On pose : T={z∈C,∣z∣=1} , D={z∈C,∣z∣<1} , α∈D, et ϕα(z)=1−αzz−α pour z∈T.
Montrer que ϕα est bien définie et que ϕα(T)⊂T. L’application ϕα est-elle une bijection de T dans T ?
Réflexes
Elément du cercle unité dans le plan complexe 👉 écriture z=eiθ, caractérisation avec ∣z∣=1 ;
On voit du “barre” 👉 penser à ∣a∣=∣a∣.
Corrigé
Si z∈T alors z=eiθ. On a en factorisant le numérateur par eiθ et en utilisant ∣a∣=∣a∣ : ∣∣∣∣∣1−αeiθeiθ−α∣∣∣∣∣=∣∣∣∣∣1−αeiθ1−αe−iθ∣∣∣∣∣=1. Donc ϕ(z)∈T. Pour montrer la bijection, on va exhiber la transformation inverse. Supposons donc 1−αzz−α=w avec w∈T. Alors z−α=w−αwz et z(1+αw)=w+α, i.e. z=1+αww+α. Comme w∈T, on peut montrer comme précédemment que z∈T. On en déduit que ϕα est une bijection de T dans T.
Dans le plan complexe, on considère l’application F qui, au point d’affixe z,
fait correspondre le point M′ d’affixe z′=(2+i)z+1−3i.
Caractériser géométriquement l’application F.
Corrigé
Recherchons les points fixes de cette transformation. z′=z⇔z=1+i−1+3i⇔z=1+2i. Notons z0=1+2i.
L’égalité z′=(2+i)z+1−3i s’écrit aussi : z′−z0=(2+i)z+1−3i−z0,z′−z0=(2+i)z−5i,z′−z0=(2+i)(z−z0). On a : 2+i=5eiθ avec θ=arctan(1/2).
On reconnaît donc l’écriture complexe d’une similitude directe de centre z0, d’angle θ et de rapport 5.
Exercice 87 ⭐️⭐️ Secteur dans un disque, Sup/L1
Soit φ∈[0,π/2[, ρ∈[0,2cosφ[ et Δ(1,ρ,φ) la portion de secteur définie par : Δ(1,ρ,φ)={z∈C,z=1−reiθ,0≤r≤ρ,∣θ∣≤φ}. Montrer que : ∀z∈Δ(1,ρ,φ),1−∣z∣∣1−z∣≤2cosφ−ρ2.
Réflexes
Faire des dessins !
Il est toujours plus facile de calculer des modules au carré que des modules.
Corrigé
On a Δ(1,ρ,φ)⊂D(0,1) où D(0,1) est le disque unité fermé. Soit z∈Δ(1,ρ,φ). On a ∣1−z∣=r, et 1−∣z∣2=1−zz=1−(1−reiθ)(1−re−iθ)=r(eiθ+e−iθ)−r2. Donc 1−∣z∣2≥r(2cosφ−ρ) car r≤ρ et ∣θ∣≤φ implique cosθ≥cosφ. Avec 1+∣z∣≤2, on en déduit que 1−∣z∣∣1−z∣=1−∣z∣2∣1−z∣(1+∣z∣)≤2cosφ−ρ2.
On note j=e32iπ. Soit T un triangle dont les sommets ont pour affixe α,β,γ dans le plan complexe. Montrer : T est eˊquilateˊral⟺α+jβ+j2γ=0.
Corrigé
Joli résultat à connaître (pour la culture ?). Tu trouveras sur cette page Wikiversité les liens entre affixes, vecteurs, angles, et notamment la preuve de cette équivalence en bas de la page !
Exercice 89 ⭐️⭐️ Noyau de Fejer, Sup/L1
On pose pour tout n∈N, en(x)=einx, Dn=k=−n∑nek, et enfin Kn=n+1D0+⋯+Dn.
Montrer que Dn(x)=sin(2x)sin((n+21)x).
Montrer que : Kn(x)=n+11(sin(x/2)sin((n+1)x/2))2.
Réflexes
Série géométrique, Angle moitié.
Corrigé
Il y a plusieurs méthodes d’efficacité équivalente. On peut par exemple raisonner par récurrence sur n≥1. Sinon, on peut s’apercevoir qu’on a à peu près une somme géométrique. En effet, Dn(x)=l=0∑2nei(l−n)x=e−inxl=0∑n(eix)l=e−inxeix−1ei(2n+1)x−1. On s’arrange ensuite pour faire apparaître des sinus. En utilisant la formule eiαx−1=e−iα/2x2isin(α/2), on obtient : Dn(x)=e−inxei2xei22n+1x2isin(2x)2isin((n+21)x)=sin(2x)sin((n+21)x).
Ici aussi il y a plusieurs méthodes. On peut encore raisonner par récurrence, ou tenter un calcul direct comme précédemment (avec des suites géométriques dérivées). Voici une preuve un peu originale, se basant sur la première question : on écrit que Kn(x)=n+11k=0∑nsin(2x)sin((k+21)x)=n+112sin(2x)21k=0∑n2sin((k+21)x)sin(2x). On utilise ensuite la formule élémentaire 2sin(a)sin(b)=cos(a−b)−cos(a+b) pour écrire : 2sin((k+21)x)sin(2x)=cos(kx)−cos((k+1)x). On reconnaît alors une somme téléscopique ! On peut donc calculer : Kn(x)=n+112sin(2x)21(1−cos((n+1)x)), et on conclut en écrivant que 21−cos((n+1)x)=(sin(2n+1x))2.
Soit x,y,z∈R tels que eix+eiy+eiz=0. Montrer que e2ix+e2iy+e2iz=0.
Réflexes
Élever au carré, prendre le conjugué, factoriser, etc.
Corrigé
Élevons au carré : (eix+eiy+eiz)2=e2ix+e2iy+e2iz+2ei(x+y)+2ei(x+z)+2ei(y+z)=e2ix+e2iy+e2iz+2ei(x+y+z)(e−ix+e−iy+e−iz). Comme on a eix+eiy+eiz=0, on a également par passage au conjugué : e−ix+e−iy+e−iz=0. D’où le résultat.
Soit (zn) et (zn′) deux suites à valeurs dans C, qui ne s’annulent pas.
Montrer que si Re(zn)∼Re(zn′) et Im(zn)∼Im(zn′), alors zn∼zn′.
Montrer à l’aide d’un contre-exemple que la réciproque est fausse.
Réflexes
Montrer que zn∼zn′ 👉 Caractériser par zn=zn′+o(zn).
Prendre par exemple : un=n+i et vn=n+2i.
Corrigé
Notons zn=an+ibn, et zn′=an′+ibn′ (avec an,bn,an′,bn′ réels).
Par hypothèse, an=an′+o(an) et bn=bn′+o(bn).
Par combinaison linéaire, zn=zn′+o(an)+o(bn).
Or ∣an∣≤∣zn∣ et ∣bn∣≤∣zn∣, donc on a finalement : zn=zn′+o(zn).
Autrement dit, zn∼zn′.
Considérons les suites définies par un=n+i et vn=n+2i.
Alors unvn=n2+1(n+2i)(n−i)=n2+1n2+2+in2+1n.
Or n2+1n2+2∼n2n2=1, donc n2+1n2+2→1, et n2+1n∼n1 donc n2+1n→0.
On a donc bien unvn→1, donc vn∼un.
Pourtant Im(un)Im(vn)=2 ne tend pas vers 0 !
Exercice 340 ⭐️ Somme de cos, Sup/L1
Soit x∈R et n∈N. Calculer S=k=0∑n(kn)cos(kx).
Réflexes
Utiliser le lien entre cosinus et exponentielle complexe. On obtient alors un binôme de Newton.
Corrigé
On a S=Re(k=0∑n(kn)eikx).
D’après la formule du binôme, on peut écrire S=Re((1+eix)n).
La méthode de l’angle moitié est faite pour ce genre de situation ! Alors en factorisant par ei2x, il vient : S=Re(ein2x(ei2x+e−i2x)n)=Re(ein2x2ncosn(2x))=2ncosn(2x)cos(2nx).
Exercice 476 ⭐️⭐️ Formule de Machin, Sup/L1
Montrer l’égalité : 239+i(5+i)4=2(1+i).
Montrer qu’il existe k∈Z tel que 4arctan(51)−arctan(2391)=4π+2kπ.
En déduire la formule de Machin : 4arctan(51)−arctan(2391)=4π.
Réflexes
Les objets de la question 2 ressemblent beaucoup à des angles 👉 on peut essayer de regarder l’argument des complexes introduits à la question 1 !
Corrigé
Pas le choix, on calcule… Avec la formule du binôme, on obtient : (5+i)4=625+4.i.125−6.25−4.i.5+1=476+480i.
Et on développe : (2+2i)(239+i)=478+2i+478i−2=476+480i.
Et le tour est joué !
On écrit les nombres complexes de la question précédente sous forme trigonométrique. On rappelle que, si a,b>0, alors : a+ib=a2+b2exp(iarctan(b/a)).
On a donc (5+i)4=(26exp(iθ1))4=262exp(4iθ1),239+i=1+2392exp(iθ2), avec θ1=arctan(51),θ2=arctan(2391)2+2i=2exp(iarctan(1/1))=2exp(i4π).
On a donc, d’après la question 1, 1+2392262exp(i(4θ1−θ2))=2exp(i4π). Par unicité de l’argument modulo 2π, on a alors 4θ1−θ2=4π+2kπ pour un certain k∈Z.
Il reste à montrer que k=0. Pas marrant. On utilise l’inégalité x−x3/3≤arctan(x)≤x pour avoir l’estimation 51−4751≤θ1≤51. De plus, 0≤θ2≤2391. Ainsi : 54−4754−2391≤4θ1−θ2≤54. On a 4/475≤4/400=0.01 et 1/239≤1/200=0.005 donc 0.785≤4θ1−θ2≤0.8 Comme le seul nombre de la forme π/4+2kπ à être dans l’intervalle (0.785,0.8) est π/4, on a bien montré que k=0. Il y avait sûrement plus simple comme réponse, mais celle-ci permet (en multipliant par 4) d’avoir l’inégalité 3.14≤π≤3.2, ce qui n’est pas si mal !
Exercice 566 ⭐️⭐️⭐️⭐️ Echantillonage de polynôme sur le cercle, Sup/Spé/L2/L3
Soit P un polynôme à coefficients complexes, de degré au plus n≥1, et (λs)s∈Z la famille de réels donnée par λs=0 pour s≤−n, λs=(s+n)/n pour −n≤s≤0, λs=1 pour 0≤s≤n, λs=(2n−s)/n pour n≤s≤2n, λs=0 pour s≥2n (le graphe de λs entre −n et 2n suit la forme d’un trapèze).
Montrer que pour tout k∈{0,1,…,n} et tout z∈C, on a : zk=2n1ω∈U2n∑ωks∈Z∑λs(ωˉz)s,U2n étant l’ensemble des racines de l’unité d’ordre 2n.
On pose R(z):=2n1s∈Z∑λszs. Montrer que pour tout z∈C, P(z)=ω∈U2n∑P(ω)R(ωˉz).
On note U:={z∈C,∣z∣=1} le cercle unité. Montrer que pour tout u∈U, ∣R(u)∣≤min(1,2n−2∣1−u∣−2).
Pour z∈U, on note d0≤d1≤⋯≤d2n−1 les distances ∣1−ωˉz∣ pour ω∈U2n, rangées par ordre croissant. Montrer que dj≥2sin(πj/4n).
Montrer que pour tout z∈U, ω∈U2n∑∣R(ωˉz)∣≤1+2n21j=1∑2n−1sin2(πj/4n)1.
Montrer que l’on a le résultat suivant: il existe une constante universelle C>0 telle que le maximum, sur le cercle unité, du module de tout polynôme de degré au plus n est au plus C fois le maximum du module sur 2n points uniformément répartis sur ce cercle. Montrer qu’il est possible de prendre C=5.
On admet d’identité j=1∑N−1sin2(πj/N)1=3N2−1
valable pour tout entier N≥2: une preuve est demandée pour l’exercice 567. Montrer qu’on peut prendre C=7/3.
Montrer qu’il n’est pas possible de prendre C<2.
Commentaires
Le résultat de cet exercice (avec C=14) intervient de manière importante dans l’article suivant, qui étudie l’ordre de grandeur des valeurs extrêmes de polynômes caractéristiques de matrices aléatoires: https://arxiv.org/abs/1607.00243 (voir Lemme 4.3). La valeur optimale de C n’est pas connue par l’auteur de l’exercice, qui en testant quelques dizaines de milliers de polynômes aléatoirement choisis n’a pas pu exclure que C=2 soit possible. On a un résultat analogue (avec une constante ne dépendant que de ε), en changeant U2n par Umax(n+1,⌊n(1+ε)⌋), ε étant n’importe quel réel strictement positif choisi à l’avance. Il est clair qu’on ne peut pas changer U2n en Un, comme le montre l’exemple du polynôme z↦zn−1. Pour Un+1, on obtient un résultat analogue, mais C doit être remplacé par une fonction croissant logarithmiquement en n.
Corrigé
Comme λs=0 dès que s≤−n ou s≥2n, le membre de droite de l’égalité est 2n1s=−n+1∑2n−1λszsω∈U2n∑ωkωˉs=s=−n+1∑2n−1λszs1s≡kmod.2n.
Il n’est pas possible d’avoir ∣s−k∣≥2n avec k∈{0,…,n} et s∈{−n+1,…,2n−1}, donc la congruence n’est satisfaite que pour s=k. Comme λk=1 pour k∈{0,…,n−1}, on obtient le résultat souhaité.
Le résultat est une conséquence directe de 1., par linéarité.
On a 2n∣R(u)∣≤s∈Z∑λs=s=−n+1∑0ns+n+s=1∑n1+s=n+1∑2n−1n2n−s,=n+m=1∑nnm+m=1∑n−1nm=n+2n+1+2n−1=2n
et donc ∣R(z)∣≤1. D’autre part, λs est la moyenne, pour m entier entre 0 et n−1, des indicatrices des intervalles d’entiers {−m,−m+1…,n+m}. On en déduit, en multipliant par n, que si u∈U\{1}: 2n2R(u)=m=0∑n−1s=−m∑m+nus=m=0∑n−1u−1um+n+1−u−m, 2n2R(u)(u−1)=r=n+1∑2nur−r=−n+1∑0ur=u−1u2n+1−un+1−u−1u−u−n+1, 2n2R(u)(u−1)2=(u−u−n+1)(u2n−1).
Comme ∣u−1∣2=(u−1)(u−1−1)=−u−1(u−1)2, on en déduit, pour tout u∈U\{1}: R(u)=2n2∣u−1∣2(u−n−1)(u2n−1).
Le numérateur a un module au plus égal à 4, ce qui prouve le résultat demandé.
Pour j∈{0,1,2,…,2n−1}, l’arc de cercle semi-ouvert correspondant aux arguments dans (−πj/2n,πj/2n] a pour longueur πj/n: il contient donc exatement j points de la forme zωˉ pour ω∈U2n. Parmi les points de cette forme, le (j+1)-ème plus proche de 1 n’est donc pas sur cet arc, son argument pris dans (−π,π] est de valeur absolue au moins πj/2n, et sa distance à 1 est au moins 2sin(πj/4n).
On a les inégalités: ω∈U2n∑∣R(ωˉz)∣≤j=0∑2n−1min(1,2n−2dj−2)≤1+n22j=1∑2n−1dj−2≤1+n22j=1∑2n−1(2sin(πj/4n))21.
En combinant 2. et 5., on trouve le résultat demandé, avec C=1+2n21j=1∑2n−1sin2(πj/4n)1≤1+2n21j=1∑2n−1((2/π)πj/4n)21, C≤1+2j=1∑∞j21=1+3π2≤5.
On applique l’égalité pour N=4n, et on obtient 316n2−1=j=1∑4n−1sin2(πj/4n)1=1+2j=1∑2n−1sin2(πj/4n)1, j=1∑2n−1sin2(πj/4n)1=38n2−2≤38n2.
Ceci permet de prendre C=7/3.
Le polynôme z↦zn+i donne un contre-exemple pour tout C<2.