Soit A∈Mn(C) diagonalisable. On pose C(A)={B∈Mn(C),BA=AB}. Calculer dimC(A) et montrer dimC(A)≥n.
Indications
Matrice diagonalisable 👉 écrire la diagonalisation, puis examiner le problème dans la nouvelle base (ici il s’agit d’écrire la formule de changement de base pour les matrices A et B en question).
Corrigé
Notons λ1,…,λp les valeurs propres distinctes de A.
On note aussi Eλi le sous espace propre associé à λi, et di sa dimension.
Soit B une base de Cn adaptée à Eλ1⊕⋯⊕Eλp, et P la matrice de passage de la base canonique vers B. Alors on a P−1AP=D, avec par blocs : D=⎝⎛λ1Id1⋱λpIdp⎠⎞.
On a BA=AB⇔BPDP−1=PDP−1B⇔(P−1BP)D=D(P−1BP)⇔B′D=DB′, en posant B′=P−1BP. Montrons qu’on a l’équivalence entre :
(i) B′D=DB′,
(ii) B′ est de la forme ⎝⎛M1⋱Mp⎠⎞, avec Mi∈Mdi(C) pour i=1,…,p.
Supposons (i). Alors les sous-espaces propres de D sont stables par B′, ce qui montre que B′ est de cette forme.
Supposons (ii). Alors B′D=DB′=⎝⎛λ1M1⋱λpMp⎠⎞.
Conclusion. C(A) est l’image par l’isomorphisme M↦PMP−1, de l’espace vectoriel des matrices de la forme ⎝⎛M1⋱Mp⎠⎞. Ainsi dimC(A)=d12+⋯+dp2. Comme di≥1 on a au passage dimC(A)≥d1+⋯+dp=n.
Exercice 11 ⭐️⭐️⭐️ AB−BA=A, Spé/L2
Soit A et B deux matrices carrées telles AB−BA=A. Montrer que A est nilpotente.
Réflexes
Relation entre A et B 👉 Faire des petits calculs pour se donner des idées : A2=⋯, AB=⋯, etc.
Corrigé
Il faut montrer que An=0 pour un certain n. On ne voit pas très bien ce qu’il faut faire, donc on fait des petits calculs pour se donner des idées. Le plus naturel : A2ABA2=ABA−BA2=A+BA=(I+B)A=A(AB−A)−BA2=A2B−A2−BA2
La dernière ligne donne 2A2=A2B−BA2, et vu l’hypothèse, ça sent la récurrence. En effet on a 2A3=A2BA−BA3 et il suffit encore de remplacer BA par AB−A. On vous laisse montrer proprement que pour tout k≥1, kAk=AkB−BAk. Cela peut suggérer plusieurs pistes :
On continue sur la généralisation : on peut en déduire que, pour tout polynôme P∈K[X], on a AP′(A)=P(A)B−BP(A). En particulier, si P est le polynôme minimal de A, on a AP′(A)=0. Le polynôme Q(X)=XP′(X) annule A et est de même degré que le polynôme minimal de A, on en déduit qu’il existe une constante c telle que Q(X)=cP(X). En observant le coefficient dominant, on montre que c=deg(P). Notons k le degré de P. On écrit P(X)=i=0∑kaiXi avec ak=1. On a alors : 0=kP(X)−Q(X)=i=0∑k(k−i)aiXı^.
En identifiant les coefficients, on en déduit que ai=0 dès que i<k. On peut aussi résoudre xP′(x)=kP(x), i.e. log(P(x))=klog(x), et P(x)=xk. Ainsi P(X)=Xk, donc A est nilpotente.
La relation peut aussi faire penser à une relation aux valeurs propres, vecteurs propres : ϕ(Ak)=kAk, où ϕ(M)=MB−BM, et ça tombe bien, ϕ est un endomorphisme de Mn(R). Si Ak n’est nulle pour aucun k, alors ϕ possède une infinité de valeurs propres, i.e. tous les entiers. Et ceci n’est pas possible sur un e.v. de dimension fini, ici Mn(R). Donc il existe k tel que Ak=0.
C’est pas magnifique les maths ?! Cette relation a généré deux idées qui conduisent à des preuves complètement différentes !
Exercice 95 ⭐️ In−N inversible, Sup/L1
Soit N une matrice nilpotente de Mn(K) d’indice r. Montrer que In−N est inversible et donner son inverse.
Corrigé
Soit X dans le noyau de In−N. Alors NX=X, et donc N2X=NX=X, etc. Donc NrX=X, et alors X=0.
Ainsi In−N est inversible.
Formellement, c’est la série géométrique : “(In−N)−1=1−N1=1+N+N2+⋯=1+N+N2+⋯+Nr−1”, et on vérifie bien par téléscopage que (In−N)(In+N+N2+⋯+Nr−1)=In car Nr=0.
Exercice 96 ⭐️ AB+BA=0 et Trace, Sup/L1
Soit A,B deux matrices carrées inversibles telles que AB+BA=0. Que dire de tr(A) et tr(B) ?
Réflexes
A,B inversibles 👉 Faire des calculs avec les inverses ;
Trace 👉 tr(AB)=tr(BA) ou tr(ABA−1)=tr(B).
Corrigé
On peut écrire ABA−1+B=0. Or tr(ABA−1)=tr(A−1AB)=tr(B) d’où tr(ABA−1)+tr(B)=2tr(B)=0, donc tr(B)=0. On écrit A+BAB−1=0 pour obtenir tr(A)=0.
Exercice 97 ⭐️ Sup/L1
Soit A une matrice carrée d’ordre n ayant exactement un coefficient non nul sur chaque ligne et chaque colonne. Combien a-t-elle de coefficients non nuls ? Montrer que A est inversible.
Corrigé
Il y a n coefficients non nuls et on s’aperçoit que la matrice est presque comme une matrice de permutation à ceci près que ses coefficients ne sont pas forcément 1 : c’est donc le produit d’une matrice de permutation par une matrice diagonale inversible. Elle est donc inversible !
Exercice 98 ⭐️⭐️ Matrice à diagonale dominante, Spé/L2/Classique
Soit A=(ai,j) une matrice carrée d’ordre n à coefficients complexes telles que pour tout i, ∣ai,i∣>j=i∑∣ai,j∣.
Montrer que A est inversible.
Réflexes
Somme de coefficients et inversibilité 👉 Écrire AX=0.
Corrigé
Puisqu’il y a des sommes de ai,j à i fixé, cela invite à considérer un élément x=(xj) du noyau de A car il vérifie 1≤j≤n∑ai,jxj=0 pour toute ligne i. Ecrivons des choses simples en essayant de reproduire des quantités de l’hypothèse. On a ai,ixi=−j=i∑ai,jxj, d’où ∣ai,i∣∣xi∣≤j=i∑∣ai,j∣∣xj∣. Tiens, on dirait l’inégalité de l’hypothèse mais dans l’autre sens, y aurait-il une contradiction possible ? On n’a pas utilisé que cela était valable pour tout i, donc on va prendre celui qui nous arrange comme d’hab ! Supposons x=0 (i.e. on suppose que A n’est pas inversible) et prenons le i tel que ∣xi∣=kmax∣xk∣, du coup ∣xi∣>0. On revient à notre inégalité en majorant chaque ∣xj∣ par ∣xi∣ : on a ∣ai,i∣∣xi∣≤j=i∑∣ai,j∣∣xi∣, et il n’y a plus qu’à simplifier par ∣xi∣>0 pour avoir notre contradiction !
Exercice 99 ⭐️⭐️ AB=A+B, Sup/L2/Classique
Soient A,B∈Mn(R) tels que AB=A+B. Montrer que AB=BA.
Réflexes
Relation entre A et B 👉 Faire des manipulations simples : factoriser, etc.
Corrigé
Comme on ne voit pas du tout ce que l’on pourrait bien utiliser, il faut faire des manipulations algébriques, des calculs simples pour créer des idées. On commence : A(B−In)=B=B−In+In, d’où A(B−In)−(B−In)=In, et (A−In)(B−In)=In. Et là on voit quelque chose de très important : A−In est inversible ! Donc elle commute avec son inverse, i.e. on a aussi (B−In)(A−In)=In, et en redéveloppant BA=A+B, d’où le résultat.
Exercice 100 ⭐️⭐️ A2=A, Sup/Spé/L2
Soit A et B deux matrices carrées de même rang telles que A2=A et B2=B. Montrer qu’il existe deux matrices carrées U et V telles que A=UV et B=VU.
Réflexes
Même rang 👉 Matrices équivalentes ;
Faire des manipulations simples : élever au carré, passer un terme de l’autre côté, etc.
Corrigé
Comme A et B ont même rang, il existe P,Q inversibles telles que A=PBQ.
Utilisons l’hypothèse A2=A : on a A2=PBQPBQ=A=PBQ. Donc B=BQPB car P,Q inversibles.
Des candidats pour U et V sont donc V=BQ et U=PB (de sorte que B=VU). Voyons si ça marche.
On a alors, en utilisant B2=B, UV=PBBQ=PB2Q=PBQ=A, c’est gagné !
Exercice 101 ⭐️ Spé/L2
Soit D1 et D2 deux matrices carrées diagonales dont les éléments diagonaux sont positifs et telles que D12 et D22 sont semblables. Montrer que D1 et D2 sont semblables.
Indication
Le point clé est d’étudier à quelle condition deux matrices diagonales sont semblables.
En algèbre linéaire beaucoup de propriétés sont conservées par similitude : déterminant, trace, valeurs propres, polynôme caractéristique, dimensions des sous-espaces propres…
Corrigé
Nous commençons par montrer que deux matrices diagonales M=Diag(λ1,…,λn) et N=Diag(μ1,…,μn) sont semblables ssi il existe σ∈Sn tel que ∀i∈[[1,n]],λσ(i)=μi, autrement dit ssi les coefficients diagonaux de M et de N sont les mêmes à une permutation près.
Supposons cette condition vérifiée, notons f et g les endomorphismes canoniquement associés à M et N, et ϕ l’automorphisme de Rn tel que ∀i∈[[1,n]],ϕ(ei)=eσ(i), où (e1,…,en) est la base canonique de Rn. Alors on vérifie que ∀i∈[[1,n]],ϕ−1∘f∘ϕ(ei)=λσ(i)ei, donc P−1MP=N, où P est la matrice canoniquement associée à ϕ.
Réciproquement, si M et N sont semblables alors elles ont mêmes valeurs propres donc {λ1,…,λn}={μ1,…,μn}. De plus pour α∈Sp(M)=Sp(N), on a dim(Eα(M))=dim(Eα(N)), donc le nombre d’apparitions de α dans les listes (λ1,…,λn) et (μ1,…,μn) sont égaux.
Conclusion. Si on note D1=Diag(a1,…,an) et D2=Diag(b1,…,bn), D12 et D22 sont diagonales. Donc l’hypothèse entraîne qu’il existe σ∈Sn tel que ∀i∈[[1,n]],(aσ(i))2=(bi)2.
Comme tous ces coefficients sont positifs on a donc aσ(i)=bi, et donc D1 et D2 sont semblables.
Exercice 102 ⭐️⭐️⭐️⭐️ (A+B)k=Ak+Bk, X PC
Montrer que A∈Mn(R) n’est pas inversible si, et seulement si, il existe B∈Mn(R) non nulle vérifiant pour tout k≥1, (A+B)k=Ak+Bk.
Réflexes
A pas inversible 👉 det(A)=0, Ker(A)={0}, il existe B=0 telle AB=0.
On voit (A+B)k 👉 On développe.
Corrigé
Comme on ne voit pas bien où va intervenir le Ker et qu’on ne sait rien dire sur det(Ak+Bk), le plus naturel est de développer (A+B)k=Ak+termes+Bk, où termes contient des termes avec au moins un AB ou BA. On va montrer un résultat assez classique : si A n’est pas inversible alors il existe B=0 tel que AB=BA=0. Pour construire B il faut partir de A dans une bonne base, et là on sait pas grand chose ! On peut juste dire qu’il existe P et Q inversible tel que A=PDQ−1 avec D=(Jr000) et r<n. Si on pose B=QD′P−1 avec D′=(000Jn−r), c’est gagné ! Du coup on a montré l’implication ⟹.
Pour la réciproque, idem, on ne voit pas comment on peut directement récupérer l’inversibilité de A. Donc dans ce cas, il faut partir de la seule identité qu’on connaît et faire des manipulations. On commence par k=2. On a (A+B)2=A2+AB+BA+B2=A2+B2, d’où AB=−BA (1ere info déjà pas mal !).
On continue (A+B)3=(A2+B2)(A+B)=A3+A2B+B2A+B3=A3+B3, d’où A2B=−B2A, mais avec la 1ere info on a aussi B2A=−BAB=AB2, i.e. A2B=−AB2. Supposons A inversible, il vient AB=−B2. Mais on aurait aussi pu écrire (A+B)3=(A+B)(A2+B2)=A3+AB2+BA2+B3=A3+B3, d’où de la même manière BA2=−AB2=BAB=−B2A, i.e. BA=−B2 (car A inversible). Donc AB=BA. Avec la 1ere info, on en déduit AB=0, ce qui contredit que A est inversible car B=0. (Ouf !)
Remarque : pour ceux qui connaissent l’exponentielle matricielle, l’identité pour tout k permet d’obtenir tout de suite en divisant par k! et en sommant, eA+B=eA+eB, et on doit pouvoir faire des choses rigolotes avec le det et la trace 😃
Exercice 103 ⭐️⭐️⭐️ Matrices semblables et Homothétie, X PC
Si A=(ai,j)1≤i,j≤n∈Mn(C), on pose ∥A∥=i,jsup∣ai,j∣ et on note EA l’ensemble des matrices semblables à A. On suppose EA borné pour la norme ∥⋅∥. Montrer que A est une homothétie.
Corrigé
On rappelle le fait suivant : soit D=diag(d1,…,dn) une matrice diagonale. Alors AD=(djai,j)1≤i,j≤n,DA=(diai,j)1≤i,j≤n. Ces formules permettent d’avoir une expression simple pour PAP−1 lorsque la matrice de passage P est diagonale : on pose P=diag(λ1,…,λn), avec λi=0. On a alors P−1=diag(λ1−1,…,λn−1) et PAP−1=(λj−1λiai,j)1≤i,j≤n.
Revenons à l’exercice : si A=λIn est une homothétie, alors PAP−1=A pour tout P∈GLn(C), donc EA est réduit à un élément. On suppose maintenant que A n’est pas une homothétie. On fait dans un premier temps l’hypothèse que la matrice A n’est pas diagonale, c’est-à-dire qu’il existe des indices i0=j0 tels que ai0,j0=0. Soit R>0 arbitrairement grand. On veut trouver une matrice de passage P telle que ∣∣PAP−1∣∣>R. Pour cela, il suffit de choisir P=diag(λ1,…,λn) avec λj0=ε, λi0=ε−1 et λk=1 pour les autres indices. D’après le début de la solution, on a (PAP−1)i0,j0=ε21ai0,j0. Il suffit alors de choisir 0<ε<∣ai0,j0∣1 pour conclure.
Il reste à considérer le cas où A=diag(a1,…,an) est diagonale mais n’est pas une homothétie. On va se ramener au cas précédent en montrant que A est semblable à une matrice non diagonale. Comme A n’est pas une homothétie, il existe deux indices i,j tels que ai=aj. Quitte à réordonner les vecteurs de la base canonique, on peut supposer que a1=a2. On considère maintenant la nouvelle base (e1+e2,e2,e3,…,en). On a A(e1+e2)=a1e1+a2e2=a1(e1+e2)+(a2−a1)e2. Si Q est la matrice de passage dans cette nouvelle base, on a (QAQ−1)1,2=a2−a1=0. D’après le paragraphe précédent, étant donné R>0, on peut trouver P∈GLn(C) telle que ∥P(QAQ−1)P−1∥>R, et on a bien P(QAQ−1)P−1=(PQ)A(PQ)−1∈EA.
Exercice 106 ⭐️⭐️ χAB=χBA, MP/L2/Classique
Soit A et B deux matrices carrées dans C, montrer l’égalité des polynômes caractéristiques χAB=χBA.
Réflexes
Égalité de polynômes caractéristiques 👉 Invariance de χ pour des matrices semblables.
Corrigé
On peut écrire AB=B−1BAB si B est inversible, et ainsi AB et BA sont semblables. Donc on a bien le résultat dans ce cas. On sait que les matrices inversibles sont denses dans Mn(C) et on peut donc conclure dans le cas général en disant que l’application B↦χB est continue (car polynomiale en les coefficients de B).
Exercice 243 ⭐️⭐️ Matrice nilpotente, Sup/L1
Trouver toutes les matrices M∈M3(R) telles que M2=0 .
Réflexes
Réduction avec des espaces simples ! On ne va quand même pas calculer 9 coefficients à la main 😕😱
Corrigé
Comme M2=0, on a Im(M)⊂Ker(M), d’où rg(M)≤dim(Ker(M)).
Avec le théorème du rang, il vient rg(M)≤3−rg(M), donc rg(M)≤3/2.
Si rg(M)=0, M est la matrice nulle, qui est bien solution.
Sinon rg(M)=1. L’image est donc une droite incluse dans le noyau qui est donc un plan. Prenons (e1,e2) une base du Ker où e1 engendre l’image. Complétons avec un e3 qui n’est pas dans le noyau et tel que u(e3)=e1. Dans la base (e1,e2,e3), la matrice M s’écrit donc A=⎝⎛000000100⎠⎞.
Toutes les matrices semblables à A sont bien solutions de M2=0, et ceux sont les seules, outre 0.
Exercice 256 ⭐️⭐️ Sup/Spé/L2
Résoudre M2=(0010) dans M2(R).
Réflexes
Le matheux est parresseux 👉 On ne va pas calculer les coefficients de M ;
On voit une matrice nilpotente 👉 On élève à des puissances.
Corrigé
Soit M une solution. On remarque que (0010)2=0, donc M4=0, on en déduit que M est nilpotente. Or M représente une application linéaire en dimension 2, donc son indice de nilpotence ne peut excéder 2 (cf Exercice 242 ici). Ainsi, soit M1=0, soit M2=0. Dans les deux cas, M ne peut pas être solution de l’équation à résoudre. Il n’y a donc pas de solution.
Exercice 263 ⭐️⭐️ An, MP/ECS2/L2
On considère la matrice A=(1110).
Trouver le polynôme minimal de A.
En déduire An pour tout entier n≥0.
Réflexes
Puissance de A à partir du polynôme minimal 👉 Division euclidienne !
Corrigé
On calcule A2=(2111). On a donc A2−A−I=0. Le polynôme P(X)=X2−X−1 annule A, et comme A n’est pas une matrice scalaire, son polynôme minimal est de degré au moins 2. Ainsi P est le polynôme minimal de A.
Les racines de P sont λ=21+5,μ=21−5.
Soit n≥0 un entier . Calculons la division euclidienne du polynôme Xn par P : on sait qu’il existe Qn∈R[X] et Rn∈R1[X] tels que Xn=P(X)Qn(X)+Rn(X). On écrit Rn(X)=anX+bn pour deux réels an et bn. De plus, comme λ et μ sont racines de P, on a : λn=Rn(λ)=anλ+bn,μn=Rn(μ)=anμ+bn. On en déduit que bn=μ−λμλn−λμn, et que an=λ−μλn−μn. On peut simplifier ces expressions en remarquant que λ−μ=5,λμ=−1. On a alors An=anA+bnI avec an=51((21+5)n−(21−5)n), bn=51⎝⎛(21+5)n−1−(21−5)n−1⎠⎞.
Exercice 268 ⭐️⭐️ Spé/L2
Pour a,b∈]0,1[, on considère la matrice M=(1−aba1−b). Calculer Mn pour n≥0 puis n→∞limMn.
Réflexes
Puissance d’une matrice 👉 on cherche un polynôme annulateur !
Corrigé
On calcule M2=(1−2a+a2+abb(2−a−b)a(2−a−b)1−2b+b2+ab), donc M2−(2−a−b)M=(−1+a+b00−1+a+b)=(−1+a+b)I.
Ainsi le polynôme P(X)=X2−(2−a−b)X+(1−a−b) est un polynôme annulateur de M. On pose λ=1−a−b. Les hypothèses a,b∈]0,1[ impliquent que λ∈]−1,1[. De plus, on a P(X)=(X−1)(X−λ).
On fait maintenant la division euclidienne de Xn par P : il existe Q∈R[X] et an,bn∈R tels que Xn=Q(X)P(X)+(anX+bn). Comme les deux racines de P sont 1 et λ, on a : 1=an+bn,λn=anλ+bn. On résout facilement le système et on obtient : an=1−λ1−λn,bn=1−λλn−λ. Ainsi on a Mn=anM+bnI, c’est-à-dire Mn=1−λ1((1−λn)(1−a)+(λn−λ)(1−λn)b(1−λn)a(1−λn)(1−b)+(λn−λ)). En remplaçant λ par son expression explicite, on simplifie un peu : Mn=a+b1(b+λnab−λnba−λnaa+λnb). Comme ∣λ∣<1, on a n→∞limλn=0, donc n→∞limMn=a+b1(bbaa).
Exercice 269 ⭐️⭐️ Sup/Spé/L2
Soit a∈R. On considère la matrice M=⎝⎜⎜⎜⎜⎛10⋮0−a1⋱⋯0⋱⋱0⋱0−a1⎠⎟⎟⎟⎟⎞. Montrer que M est inversible et calculer son inverse.
Indication
On peut d’abord étudier la matrice J=⎝⎜⎜⎜⎜⎛00⋮010⋱⋯0⋱⋱0⋱010⎠⎟⎟⎟⎟⎞.
Réflexes
M a une forme simple 👉 On calcule ses puissances ! (Chercher un polynôme annulateur si c’est à votre programme)
Corrigé
La matrice M est triangulaire supérieure et ses coefficients diagonaux valent 1, on a donc det(M)=1 et donc M est inversible. On introduit la matrice J=⎝⎜⎜⎜⎜⎛00⋮010⋱⋯0⋱⋱0⋱010⎠⎟⎟⎟⎟⎞. On a M=I−aJ. On montre par récurrence sur k≥0 que Jk=Jk, où Jk est la matrice dont tous les coefficients valent 0 sauf les coefficients ligne i et colonne i+k lorsque i parcourt {1,…,n−k} (on peut facilement vérifier que J=J1). En particulier Jn−1=⎝⎜⎜⎜⎜⎛00⋮0⋯0⋱⋯0⋯⋱010⋮0⎠⎟⎟⎟⎟⎞ et Jn=0.
Pour en déduire l’inverse de M, on se sert de la formule (1−x)(1+x+⋯+xn−1)=1−xn, qui est vraie dans tout anneau A d’élément unité 1. Ici avec A=Mn(R) et x=aJ, on a (I−aJ)(I+aJ+⋯+an−1Jn−1)=I−anJn=I, donc M−1=I+aJ+⋯+an−1Jn−1.
Autre méthode : une méthode qui paraît plus naturelle au départ, mais qui se termine par de la combinatoire repoussante ! On écrit que (M−I)n=(−a)nJn=0, donc 0=k=0∑n(kn)Mk(−1)k=I+Mk=1∑n(kn)Mk−1(−1)k et on en déduit que M−1=k=1∑n(kn)(−M)k−1. On peut aller plus loin en écrivant que −M=aJ−I, donc : M−1=k=1∑n(kn)l=0∑k−1(lk−1)alJl(−1)k−1−l=l=0∑n−1alJl(k=l+1∑n(kn)(lk−1)(−1)k−1−l). Avec une très bonne culture en combinatoire, on sait que k=l+1∑n(kn)(lk−1)(−1)k−1−l=1 pour tout 0≤l≤n−1 et on peut conclure.
Remarquons que si on a déjà trouvé l’inverse de M par la première méthode, on peut invoquer le fait que la famille des (Jk)0≤k≤n−1 est libre pour en déduire la formule combinatoire ! Une preuve directe de cette formule ne saurait être beaucoup plus courte…
Soit A=(ai,j)1≤i,j≤n∈Mn(R). Pour i∈{1,…,n} on note Li=k=i∑∣ai,k∣.
On suppose que pour tout i∈{1,…,n}, ∣ai,i∣>Li. Montrer que A est inversible.
On suppose que pour tous i=j∈{1,…,n}, ∣ai,iaj,j∣>LiLj. Montrer que A est inversible.
Réflexes
Somme de coefficients et inversibilité 👉 Écrire AX=0.
Corrigé
Par l’absurde ! On suppose que A n’est pas inversible. Il existe donc X∈Rn non nul tel que AX=0.
Soit i∈{1,…,n} tel que ∣xi∣=max(∣xi∣,…,∣xn∣)>0.
En écrivant ce que vaut le i-ème coefficient de AX, on obtient l’équation ai,ixi+j=i∑ai,jxj=0, et donc ∣ai,i∣∣xi∣=∣∣∣∣∣∣∣j=i∑ai,jxj∣∣∣∣∣∣∣≤j=i∑∣ai,j∣∣xj∣≤∣xi∣Li. En divisant par ∣xi∣>0, on arrive à l’équation ∣ai,i∣≤Li, ce qui contredit l’hypothèse ∣ai,i∣>Li.
On procède de la même façon qu’à la question précédente. On suppose qu’il existe X∈Rn non nul tel que AX=0. Soient i et j des indices tels que ∣xi∣=max(∣x1∣,…,∣xn∣) et ∣xj∣=max(∣xk∣:k=i). On sait que ∣xi∣>0, sinon X serait le vecteur nul. Si on suppose que ∣xj∣=0, alors on aurait xk=0 pour tout k=i. Mais en regardant le i-ème coefficient de AX=0, on aurait ai,ixi=0, ce qui est une contradiction. Ainsi on a aussi ∣xj∣>0. En regardant les coefficients i et j de AX=0, on obtient les équations ai,ixi+k=i∑ai,kxk=0,aj,jxj+k=j∑aj,kxk=0. De ces deux équations on en déduit les deux inégalités ∣ai,ixi∣≤∣xj∣Li,∣aj,jxj∣≤∣xi∣Lj. En multipliant les deux inégalités et en divisant par ∣xixj∣>0, on obtient ∣ai,iaj,j∣≤LiLj, ce qui contredit l’hypothèse de l’énoncé.
Exercice 293 ⭐️⭐️ Mines PC 2018, Sup/L1
Soit M=⎝⎛0i0000i01⎠⎞∈Mn(C). Déterminer la dimension du sous-espace vectoriel F de Mn(C) engendré par la famille (Mk)k≥0.
Réflexes
Exemple concret de matrice et on cause de Mk 👉 Calculer M2, M3, etc.
Corrigé
On suit nos reflexes : M2=⎝⎛0i0000i01⎠⎞⎝⎛0i0000i01⎠⎞=⎝⎛000000i−11⎠⎞. et de plus M3=⎝⎛0i0000i01⎠⎞⎝⎛000000i−11⎠⎞=⎝⎛000000i−11⎠⎞=M2. On voit donc que F=Vect(I3,M,M2), donc dimF≤3. Il est alors naturel de se demander si ces trois matrices sont libres. Soit (a,b,c)∈C3 tels que aI3+bM+cM2=0. Calculons : aI3+bM+cM2=⎝⎛abi00a0(b+c)i−ca+b+c⎠⎞, et on voit donc que si cette dernière matrice est nulle, cela impose a=b=c=0. Ainsi I3,M et M2 sont libres et dimF=3.
On suppose que A∈Mn(K) est triangulaire supérieure stricte.
Montrer que A est nilpotente (i.e. qu’il existe p∈N∗ tel que Ap=0).
Indication
Pour comprendre la situation, rien de tel que de prendre un exemple pour A, et de calculer les puissances successives. 👉 On doit observer que les puissances de A contiennent de plus en plus de 0.
Corrigé
L’hypothèse est que pour i≥j on a Ai,j=0.
Montrons par récurrence que pour p∈N∗, la matrice Ap vérifie : ∀i,j∈[[1,n]],i≥j−p+1⇒(Ap)i,j=0.
Ceci entraîne la conclusion voulue, car en particulier pour p=n elle donne An=0.
∙ Pour k=1 c’est l’hypothèse de l’énoncé.
∙ Supposons l’hypothèse vérifiée au rang p. Prenons des indices i,j tels que i≥j−p et montrons que (Ap+1)i,j=0. Comme Ap+1=A×Ap on a : (Ap+1)i,j=k=1∑nAi,k(Ap)k,j
Alors Ai,k=0 si k<i, et (Ap)k,j=0 si k≥j−p+1 (par hypothèse de récurrence).
Or tous les indices k∈[[1,n]] sont dans l’un de ces deux cas (puisque i≥j−p). Donc dans la somme ci-dessus tous les termes sont nuls, et donc (Ap+1)i,j=0.
Soit X∈Ker(A), alors AX=0, donc tAAX=0, donc X∈Ker(tAA). Ainsi Ker(A)⊂Ker(tAA). Soit X∈Ker(tAA), alors tAAX=0, d’où tXtAAX=∥AX∥22=0, donc AX=0, i.e. X∈Ker(A), ce qui prouve Ker(tAA)⊂Ker(A). D’où l’égalité voulue. On rappelle que si Y=t(y1,⋯,yn), on définit sa norme euclidienne canonique par ∥Y∥22=tYY=y12⋯+yn2.
On a tAA∈Mp,p(R), et A représente une application linéaire de Rp dans Rn. On applique alors le théorème du rang à A et tAA, i.e. rg(A)rg(tAA)=p−dimKer(A)=p−dimKer(tAA), d’où rg(tAA)=rg(A). En appliquant la même formule à la matrice tA, et en remarquant que rg(tA)=rg(A), on obtient rg(tAA)=rg(AtA).
Exercice 451 ⭐️⭐️ AB=BA=0, Sup/Spé/L2
Soit A∈Mn(C) non inversible. Montrer qu’il existe B=0 tel que AB=BA=0.
Réflexes
A∈Mn(C) non inversible 👉 det(A)=0, rg(A)<n ;
Existence de B 👉 construire B à partir de A dans une bonne base ?
Corrigé
Pour construire B il faut partir de A dans une bonne base, et là on sait pas grand chose ! On peut juste dire qu’il existe P et Q inversible tel que A=PDQ−1 avec D=(Ir000) et r<n (on dit que A et D sont des matrices équivalentes). Si on pose B=QD′P−1 avec D′=(000In−r), c’est gagné car DD′=D′D=0 !
Exercice 452 ⭐️ AB=0, Sup/L1
Soit A,B∈Mn(K). Si AB=0, a-t-on BA=0 ?
Réflexes
Regardez en dimension 2.
Corrigé
NON ! Soit A=(0001) et B=(1010). Alors AB=(0001)(1010)=(0000), mais BA=(1010)(0001)=(0010).
Exercice 473 ⭐️⭐️ In−AB inversible, Sup/L1
Soit A,B∈Mn(K) tels que A et In−AB sont inversibles. Montrer que In−BA est inversible.
Réflexes
Matrice inversible 👉 Ker réduit à {0}, det=0.
Corrigé
Un grand mathématicien m’a dit un jour : “Les maths, c’est de la réécriture”. Soit X∈Kn tel que (In−BA)X=0, i.e. BAX=X. D’où ABAX=AX, que l’on réécrit (In−AB)(AX)=0. Comme In−AB est inversible, il vient AX=0. On conclut alors que X=0 car A est inversible. Ainsi In−BA est inversible.
Exercice 475 ⭐️⭐️⭐️ A2B=A, X PC, Sup/Spé/L2
Soit A,B∈Mn(R) de même rang et tels que A2B=A. Montrer que B2A=B.
Réflexes
Rang 👉 Théorème du rang, étudier Ker et Im, matrices équivalentes.
Corrigé
Il faut avouer que cet exercice “innocent” n’est pas facile du tout. Unique stratégie : déduire toutes les petites choses simples qu’on peut à partir des hypothèses, et des pistes vont apparaître. Le jury devrait alors aider à s’orienter.
On commence donc suivant nos réflexes à regarder les noyaux et les images. Si X∈KerB, alors AX=A2BX=0, donc X∈KerA, i.e. KerB⊂KerA. Comme rg(A)=rg(B), le théorème du rang nous donne que dimKerB=dimKerA. Puisqu’on a une inclusion, on a alors KerB=KerA. Et les images ? On a toujours ImA2⊂ImA. Vu légalité A2B=A, on a plus : si on s’écrit AX, on s’écrit aussi A2(BX), donc ImA⊂ImA2, et ImA2=ImA. On a toujours aussi KerA⊂KerA2. En utilisant encore le théorème du rang avec rg(A2)=rg(A), il vient alors KerA=KerA2.
Bon on a emmagasiné pas mal d’infos. On essaie de viser la cible ? qui est B2A=B, i.e. B(BA−In)=0. Donc on veut montrer que pour tout vecteur X, (BA−In)X∈KerB. Mais on sait que KerB=KerA2. Testons donc A2(BA−In)=A2BA−A2=AA−A2=0, et ça montre bien que tout vecteur X, (BA−In)X∈KerA2=KerB, c’est gagné ! 😅
Exercice 478 ⭐️⭐️⭐️ H∩GLn=∅, Sup/L2/Classique
Soit H un hyperplan de Mn(R), n≥2. Montrer que H contient au moins une matrice inversible.
Indications
🙇♀ Supposer que In∈/H et considérer les matrices élémentaires Ei,j.
Corrigé
Si In∈H c’est fini 😅 Si In∈/H, alors Mn(R)=RIn⊕H car RIn (la droite engendrée par In) est de dimension 1, et H est de dimension un de moins que celle de l’espace total. Soit Ei,j les matrices élémentaires de Mn(R) (i.e. sa base canonique) et on suppose que i=j. On considère les matrices In+Ei,j que l’on décompose selon RIn⊕H : In+Ei,j=αi,jIn+Hi,j, avec αi,j∈R et Hi,j∈H. Ainsi (1−αi,j)In+Ei,j∈H. S’il existe un αi,j=1 alors (1−αi,j)In+Ei,j est inversible car i=j (on a une matrice dont les éléments de la diagonale sont tous égaux non nuls avec un 1 qui se ballade en dehors de la diagonale). Dans ce cas là, c’est fini ! Sinon tous les αi,j sont égaux à 1 et donc tous les Ei,j∈H. On vérifie alors que la matrice En,1+E1,2+⋯En−1,n∈H est inversible (c’est une matrice de permutation), et c’est gagné encore.
Remarque :
R peut être remplacé par un corps quelconque ;
On peut résoudre cet exercice avec des réflexes plus de 2e année : noyau d’une forme linéaire, représentation avec la trace, matrices équivalentes ;
La dimension maximale d’un sous-espace de Mn(R) ne contenant que des matrices de rang ≤p est np (cf Oraux X-ENS, Algèbre 1, 7.10 p 331).
Exercice 479 ⭐️ AB−BA=A, Sup/L1
Soit A,B deux matrices carrées telles que AB−BA=A. Montrer que A n’est pas inversible. (En fait on peut montrer que A est nilpotente, mais c’est plus dur ! cf Exercice 11)
Réflexes
A pas inversible ? 👉 Supposons que A est inversible pour faire des calculs !
Indication
Suivre la trace…
Corrigé
Si A est inversible alors ABA−1−B=In et donc en prenant la trace des 2 cotés on obtient tr(B)−tr(B)=n, impossible ! Donc A n’est pas inversible.
Soit A∈M5(R) telle que A3=A2−2A. La matrice A est-elle inversible ?
Réflexes
On voit un polynôme annulateur 👉 Valeurs propres qui sont racines ; Scindé à racines simples ?
Inversible ? 👉 Supposer A inversible et faire des calculs avec l’inverse.
Corrigé
Suivant nos réflexes, supposons A inversible. On peut donc simplifier l’égalité A3=A2−2A en A2=A−2In, et hop on a un nouveau polynôme annulateur : Q(X)=X2−X+2. Il est de degré 2, donc on peut regarder facilement ses racines. Son discriminant est (−1)2−4⋅1⋅2=−7<0, donc Q a deux racines complexes conjuguées non réelles.
Est-ce cohérent avec les hypothèses ? On a A∈M5(R), donc le polynôme caractéristique est de degré 5, donc impair, et alors A a forcément une valeur propre réelle α (le graphe d’un polynôme de degré impair coupe nécessairement l’axe réel, TVI !). Or α doit être aussi racine d’un polynôme annulateur, par exemple Q. Contradiction car α∈R !
Conclusion : A n’est pas inversible.
Exercice 490 ⭐️ P(A)=0 et AX=λX, Sup/Spé/L2
Soit A∈Mn(C) et P(X)=apXp+⋯+a1X+a0 un polynôme dans C[X] tel que P(A)=apAp+⋯+a1A+a0In=0 (On dit que P est un polynôme annulateur de A) . Soit λ∈C tel qu’il existe X∈Cnnon nul vérifiant AX=λX (On dit que λ est une valeur propre de A). Montrer que P(λ)=0.
Réflexes
P(A)=apAp+⋯ 👉 Il est naturel de calculer ApX.
Corrigé
Dans P(A), il y a des puissances de A, donc on va regarder calmement les AkX. On a AX=λX, donc A2X=A(AX)=A(λX)=λAX=λ2X. Par récurrence on va donc pouvoir prouver que AkX=λkX pour tout entier k≥1. Ainsi P(A)X=P(λ)X. Comme P(A)=0, il vient P(λ)X=0. Mais X=0, donc P(λ)=0.
Remarque :
Une valeur propre est racine d’un polynôme annulateur, mais la réciproque est fausse ! Q(X)=X2−X est un polynôme annulateur de In et a 0 et 1 pour racines. Or 0 n’est pas une valeur propre de In (il n’y a que 1 comme valeur propre).
Pour les prépa : les polynômes annulateurs sont au programme des MP, PSI et ECS2. Pour eux c’est du cours. Mais typiquement, tu vois que c’est le genre de question qu’on peut donner à l’écrit à tout le monde en redéfinissant les objets 😏
Exercice 519 ⭐️⭐️ Trace : une caractérisation , Spé/L2
Soit f:Mn(C)→C une application linéaire.
Montrer qu’il existe une unique matrice A∈Mn(C) telle que : ∀M∈Mn(C),f(M)=tr(AM).
On suppose dans cette question que : ∀M,N∈Mn(C),f(MN)=f(NM).
Montrer qu’il existe λ∈C tel que f=λtr.
On suppose dans cette question que : ∀A∈Mn(C),∀P∈GLn(C),f(P−1AP)=f(A).
Montrer qu’il existe λ∈C tel que f=λtr. Indication. On pourra commencer par montrer que GLn(C) est dense dans Mn(C).
Réflexes
Existence et unicité 👉 On peut reconnaître la question de la bijectivité d’une certaine application.
Regarder ce que cette égalité donne pour des matrices simples.
Faire le lien avec la question précédente.
Corrigé
Pour A∈Mn(C), on pose fA:M↦tr(AM). fA est une application de Mn(C) vers C, qui est clairement linéaire.
L’application Φ:A↦fA, de Mn(C) vers L(Mn(C),C) est elle aussi clairement linéaire. Il suffit de montrer qu’elle est bijective, et comme les dimensions de Mn(C) et L(Mn(C),C) sont égales, il suffit en fait de montrer qu’elle est injective. Montrons pour cela que ker(Φ)={0}.
Soit A∈Mn(C) telle que ∀M∈Mn(C),tr(AM)=0.
Pour i,j∈[[1,n]], AEi,j est la matrice où toutes les colonnes sont nulles sauf la j-ème qui est la i-ème colonne de A. Par conséquent tr(AEi,j)=aj,i=0. Donc A=0.
Soit i=j. Ei,iEi,j=Ei,j et Ei,jEi,i=0, donc l’égalité f(Ei,iEi,j)=f(Ei,jEi,i) donne f(Ei,j)=0.
Par ailleurs Ei,jEj,i=Ei,i et Ej,iEi,j=Ej,j donc f(Ei,i)=f(Ej,j).
Notons λ la valeur commune de f(Ei,i) pour i∈[[1,n]]. Pour M∈Mn(C) on a : f(M)=1≤i,j≤n∑mi,jf(Ei,j)=1≤i≤n∑mi,iλ=λtr(M).
La densité de GLn(C) dans Mn(C) est une propriété classique : pour M∈Mn(C) on peut prendre Mk=M+k1In, et remarquer que Mk→M et que Mk est inversible à partir d’un certain rang (dans le cas contraire M aurait une infinité de valeurs propres ce qui est impossible).
Soit A,B∈Mn(C).
On peut prendre une suite (Bk) de matrices inversibles qui converge vers B. Les applications f, M↦AM et M↦MA sont continues (car linéaires en dimension finie), donc l’égalité f(ABk)=f(BkA) donne quand k→∞ : f(AB)=f(BA).
D’où la conclusion d’après la question 2.
Exercice 555 ⭐️⭐️⭐️ Amitié, matrices et nombre premier de Grothendieck, Spé/L2
On considère un groupe de personnes telles que chacune a exactement n amis dans le groupe: on suppose que l’amitié est toujours réciproque et qu’aucune personne n’est amie avec elle-même. De plus, deux personnes distinctes du groupe qui ne sont pas amies ont toujours un ami en commun dans le groupe.
Montrer qu’une personne du groupe a au plus n(n−1) amis d’amis, et en déduire qu’il y a au plus n2+1 personnes dans le groupe. On suppose par la suite que ce maximum est atteint.
Montrer que dans ce cas, deux personnes distinctes qui ne sont pas amies ont un seul ami commun, et que deux amis n’ont pas d’ami commun.
On note par M la matrice (n2+1)×(n2+1) telle que Mi,j=1 si les personnes de rang i et j dans l’ordre alphabétique sont amies, et Mi,j=0 si ces personnes ne sont pas amies. Montrer que M2+M−(n−1)I=J, où I est la matrice identité et J est la matrice dont tous les coefficients sont égaux à 1.
Montrer que JM=nJ, et en déduire que (M2+M−(n−1)I)(M−nI)=0.
Calculer les racines du polynôme (X2+X−(n−1))(X−n), en déduire que M est diagonalisable et déterminer ses valeurs propres.
Montrer que la multiplicité de la plus grande valeur propre est égale à 1.
Montrer que si 4n−3 n’est pas un carré parfait, M a deux valeurs propres irrationnelles de multiplicités égales. En considérant la trace de M, montrer que n est égal à 0 ou 2.
Montrer que si n∈{0,2}, alors il existe un entier k≥0 tel que n=k2+k+1.
En considérant la trace de M, montrer qu’il existe un entier m tel que k(n2−m)−(k+1)m+k2+k+1=0, puis que k5+2k4+3k3+3k2+2k+1 est multiple de 2k+1.
Montrer que 2k+1 est un diviseur de 15.
Montrer que n est nécessairement une des valeurs suivantes: 0,1,2,3,7,57.
Donner des exemples de situations corresponant aux valeurs 0,1,2,3. Il a été prouvé que 7 est aussi possible, le cas de 57 est encore un problème ouvert. Les graphes correspondant aux relations d’amitié décrites ici s’appellent graphes de Moore.
Corrigé
Une personne donnée a n amis, qui chacun a n−1 amis autres que la personne de départ. Comme cette personne est amie ou amie d’amie de tous les autres membres du groupe, le nombre total de personnes et au plus 1+n+n(n−1)=n2+1.
Si une personne a deux amis communs avec une autre personne, elle ne peut avoir plus de n(n−1)−1 amis d’amis, car l’un d’entre eux est compté deux fois dans le raisonnement précédent, donc le nombre total de personnes est au plus n2. Si deux amis ont un ami commun, on a également un double compte.
D’après ce qui précède, deux personnes distinctes ont exactement un “chemin amical” de longueur 1 ou 2 donc tous les coefficients non-diagonaux de M2+M sont égaux à 1. Comme chaque personne a n amis, il y a n chemins de longueur 2 de cette personne a elle-même et aucun chemin de longueur 1, donc les coefficients diagonaux de M2+M sont égaux à n.
JM=nJ car chaque personne a n amis, donc (M2+M−(n−1)I)(M−nI)=J(M−nI)=0.
Les racines sont n et (−1±4n−3)/2, et ce sont les valeurs propres de M. On verifie facilement que (−1−4n−3)/2<(−1+4n−3)/2<n pour tout n≥1, donc les trois racines sont distinctes et M est diagonalisable.
Soient v1,…,vn2+1 les coordonnées d’un vecteur propre de M pour la valeur propre n. Si vj est la coordonnée de partie réelle la plus grande, on a: 0≤k=1∑n2+1Mj,kℜ(vj−vk)=ℜ(vj)k=1∑n2+1Mj,k−ℜ⎝⎛k=1∑n2+1Mj,kvk⎠⎞=nℜ(vj)−ℜ(nvj)=0.
On a donc égalité partout, et ℜ(vj−vk)=0: toutes les coordonnées ont la
même partie réelle. De même, elles ont la même partie imaginaire, elles sont donc égales et tous les vecteurs propres pour n sont colinéaires.
La trace de M est m(−1−4n−3)/2+(n2−m)(−1+4n−3)/2+n, où m est la multiplicité de la plus petite valeur propre. Si m=n2−m et 4n−3 n’est pas un carré parfait, la trace est irrationnelle. Ce n’est pas possible car en fait la trace est nulle, puisque les termes diagonaux de M sont nuls (personne n’est ami avec lui-même). On a donc m=n2/2, et −n2/2+n=0, n∈{0,2}.
On doit avoir 4n−3 carré parfait impair, donc il existe k tel que (2k+1)2=4n−3, n=k2+k+1.
On a m(−1−4n−3)/2+(n2−m)(−1+4n−3)/2+n=0, donc comme 4n−3=2k+1, k(n2−m)−(k+1)m+(k2+k+1)=0. En développant tout en fonction de k: k(k4+2k3+3k2+2k+1)−(2k+1)m+k2+k+1=0, ce qui implique que k5+2k4+3k3+3k2+2k+1 est multiple de 2k+1.
On a donc k5+2k4+3k3+3k2=k2(k3+2k2+3k+3) multiple de 2k+1, et puisque k et 2k+1 sont premiers entre eux, k3+2k2+3k+3 multiple de 2k+1. En soustrayant 6k+3, k3+2k2−3k est multiple de 2k+1, ainsi que k2+2k−3, k2+2k−3+3(2k+1)=k2+8k, k+8, 2k+16, et donc 15.
Soit n∈{0,2}, soit n=k2+k+1 avec 2k+1∈{1,3,5,15}, ce qui donne le résultat cherché.
Pour n=0, on prend une personne seule. Pour n=1, on prend deux amis. Pour n=2, on prend 5 personnes assises à une table ronde, chacune amie avec les deux personnes voisines. Pour n=3, on prend deux tables de cinq personnes l’une au-dessus de l’autre, les personnes en haut amies avec leurs voisins et la personne juste en-dessous, les personnes en bas amies avec les personnes non-voisines de leur table, et avec la personne juste au-dessus.
Exercice 562 ⭐️⭐️⭐️ Racines matricielles de l’identité, Sup/Spé/L2
Soit M une matrice 2×2 à coefficients entiers dont la puissance d est égal à l’identité pour un entier d>0.
Montrer que M est diagonalisable dans C.
On suppose que M est à valeurs propres réelles. Quelles sont les valeurs propres possibles? Montrer que M2 est égal à l’identité.
On suppose que les valeurs propres de M ne sont pas réelles. Montrer qu’elles sont complexes conjuguées et donner leur module.
Dans le cas où M n’a pas de valeur propre réelle, calculer son déterminant et montrer que sa trace est égale à −1, 0 ou 1.
Montrer que le plus petit entier strictement positif d tel que Md est l’identité vaut nécessairement 1,2,3,4 ou 6.
Donner un exemple de matrice correspondant à chacune de ces valeurs.
Corrigé
Le polynôme Xd−1 est scindé à racines simples et annule M.
Les valeurs propres sont toujours des racines d-ièmes de l’unité, donc elles valent 1 ou −1 si elles sont réelles. Dans ce cas, leur carré vaut 1. Comme M est diagonalisable, M2 est semblable, et donc égale à l’identité.
Si M a une valeur propre non réelle, sa conjuguée est aussi valeur propre, car M est à coefficients réels, et la conjugaison est un automorphisme du corps des complexes fixant les réels. Les valeurs propres sont des racines de l’unité, donc elles sont de module 1.
Si M n’a pas de valeur propres réelle, le produit des valeurs propres est le produit d’une d’entre elles par son conjuguée, donc la norme carrée d’une valeur propre. On en déduit que M est de déterminant 1. La trace de M est deux fois la partie réelle d’une valeur propre complexe non réelle de module 1, donc elle est de module strictement inférieur à 2. De plus, c’est un entier car M est à coefficients entiers par hypothèse.
Si M a des valeurs propres réelles, on a montré que d=1 ou d=2 est possible. Sinon, le polynôme caractéristique de M est X2−X+1, X2+1 ou X2+X+1. Dans le premier cas, les valeurs propres sont des racines sixièmes de l’unité (donc on peut prendre d=6), dans le deuxième cas, les valeurs propres sont i et −i (donc on peut prendre d=4), dans le dernier cas, les valeurs propres sont des racines cubiques de l’unité (donc on peut prendre d=3).
Pour, d=1,2,4, on peut respectivement prendre l’identité, moins l’identité, et (0−111). Pour d=3, on peut prendre la matrice compagnon de X2+X+1, soit (01−1−1). Pour d=6, on peut prendre la matrice compagnon de X2−X+1, soit (01−11).