp(exp(x)).
Montrer que f est développable en série entière autour de 0, avec un rayon de convergence infini, et que f(x)=n=0∑∞n!Anxn.
Montrer que f(n+1)(x)=k=0∑n(kn)exp(x)f(k)(x) et en déduire une relation de récurrence sur les (An).
Montrer que pour tout n≥0, Bn est un entier.
Réflexes
Vu le résultat à prouver à la question 1, il faut faire apparaître une famille sommable !
Corrigé
On sait que pour tout z∈R on a exp(z)=k=0∑∞k!zk donc f(x)=k=0∑∞k!exp(kx)=k=0∑∞n=0∑∞k!n!knxn. Or on sait que k=0∑∞n=0∑∞k!n!kn∣x∣n=exp(exp(∣x∣))<∞, on peut donc écrire, par sommabilité de la famille : f(x)=n=0∑∞k=0∑∞k!n!knxn=n=0∑∞n!Anxn. Cette formule a été établie pour tout x∈R, ce qui prouve que la fonction f est développable en série entière autour de 0, avec un rayon infini.
Pour n=0, on remarque qu’on a bien f′(x)=exp(x)f(x). Si n>0, on écrit que f(n+1)(x)=∂xn∂nf′(x)=∂xn∂n(exp(x)f(x)), et par la formule de Leibniz (et en remarquant que exp(k)=exp) on obtient : f(n+1)(x)=k=0∑n(kn)exp(x)f(k)(x). De plus, la fonction f est de classe C∞ en 0 et on a, d’après la première question, f(n)(0)=An. En prenant la valeur particulière x=0 dans la formule de récurrence sur les f(n), on obtient alors : An+1=k=0∑n(kn)Ak.
On montre par récurrence sur n≥0 que Bn est entier. Si n=0, on a A0=e donc B0=1. Pour montrer l’hérédité, on remarque que, d’après la question 2, on a Bn+1=k=0∑n(kn)Bk, si B0,…,Bn sont entiers alors Bn+1 l’est aussi.
Exercice 284 ⭐️⭐️ Spé/L2
Soit (an)n≥1 une suite de réels positifs, décroissante et de limite nulle. Que dire de Rn=k=n+1∑∞(−1)kak ?
Pour n≥1, on pose fn(k)=kxk. Montrer que la série de fonctions S(x)=k=1∑∞(−1)kfk(x) converge uniformément sur [0,1].
Montrer que la série T(x)=k=1∑∞(−1)kfk′(x) converge uniformément sur tout intervalle [0,A], avec 0<A<1.
En déduire une expression de S(x) pour tout x∈[0,1[, puis la valeur de S(1).
Réflexes
On reconnaît un résultat du cours 👉 le critère spécial des séries alternées !
On pense à la question précédente.
On reconnaît une série géométrique 👉 on peut regarder les sommes partielles.
Si on justifie que S′=T (suggéré par l’intuition), on peut utiliser la question précédente.
Corrigé
On est dans le cadre d’application du critère spécial des séries alternées : on sait alors que la série k≥1∑(−1)kak est convergente, ce qui équivaut à dire que la suite (Rn)n≥1 est bien définie et de limite nulle. Mieux encore, on a un contrôle du reste : on sait que ∣Rn∣≤an+1.
Soit x∈[0,1] fixé. La série k≥1∑(−1)kfk(x) est une série alternée, on sait donc qu’elle est convergente. Notons S(x) sa limite. La majoration du reste énoncée à la question précédente permet d’écrire que : ∀x∈[0,1],∣∣∣∣∣∣S(x)−k≥1∑(−1)kfk(x)∣∣∣∣∣∣=∣∣∣∣∣∣k=n+1∑∞(−1)kfk(x)∣∣∣∣∣∣≤∣fn+1(x)∣≤n+11. On a obtenu une majoration indépendante de x et de limite nulle, ce qui signifie que la suite k=1∑n(−1)kfk(x) converge uniformément vers S sur [0,1].
On connaît une expression des sommes partielles : k=1∑n(−1)kfk′(x)=k=1∑n(−1)kxk−1=−l=0∑n−1(−x)l=−1+x1−(−x)n. Soit T:[0,1[→R la fonction définie par T(x)=−1+x1. On a alors : ∀x∈[0,A],∣∣∣∣∣∣T(x)−k=1∑n(−1)kfk′(x)∣∣∣∣∣∣=1+x∣x∣n≤∣A∣n. On a obtenu une majoration ne dépendant pas de x et de limite nulle, la série k=1∑n(−1)kfk′(x) converge donc vers T uniformément sur tout intervalle [0,A].
La convergence uniforme de la série des dérivées, ainsi que la convergence en 0 de la série k≥1∑(−1)kfk permet d’affirmer, par un résultat du cours, que la limite S(x) est de classe C1 sur [0,A] et que S′(x)=T(x). Comme S(0)=0, on en déduit que : ∀x∈[0,A],S(x)=∫0xT(t)dt=−ln(1+x). Comme ce résultat est vrai pour tout A<1, on en déduit qu’on a S(x)=−ln(1+x) pour tout x∈[0,1[. De plus, la fonction S est continue sur le segment [0,1], comme limite uniforme d’une suite de fonctions continues sur [0,1], on a donc : k=1∑∞k(−1)k=S(1)=x→1limS(x)=−ln(2).
Exercice 345 ⭐️⭐️ Problème de Cauchy, Série entière, Spé/L2
Soit le problème de Cauchy ⎩⎪⎪⎨⎪⎪⎧y′′(t)+2ty′(t)+2y(t)=0y(0)=1y′(0)=0.
Déterminer l’unique solution sous forme de somme d’une série entière. L’exprimer à l’aide des fonctions usuelles.
Réflexes
On sait qu’il y a unicité de la solution maximale 👉 on peut procéeder par analyse-synthèse et s’aider des séries entières pour proposer le bon candidat !
Corrigé
On suppose que la solution de ce problèm de Cauchy est développable en série entière autour de 0 avec un rayon de convergence R>0. On écrit : ∀t∈]−R,R,y(t)=n=0∑∞antn. Les théorèmes de régularité des séries entières permettent alors d’affirmer que y est de classe C∞ à l’intérieur du disque de convergence et que y′(t)=n=1∑∞anntn−1,y′′(t)=n=2∑∞ann(n−1)tn−2. L’absolue convergence des séries considérées permet alors d’écrire, toujours pour −R<t<R, que : y′′(t)+2ty′(t)+2y(t)=2n=0∑∞antn+2n=1∑∞anntn+n=2∑∞ann(n−1)tn−2=2a0+n=1∑∞an(2+2n)tn+n=0∑∞an+2(n+2)(n+1)tn=2(a0+a2)+(4a1+6a3)t+n=2∑∞(an(2+2n)+(n+1)(n+2)an+2)tn. Par hypothèse, la fonction y′′(t)+2ty′(t)+2y(t) est identiquement nulle, par unicité du développement en série entière on a alors : ∀n≥2,2an(n+1)+(n+1)(n+2)an+2, qui se simplifie en ∀n≥2,an+2=−n+22an. Cette équation reste vraie pour n=0 et n=1. De plus, les conditions initiales y(0)=1 et y′(0)=0 se traduisent par a0=1 et a1=0. On montre alors par récurrence sur p≥0 que a2p+1=0. Pour les coefficients d’ordre pair, on montre par récurrence sur p≥0 que a2p=p!(−1)p, en effet a0=1=0!(−1)0 et pour l’hérédité on calcule : a2(p+1)=a2p+2=−2p+22a2p=−p+11p!(−1)p=(p+1)!(−1)p+1. Ainsi (ce qui va clore la phase d’analyse), si la solution du problème de Cauchy est développable en série entière autour de 0, alors on a, pour −R<t<R : y(t)=p=0∑∞a2pt2p=p=0∑∞p!(−1)p(t2)p=exp(−t2). On a reconnu le développement en série entière d’une fonction usuelle, et on sait que son rayon de convergence est +∞.
On vérifie maintenant que la fonction y définie pour tout t∈R par y(t)=exp(−t2) est bien solution du problème de Cauchy donné dans l’énoncé. On a bien y(0)=exp(0)=1 et y′(t)=−2ty(t), donc y′(0)=0. Enfin, on calcule que y′′(t)=(4t2−2)y(t), ainsi : y′′(t)+2ty′(t)+2y(t)=(4t2−2+2t(−2t)+2)y(t)=0.
Exercice 370 ⭐️⭐️⭐️ Nombre de dérangements, Spé/L2
Soit n∈N∗. On appelle dérangement d’un ensemble E toute bijection ϕ:E→E sans point fixe, c’est à dire telle que ∀k∈E,ϕ(k)=k.
Pour n≥1, on note dn le nombre de dérangements d’un ensemble à n éléments. Par convention, d0=1.
Montrer que pour tout n∈N, n!=k=0∑n(kn)dn−k.
On définit la fonction f par f(x)=n=0∑∞n!dnxn.
Montrer que f est définie (au moins) sur ]−1;1[ et que ∀x∈]−1;1[,f(x)ex=1−x1.
En déduire que pour tout n∈N, dn=n!k=0∑nk!(−1)k, puis que dn est l’entier le plus proche de en!.
Réflexes
Égalité combinatoire 👉 Trouver une interprétation en terme de dénombrement.
Produit de fonctions développables en série entière 👉 Produit de Cauchy.
Exprimer dn revient à exprimer f(x).
Corrigé
Si n=0 l’égalité est vérifiée (1=1). Supposons maintenant n∈N∗. ∙ Le nombre total de permutations de [[1,n]] vaut n!. ∙ Pour k∈[[0,n]], le nombre de permutations de [[1,n]] ayant exactement k points fixes vaut (kn)dn−k. En effet une telle permutation est déterminée par un ensemble F de k points fixes, et par un dérangement de [[1,n]]∖F (un ensemble de n−k éléments).
Ainsi n!=k=0∑n(kn)dn−k.
2. Comme 0≤dn≤n!, le rayon de convergence de ∑n!dnxn est supérieur ou égal à celui de ∑xn, qui vaut 1. Ainsi f est définie (au moins) sur ]−1;1[.
Pour x∈]−1;1[ on peut faire le produit de Cauchy suivant (séries absolument convergentes) : f(x)ex=(n=0∑∞n!dnxn)(n=0∑∞n!1xn)=n=0∑∞(k=0∑n(n−k)!k!dn−k)xn=n=0∑∞n!1(k=0∑n(kn)dn−k)xn=n=0∑∞xn=1−x1.
3. L’égalité f(x)=1−xe−x, pour x∈]−1;1[, donne, à nouveau par produit de Cauchy : n=0∑∞n!dnxn=(n=0∑∞n!(−1)nxn)(n=0∑∞xn)=n=0∑∞(k=0∑nk!(−1)k)xn Par unicité du développement en série entière, n!dn=k=0∑nk!(−1)k. dn est un entier par définition. Pour n=1, d1=0 est bien l’entier le plus proche de e1. Prenons maintenant n≥2, et montrons que ∣∣∣∣∣dn−en!∣∣∣∣∣<21.
On a dn−en!=n!k=0∑nk!(−1)k−n!k=0∑∞k!(−1)k=−n!k=n+1∑∞k!(−1)k.
On reconnaît le reste d’une série alternée, et on peut donc majorer à l’aide du premier terme : ∣∣∣∣∣dn−en!∣∣∣∣∣≤(n+1)!n!=n+11<21.
Exercice 383 ⭐️ Une urne, Spé/L2
Une urne contient initialement 1 boule noire. On tire une pièce jusqu’à obtenir “pile” et on place dans l’urne autant de boules blanches que de “face” obtenus.
On pioche finalement une boule de l’urne. Quelle est la probabilité que ce soit la noire ?
Réflexes
Deux niveaux d’aléa 👉 Formule des probabilités totales.
Corrigé
Notons Bn l’évènement : “on fait n fois face avant de faire pile”, pour n∈N, et E l’évènement “on pioche la boule noire”. D’après la formule des probabilités totales, P(E)=n=0∑∞P(Bn)P(E∣Bn)=n=0∑∞2n+11×n+11=n=1∑∞2n1×n1. On peut reconnaître un développement en série entière connu : ∀x∈]−1;1[,n=0∑∞nxn=−ln(1−x).
Finalement P(E)=−ln(1/2)=ln(2).
Exercice 391 ⭐️⭐️⭐️ Théorème de Bernstein, MP/L3/Classique
D’après Gourdon, Analyse
Soit a>0 et f∈C∞(]−a;a[,R). On suppose que : ∀k∈N,∀x∈]−a;a[,f(2k)(x)≥0.
Montrer que la fonction F:x↦f(x)+f(−x) est développable en série entière. On pourra fixer b<a, et remarquer que ∀t∈[0;b],x−t≤bx(b−t).
En déduire que f est développable en série entière au voisinage de 0.
Réflexes
Développabilité en série entière 👉 Taylor avec reste intégral.
Commencer par la série de Taylor de f à un ordre 2n+1.
Corrigé
On montre que F est égale à la somme de sa série de Taylor sur ]−a;a[. F est paire donc il suffit vérifier que c’est le cas sur [0;a[, ou de manière équivalente sur [0;b[ pour tout b<a. Fixons donc b∈]0;a[.
Soit x∈[0;b[, et n∈N. On a : F(x)=S2n+1(x)+R2n+1(x), où S2n+1(x)=k=0∑n(2k)!F(2k)(0)x2k,etR2n+1(x)=∫0x(2n+1)!(x−t)2n+1F(2n+2)(t)dt. Comme F(2k)(x)=f(2k)(x)+f(2k)(−x), les hypothèses font que :
R2n+1(x)≤F(x) car F(2k)(0)≥0;
F(2n+2)(t)≥0.
Puisque bx≤1, on a x−t≤bx(b−t) et donc : 0≤R2n+1(x)≤(bx)2n+1∫0x(2n+1)!(b−t)2n+1F(2n+2)(t)dt≤(bx)2n+1R2n+1(b)≤(bx)2n+1F(b)n→∞→0, d’où la conclusion voulue.
2. Soit x∈]−b;b[. On a : f(x)=S2n+1(x)+R2n+1(x), où S2n+1(x)=k=0∑2n+1k!f(k)(0)xk,etR2n+1(x)=∫0x(2n+1)!(x−t)2n+1≤F(2n+2)(t)f(2n+2)(t)dt. Ainsi ∣∣∣∣R2n+1(x)∣∣∣∣≤R2n+1(∣x∣), donc par comparaison R2n+1(x)n→∞→0.
Ceci montre que S2n+1(x)n→∞→f(x).
Mais puisque S2n(x)=S2n−1(x)+(2n)!f(2n)(0)x2n=S2n−1(x)+2(2n)!F(2n)(0)x2n, on a aussi S2n(x)n→∞→f(x) car 2(2n)!F(2n)(0)x2n tend vers 0 quand n→∞ (terme général d’une série convergente). Finalement : Sn(x)n→∞→f(x).
Exercice 549 ⭐️⭐️⭐️ Dénombrement des involutions, Spé/L2
On appelle involution d’un ensemble E toute application f:E→E vérifiant f∘f=idE.
Pour n⩾1, on note In le nombre d’involutions de [[1,n]]. Par convention I0=1.
Montrer que pour n⩾2, In=In−1+(n−1)In−2.
Montrer que la série n⩾0∑n!Inxn converge si x∈]−1,1[.
On note S(x) sa somme.
Montrer que ∀x∈]−1,1[,S′(x)=(1+x)S(x). En déduire une expression de S(x).
Donner une expression de In en fonction de n. On pourra distinguer selon la parité de n.
Réflexes
fixer un élément x∈[[1,n]] et réfléchir à ce qui peut lui arriver quand on lui applique f.
La question est liée au rayon de convergence. Majorer le terme général !
Dérivation terme à terme d’une série entière.
On peut résoudre cette équa diff, donc trouver S(x), et donc In si on écrit le développement en série entière de S.
Corrigé
Parmi les involutions f de [[1,n]] on peut distinguer :
celles telles que f(1)=1. Une telle involution est déterminée par la donnée de f restreinte à [[2,n]], qui réalise une involution de [[2,n]]. Il y a donc In−1 telles involutions.
celles telles que f(1)=k=1 (et donc f(k)=1). Une telle involution est déterminée par la donnée de f restreinte à [[1,n]]∖{1,k}, qui réalise une involution de cet ensemble. Il y a donc In−2 telles involutions, pour k∈[[2,n]] fixé. Il y a donc au total (n−1)In−2 involutions f de [[1,n]] vérifiant f(1)=1.
Une involution est une bijection, donc le nombre d’involutions In est majoré par le nombre de bijections de [[1,n]], qui vaut n!. Ainsi n!In≤1 pour tout n∈N.
On en déduit que le rayon de convergence de la série n⩾0∑n!Inxn est au moins égal à celui de la série n⩾0∑xn, qui vaut 1.
Par conséquent n⩾0∑n!Inxn converge (et même absolument) pour tout x∈]−1;1[.
On peut dériver terme à terme (somme d’une série entière) : pour tout x∈]−1;1[, S′(x)=n=1∑∞n!nInxn−1=n=0∑∞n!In+1xn=n=0∑∞n!In+nIn−1xn=n=0∑∞n!Inxn+n=1∑∞(n−1)!In−1xn=n=0∑∞n!Inxn+n=0∑∞n!Inxn+1=(1+x)S(x).
On résout l’équa diff vérifiée par S : il existe c∈R tel que ∀∣x∣<1,S(x)=cexp(21(1+x)2).
En prenant en compte l’égalité S(0)=I0=1, on obtient S(x)=exp(x+x2/2)=exex2/2.
Par produit de Cauchy on a donc pour tout x∈]−1;1[ : S(x)=(n=0∑∞n!xn)(n=0∑∞2nn!x2n)=n=0∑∞cnxn,
où pour tout n∈N, c2n=k=0∑n(2k)!2n−k(n−k)!1,c2n+1=k=0∑n(2k+1)!2n−k(n−k)!1.
Enfin par unicité du développement en série entière on a pour tout n∈N, In=n!cn, soit : I2n=k=0∑n(2k)!2n−k(n−k)!(2n)!,I2n+1=k=0∑n(2k+1)!2n−k(n−k)!(2n+1)!. Remarque. Si on fait le produit de Cauchy “dans l’autre sens”, ou de manière équivalente si on fait le changement d’indice k↦n−k dans ces sommes on obtiendra plutôt l’expression suivante : I2n=k=0∑n(2n−2k)!2kk!(2n)!,I2n+1=k=0∑n(2n+1−2k)!2kk!(2n+1)!.