Soient u et v des endomorphismes d’un e.v. F de dimension n tels que u∘v=0.
Montrer que rg(u+v)≤rg(u)+rg(v)≤n.
On suppose ici que rg(u+v)=n. Montrer que F=Ker(v)⊕Im(v).
Réflexes
Inégalité sur les dimensions 👉 Tester l’inclusion des ensembles
Quand on voit Ker et Im 👉 théorème du rang.
Corrigé
On a Im(u+v)⊂Im(u)+Im(v) par définition de la somme de deux applications et de deux sous e.v. Donc rg(u+v)≤rg(u)+rg(v) par la formule de Grassmann. De plus u∘v=0 signifie que Im(v)⊂Ker(u). En utilisant le théorème du rang, on a donc rg(v)≤dim(Ker(u))=n−rg(u) et donc rg(u)+rg(v)≤n.
Par le théorème du rang il suffit de montrer que Ker(v)∩Im(v)={0}. Soit x∈Ker(v)∩Im(v). Alors x=v(y) et donc par l’hypothèse u∘v=0, on a u(x)=u(v(y))=0. Comme on a aussi v(x)=0, il vient que x∈Ker(u+v). Mais par le théorème du rang on a dim(Ker(u+v))=0 car on a supposé rg(u+v)=n. Ainsi x=0, ce qu’on voulait !
Montrer que les deux assertions suivantes sont équivalentes :
(i) Ker(f2)=Ker(f)
(ii) Ker(f)∩Im(f)={0}.
Montrer que les deux assertions suivantes sont équivalentes :
(iii) Im(f2)=Im(f)
(iv) E=Ker(f)+Im(f).
Que déduire des questions précédentes si E est de dimension finie n ?
Réflexes
Égalité d’ensemble 👉 preuve par double inclusion ;
Écrire ce que ça veut dire d’être dans les ensembles ;
Bidouiller les expressions, toujours faire des manipulations simples !
Corrigé
On remarque qu’on a toujours Ker(f)⊂Ker(f2).
(i)⇒(ii) : Soit x∈Ker(f)∩Im(f), alors x=f(y) et f(x)=f2(y)=0. Donc y∈Ker(f2)=Ker(f) par (i). Donc f(y)=x=0.
(ii)⇒(i) : Soit x∈Ker(f2), alors f2(x)=0, donc f(x)∈Ker(f)∩Im(f) et f(x)=0 par (ii). Ainsi x∈Ker(f).
On remarque qu’on a toujours Im(f2)⊂Im(f).
(iii)⇒(iv) : Soit x∈E. Alors f(x)=f2(y) par (iii). Donc f(x−f(y))=0 car f est linéaire. Ainsi z=x−f(y)∈Ker(f) et x=z+f(y) est une décomposition voulue.
(iv)⇒(iii) : Soit x∈Im(f), alors x=f(y), mais y=z+f(w) avec z∈Ker(f) d’après (iv). Donc x=f(y)=f2(w), ce qu’on voulait.
Si E est de dimension fini, le théorème du rang nous dit que : Ker(f)∩Im(f)={0}⟺E=Ker(f)⊕Im(f), donc en particulier (i), (ii), (iii) et (iv) sont équivalentes.
Exercice 92 ⭐️⭐️ Sup/L1
Soit (E,⟨⋅,⋅⟩) un espace vectoriel euclidien et F:=(e1,…,ep)∈Ep. On considère f:E→E définie par : ∀x∈E,f(x)=i=1∑p⟨ei,x⟩ei.
Montrer que f est un endomorphisme de E.
Montrer que ⟨f(x),x⟩≥0. Quand a-t-on ⟨f(x),x⟩=0 ?
Montrer que Ker(f)=F⊥ et Im(f)=Vect(F).
Montrer que f est bijective si et seulement si F engendre E.
Corrigé
Il suffit de montrer que pour tout i∈{1,…,p}, l’application x↦⟨ei,x⟩ei est un endomorphisme de E, et cela vient du fait que pour tous x,y∈E et tout λ∈R, on a : ⟨ei,λx+y⟩ei=(λ⟨ei,x⟩+⟨ei,y⟩)ei=λ⟨ei,x⟩ei+⟨ei,y⟩ei.
On utilise la linéarité du produit scalaire en la première variable pour écrire : ⟨f(x),x⟩=⟨i=1∑p⟨ei,x⟩ei,x⟩=i=1∑p⟨ei,x⟩⟨ei,x⟩=i=1∑p⟨ei,x⟩2≥0.
On a égalité si et seulement si ⟨ei,x⟩=0 pour tout 1≤i≤p, i.e. si et seulement si x∈F⊥.
Soit x∈Ker(f). On a f(x)=0, donc ⟨f(x),x⟩=0. D’après la question précédente, on a alors x∈F⊥, donc Ker(f)⊂F⊥. Réciproquement, si x∈F⊥, alors ⟨x,ei⟩=0 pour tout 1≤i≤p, et on en déduit que f(x)=0. Ainsi on a aussi l’inclusion réciproque F⊥⊂Ker(f).
Soit y∈Im(f). Il existe alors x∈E tel que y=f(x)=i=1∑p⟨ei,x⟩ei. On a exprimé y comme combinaison linéaire des (ei)1≤i≤p, ce qui signifie que y∈Vect(F), d’où l’inclusion Im(f)⊂Vect(F). Notons V:=Vect(F). On a F⊥=V⊥. On peut exprimer de deux façons différentes la dimension de E, en utilisant le théorème du rang, puis les propriétés des supplémentaires orthogonaux : dim(V)+dim(V⊥)=dim(E)=dim(Ker(f))+dim(Im(f)).
Comme V=Ker(f), on en déduit que dim(V⊥)=dim(Im(f)), et l’inclusion Im(f)⊂V permet de conclure que Im(f)=V.
On a f bijective ⟺dim(Ker(f))=0⟺dim(V⊥)=0⟺dim(V)=dim(E)⟺V=E (car on a l’inclusion V⊂E). Mais V=E signifie exactement que F engendre E.
Soit (E,∥⋅∥) un e.v. normé de dimension finie, et u un endomorphisme de E. On suppose que pour tout x∈E, ∥u(x)∥≤∥x∥.
Montrer que E=Ker(u−Id)⊕Im(u−Id).
Réflexes
On voit Ker et Im 👉 Théorème du rang !
Faire des manipulations simples : sommer des vecteurs, itérer u, etc.
Corrigé
Il suffit donc de montrer que Ker(u−Id)∩Im(u−Id)={0} d’après le théorème du rang. Soit x∈Ker(u−Id)∩Im(u−Id). Alors u(x)=x et il existe y∈E tel que u(y)−y=x. Et maintenant il faut bidouiller pour avoir plus d’info sur x ! Il paraît naturel de réécrire u(y)=x+y, ce qui donne envie d’itérer : u2(y)=u(x)+u(y)=x+x+y=2x+y. Tiens on commence à voir une récurrence : un(y)=nx+y. On est d’accord, on sait pas trop où on va, mais on emmagasine des infos intéressantes. Le grand intérêt d’avoir des suites, c’est de passer à la limite, ça donne quoi ici ? A gauche ça ne peut pas exploser car ∥un(y)∥≤∥un−1(y)∥≤⋯∥y∥ d’après l’hypothèse. Par contre à droite ça explose si x=0 (car ∥nx+y∥≥n∥x∥−∥y∥), boom contradiction ! ça veut donc dire que x=0.
Remarque : La conclusion est donc vraie en particulier si u est dans le groupe orthogonal. On associe souvent cet exercice avec l’étude de la suite d’endomorphismes k1j=0∑k−1uj. La bidouille d’avant devrait aider à dire quelque chose de remarquable sur sa limite 😃
Exercice 107 ⭐️⭐️ Base du dual, L2/L3
Soit f1,⋯,fn des formes linéaires sur un e.v. E de dim. n.
Montrer que : f1,⋯,fn est une base de E∗⟺k=1⋂nKerfk={0}.
Corrigé
(⟹) Cela invite à une démonstration par l’absurde car on pourra travailler avec un x=0 dans k=1⋂nKerfk, et on pourra exprimer n’importe quelle forme linéaire en fonction des fk. Soit F tel que E=Vect(x)⊕F. Le plus naturel est de définir la forme linéaire f avec f(x)=1 et Kerf=F. Mais d’après l’hypothèse on peut écrire f=a1f1+⋯+anfn. En appliquant en x, on obtient 1 à gauche et 0 à droite car x∈k=1⋂nKerfk, contradiction ! (⟸) Pour l’autre sens, on pose Hi=Ker(fi) et Fk=i=1⋂kHi. On a l’inclusion Fk+1⊂Fk pour tout 1≤k≤n−1, donc dim(Fk+1)≤dim(Fk). De plus, d’après une formule classique : dim(Fk)+dim(Hk+1)=dim(Fk∩Hk+1)+dim(Fk+Hk+1). Or Fk∩Hk+1=Fk+1, et dim(Fk+Hk+1)≤n, on en déduit quedim(Fk+1)≥dim(Fk)−1. Comme on a dim(F1)=n−1 et dim(Fn)=0, on a nécessairement égalité dans chacune des inégalités, c’est-à dire dim(Fk+1)=dim(Fk)−1. On peut alors construire un n-uplet (x1,…,xn) vérifiant les propriétés suivantes : on choisit x1∈/Ker(f1), et pour k≥2, on choisit xk dans Fk−1, mais pas dans Fk. La famille (x1,…,xn) a été construite de telle sorte que fi(xj)=0 si i<j et fi(xi)=0.
Soient maintenant α1,…,αn scalaires tels que i=1∑nαifi=0. Alors, pour tout 1≤j≤n, on a i=1∑nαifi(xj)=0. Autrement dit, on a l’équation matricielle MY=0, avec M=(fi(xj))1≤i,j≤n et Y=(α1,…,αn)T. Mais d’après les remarques faites précédemment, la matrice A est triangulaire supérieure avec des coefficients diagonaux non nuls, elle est donc inversible. On en déduit que Y=0, donc que la famille f1,…,fn est libre dans E∗, et comme dim(E∗)=n, cette famille est bien une base.
Exercice 108 ⭐️⭐️ Somme de projecteurs, Sup/L1
Soit p1 et p2 des projecteurs d’un e.v. E de dimension finie. On pose p=p1+p2.
Montrer que p est un projecteur ⟺p1∘p2=0 et p2∘p1=0.
Réflexes
p projecteur 👉 On écrit p2, qu’on développe ici.
Corrigé
On a p2=p12+p22+p1∘p2+p2∘p1. Or pi2=pi pour tout i car les pi sont des projecteurs. Donc p2=p+p1∘p2+p2∘p1. Et là on voit qu’on peut prouver (⇐).
Pour (⇒), on a p1∘p2+p2∘p1=p2−p=0. En composant à gauche et à droite par p1 cette identité, on obtient p1∘p2+p1∘p2∘p1p1∘p2∘p1+p2∘p1=0=0. D’où en additionnant les deux égalités : 2p1∘p2∘p1=0, et donc p1∘p2∘p1=0. En remplaçant p1∘p2∘p1 dans le système, il vient p1∘p2=p2∘p1=0.
Exercice 242 ⭐️ Indice de nilpotence r≤n, Sup/L1/Classique
Soit E un e.v. et f∈L(E). Montrer que si f est nilpotent d’indice r≥1 alors il existe e∈E tel que (e,f(e),...,fr−1(e)) est une famille libre. En déduire que si E est de dimension n, alors r≤n, i.e. fn=0.
Corrigé
Comme fr−1=0, il existe e tel que fr−1(e)=0. Soit une combinaison a0e+⋯+ar−1fr−1(e)=0. En appliquant fr−1 à cette dernière expression, on obtient 0=a0fr−1(e)+a1fr(e)+⋯=a0fr−1(e) car f est nilpotent d’indice r. D’où a0=0. En appliquant fr−2, on obtient 0=a1fr−1(e)+a2fr(e)+⋯=a1fr−1(e), donc a1=0, etc. On a donc prouvé que tous les ak sont nuls, et donc que la famille (e,f(e),...,fr−1(e)) est libre.
Si E est de dimension n, on ne peut pas avoir r>n car sinon la famille (e,f(e),...,fr−1(e)) qui contient r éléments ne pourrait pas être libre.
Soit E=C∞(R), et D=dxd:E→E l’endomorphisme “Dérivation”. Montrer que D n’a pas de racine carrée, i.e. il n’existe pas d’endomorphisme R:E→E tel que D=R∘R.
Indication
Travailler avec le sous-espace Ker(D2) et les indices de nilpotence.
Corrigé
Supposons qu’il existe un endomorphisme R:E→E tel que D=R∘R. On pose F=Ker(D2)={a+bId,a,b∈R}, qui est un plan. On sait que D2 et R commutent car D=R2. Le sous-espace F est stable par D. Montrons qu’il est stable par R aussi. Soit y∈F. On a D2∘R(y)=R∘D2(y)=0. Donc R(y)∈Ker(D2)=F (Le résultat est un cas particulier du fait que si deux endormorphismes commutent, les sous-espaces propres de l’un sont stables par l’autre). Notons u la restriction de D à F, et v celle de R à F : u et v sont des endomorphismes de F. On a u2=0 par définition de F. Comme u=v2, il vient v4=0. Or la dimension de F est 2, et l’indice de nilpotence de v ne peut donc excéder 2. Ainsi v2=0. On en déduit que u=0, ce qui n’est pas possible car u(Id:x↦x)=1=0. On en conclut donc qu’il n’existe pas d’endomorphisme R:E→E tel que D=R∘R.
Exercice 386 ⭐️⭐️ Ker(u∘v), Sup/L1
Soit u,v des endomorphismes d’un e.v. E de dimension finie. Montrer que : dimKer(u∘v)≤dimKer(u)+dimKer(v).
Réflexes
Toujours commencer par des constatations simples, ici : Ker(v)⊂Ker(u∘v) ;
Traduire ce que l’on demande à l’aide de famille de vecteurs.
Corrigé
On remarque que Ker(v)⊂Ker(u∘v). On voit déjà un lien avec l’inégalité demandée car elle fait intervenir dimKer(u∘v) et dimKer(v). On peut alors aussi voir la question comme majorer dimKer(u∘v)−dimKer(v), i.e. “quantifier l’écart” entre Ker(v) et Ker(u∘v).
Cela invite à compléter la base de Ker(v) en une base de Ker(u∘v). Notons (e1,⋯,ep) la famille libre que l’on a rajoutée (elle est finie car E est de dimension finie). Elle engendre un s-e.v. F tel que Ker(u∘v)=Ker(v)⊕F. On a ainsi : p=dimKer(u∘v)−dimKer(v). De plus, on a pour tout i, u∘v(ei)=0, i.e. v(ei)∈Ker(u)(⋆).
Montrons que la famille (v(e1),⋯,v(ep)) est libre. Soit a1,⋯,ap tels que a1v(e1)+⋯+apv(ep)=0. Alors v(a1e1+⋯+apep)=0. Donc a1e1+⋯+apep∈Ker(v)∩F. Comme Ker(v) et F sont en somme directe, il vient a1e1+⋯+apep=0. Comme (e1,⋯,ep) est libre, on en déduit a1=⋯=ap=0. Ainsi (v(e1),⋯,v(ep)) est libre.
Avec (⋆), on en déduit que p≤dimKer(u), ce qui permet de conclure.
Exercice 469 ⭐️ rg(f±g), Sup/L1
Soient E un K-espace vectoriel de dimension finie et f,g∈L(E).
Montrer que rg(f+g)⩽rg(f)+rg(g).
Montrer que ∣rg(f)−rg(g)∣⩽rg(f−g).
Réflexes
Quelle relation y’a t-il entre Im(f+g), Im(f) et Im(g) ?
Corrigé
On remarque que Im(f+g)⊂Im(f)+Im(g).
En effet si u∈Im(f+g) alors il existe x∈E tel que u=∈Im(f)f(x)+∈Im(f)g(x).
On en déduit que dim(Im(f+g))≤dim(Im(f)+Im(g)).
Ainsi par propriété des dimensions, dim(Im(f+g))≤dim(Im(f))+dim(Im(g)).
En appliquant le résultat de 1. à g et f−g on obtient rg(f)≤rg(g)+rg(f−g), soit : rg(f)−rg(g)≤rg(f−g). De même : rg(g)−rg(f)≤rg(g−f)=rg(f−g). D’où le résultat voulu.
Exercice 470 ⭐️ ker(f)=Im(f), Sup/L1
Soient E un K-espace vectoriel de dimension finie n et f un endomorphisme de E.
Montrer l’équivalence : ker(f)=Im(f)⟺(f2=0etn=2rg(f)).
Réflexes
Quelle information donne f2=0 concernant le noyau et l’image ?
Ker, Im, dimension finie 👉 Théorème du rang.
Corrigé
Remarquons qu’on a l’équivalence : f2=0⇔∀x∈E,f(f(x))=0E⇔∀y∈Im(f),f(y)=0E⇔Im(f)⊂Ker(f).
Par conséquent, ker(f)=Im(f)⇔(f2=0etdim(Im(f))=dim(Ker(f)))⇔(f2=0etrg(f)=n−rg(f))⇔(f2=0et2rg(f)=n).
Exercice 481 ⭐️⭐️⭐️ Projecteur, u+v=Id, Sup/L1
Soit u,v deux endomorphismes d’un K-espace vectoriel E de dimension n tels que u+v=Id et rg(u)+rg(v)≤n. Montrer que u et v sont des projecteurs.
Réflexes
Projecteurs 👉 écriture u∘u=u ;
Dimension, rang 👉 Théorème du rang !
Corrigé
Que veut-on ? u∘u=u et v∘v=v. Et on sait que u+v=Id. Pas d’hésitation, on compose par u et v. On obtient u2+v∘u=u. On a le choix de composer à gauche ou à droite, et on a déjà fait u à droite. Pour retrouver le terme v∘u, on choisit de composer cette fois par v à gauche, i.e. v∘u+v2=v. On voit alors que ce qu’on cherche revient exactement à prouver que v∘u=0, i.e. Im(u)⊂Ker(v).
On considère donc un u(x)∈Im(u). Alors là, on ne voit pas trop quoi faire, donc il faut essayer de déduire tout ce qu’on peut des hypothèses. On a u(x)+v(x)=x, et on a pas encore utilisé rg(u)+rg(v)≤n. Le théorème du rang disant rg(u)=n−dim(Ker(u)), idem pour v, il vient dim(Ker(u))+dim(Ker(v))≥n. Une question vient alors : comment sont Ker(u) et Ker(v) l’un par rapport à l’autre ? Si a∈Ker(u)∩Ker(v) alors u(a)=v(a)=0 et a=u(a)+v(a)=0. Ainsi les deux noyaux sont en somme directe. Vu la somme de leur dimension, on a plus trop le choix : E=Ker(u)⊕Ker(v). Notre x du départ peut alors s’écrire x=y+z avec y∈Ker(u) et z∈Ker(v), donc u(x)=u(y)+u(z)=u(z). Mais z∈Ker(v), donc en utilisant toujours u+v=Id, on a z=u(z)+v(z)=u(z). Ainsi u(x)=u(z)=z∈Ker(v), ce qu’on voulait !
Exercice 491 ⭐️⭐️ Kerfn et Imfn, Sup/L1/Classique
Soit E un e.v. de dimension d et f un endomorphisme de E. On pose Kn=Kerfn et In=Imfn pour tout n≥1.
Montrer que la suite (Kn)n est croissante pour l’inclusion et stationnaire à partir d’un rang p≤d.
Montrer que (In)n est décroissante pour l’inclusion et stationnaire à partir du même rang p.
Montrer que E=Kerfp⊕Imfp.
Réflexes
G⊂F et dimG=dimF 👉 G=F ;
Ker et Im 👉 Théorème du rang.
Corrigé
Soit x∈Kn. Alors fn(x)=0 et fn+1(x)=f(fn(x))=0. Donc x∈Kn+1. Ainsi Kn⊂Kn+1. La suite d’entiers (dimKn)n est donc aussi croissante et ne peut donc pas être strictement croissante car pour tout n, dimKn≤d. Donc il existe un entier p tel que dimKp=dimKp+1 et donc Kp=Kp+1. Montrons que Kp+1=Kp+2. Soit x∈Kp+2, alors fp+2(x)=fp+1(f(x))=0, donc f(x)∈Kp+1, et donc f(x)∈Kp. Ainsi x∈Kp+1, ce qu’on voulait. Donc les suites (Kn) et (dimKn) sont stationnaires à partir du rang p≤d.
Soit y∈In+1. Alors y=fn+1(x)=fn(f(x)) où x∈E. Donc y∈In. Donc In+1⊂In et la suite (In)n est décroissante pour l’inclusion.
Le théorème du rang nous dit que dimKn+dimIn=d pour tout n, donc la suite (dimIn)n est également stationnaire à partir du même rang p.
Montrons la somme directe. Soit x∈Kerfp∩Imfp. Alors fp(x)=0 et x=fp(y). Alors fp(fp(y))=f2p(y)=0. Or 2p≥p, donc Kerf2p=Kerfp et alors fp(y)=0 aussi. Donc x=0. Le théorème du rang permet de conclure avec les dimensions que E=Kerfp⊕Imfp.
Remarques/Question :
On peut montrer directement que (In) est stationnaire à partir d’un certain rang q. En effet, il existe un entier q tel que Iq=Iq+1 car la suite (In) ne peut pas être strictement décroissante car dimIn≥0 pour tout n. Montrons que Iq+1=Iq+2. Soit y∈Iq+1. Donc y=fq+1(x)=f(fq(x)). Or fq(x)∈Iq=Iq+1. Donc fq(x)=fq+1(x′) (le x′ n’a pas de raison d’être égal à x !). Donc y=f(fq(x))=f(fq+1(x′))=fq+2(x′), ce qu’on voulait.
On s’empresse de vérifier ces assertions sur des cas “extrêmes” : si f=0, K1=E, I1={0}, et bien sûr ainsi de suite, la stationnarité arrive tout de suite ! Idem si f est inversible, i.e. K1={0} et I1=E, etc. car fn est aussi inversible.
Sais-tu ce qu’il peut se passer en dimension infinie ?
Exercice 493 ⭐️ Dimension finie et Nilpotence, Sup/L1
Soit E un e.v. de dimension finie n. Soit u un endomorphisme de E tel que pour tout x∈E, il existe un entier p tel que up(x)=0. Montrer que u est nilpotent. Ce résultat est-il toujours vrai en dimension infinie ?
Réflexes
E un e.v. de dimension finie 👉 Travailler avec une base, bien choisie ou pas ;
Dimension infinie 👉 Quel est un des e.v. de dimension infinie les plus simples que tu connaisses ?
Corrigé
Suivant nos réflexes, on introduit donc une base (e1,⋯,en) de E. L’hypothèse dit qu’on peut trouver p1,⋯,pn tels que up1(e1)=0, …, upn(en)=0. Soit x=a1e1+⋯+anen∈E. Alors pour tout entier p, up(x)=a1up(e1)+⋯+anup(en) car up est linéaire. On voit donc qu’il suffit de prendre p=max(p1,⋯,pn) pour avoir up(x)=0. Le p ne dépendant plus de x, on peut conclure !
Quid de la dimension infinie ? On prend E=R[X]. Soit u l’endomorphisme dérivation, il vérifie bien l’hypothèse : si on prend un polynôme de degré q, il suffit d’appliquer u(q+1)-fois pour obtenir 0. Cependant u ne peut pas être nilpotent d’indice p donné. En effet on up(Q)=0 si degQ>p. On voit ici très concrètement ce qui ne marche pas !
Exercice 516 ⭐️⭐️ E=Im(u)⊕Im(v), Sup/L1
Soit E un K-e.v. de dimension finie n≥1. Soient u,v∈L(E) tels que u∘v=0,etu+v∈GL(E)
Montrer que E=Im(u)⊕Im(v).
Réflexes
Supplémentaires en dimension finie 👉 Utiliser une des caractérisations avec les dimensions.
Corrigé
On vérifie d’abord que rg(u)+rg(v)=n, en montrant les deux inégalités :
On a n=rg(u+v), car u+v∈GL(E).
Or Im(u+v)⊂Im(u)+Im(v).
Donc rg(u+v)≤dim(Im(u)+Im(v))≤dim(Im(u))+dim(Im(v))=rg(u)+rg(v).
Par conséquent rg(u)+rg(v)≥n
Im(v)⊂ker(u), car u∘v=0, donc par théorème du rang : rg(v)≤n−rg(u).
Donc rg(u)+rg(v)≤n.
Ainsi il reste à vérifier que Im(u)+Im(v)=E. Ceci découle du fait que Im(u+v)⊂Im(u)+Im(v) et que Im(u+v)=E (car u+v est bijective).
Exercice 517 ⭐️⭐️ u∘v=id, v∘u est un projecteur, Sup/L1
Soient E et F deux K-espaces vectoriels.
Soient u∈L(E,F) et v∈L(F,E) vérifiant u∘v=idF.
Montrer que Im(v) et ker(u) sont supplémentaires dans E.
Déterminer Im(u) et ker(v).
Vérifier que v∘u est le projecteur sur Im(v), parallèlement à ker(u).
Réflexes
Pas de dimension finie. Existence et unicité de la décomposition d’un vecteur x, par analyse-synthèse.
Que nous dit l’égalité u(v(x))=x à ce sujet ?
Caractérisation d’un projecteur : p∘p=p, puis trouver l’image et le noyau de ce projecteur.
Corrigé
Soit x∈E. Supposons que x=y+z avec y∈Im(v) et z∈ker(u).
Soit t∈E tel que y=v(t). Alors en appliquant u on obtient u(x)=u(v(t))+u(z)=t.
Donc nécessairement t=u(x), et donc y=v(u(x)), et z=x−v(u(x)).
Réciproquement, si on pose y=v(u(x)), et z=x−v(u(x)) on a bien :
y∈Im(v);
z∈ker(u) car u(z)=u(x)−u(v(u(x)))=u(x)−u(x)=0F;
y+z=x. Conclusion.
Pour x∈E, il existe un unique couple (y,z)∈Im(v)×ker(u) tel que x=y+z.
Tout vecteur y∈F appartient à Im(u) car y=u(v(y)). Donc Im(u)=F.
Si y∈ker(v) alors v(y)=0E et donc u(v(y))=y=u(0E)=0F. Donc ker(v)={0F}.
On a (v∘u)∘(v∘u)=v∘(u∘v)∘u=v∘u, donc v∘u est bien un projecteur.
C’est plus précisément le projecteur sur Im(v∘u) parallèlement à ker(v∘u).
Il s’agit donc de montrer que Im(v∘u)=Im(v) et ker(v∘u)=ker(u).
Montrons-les toutes les deux par double inclusion.
L’inclusion ker(u)⊂ker(v∘u) est immédiate.
Si v(u(x))=0E alors u(v(u(x)))=u(x)=0F. Donc ker(v∘u)⊂ker(u) et finalement ker(v∘u)=ker(u).
L’inclusion Im(v∘u)⊂Im(v) est immédiate.
Si x∈Im(v), alors il existe y∈F tel que x=v(y). Alors x=v(u(v(y))) et donc x∈Im(v∘u).
Exercice 518 ⭐️ P−P′=Q, Sup/L1
Soit E=Kn[X] et f∈L(E) défini par : ∀P∈E, f(P)=P−P′.
Démontrer que f est un automorphisme.
Soit Q∈E. Résoudre l’équation P−P′=Q, d’inconnue P∈E.
Réflexes
Caractérisation par le noyau à l’aide des dimensions.
Indication : dérivées successives.
Corrigé
E étant de dimension finie, il suffit de vérifier que ker(f)={0E}.
Soit P∈E, non nul. Alors deg(P′)<deg(P) donc P′=P et donc P−P′=f(P)=0E.
On a donc bien ker(f)={0E}.
Cette équation s’écrit f(P)=Q, et elle possède une unique solution P∈E puisque f est bijective. Cette solution P vérifie P=Q+P′.
En dérivant on obtient P′=Q′+P′′ et donc P=Q+Q′+P′′.
En dérivant on obtient P′=Q′+Q′′+P(3) et donc P=Q+Q′+Q′′+P(3).
En réitérant on obtiendra P=k=0∑nQ(k)+P(n+1). Or deg(P)≤n donc P(n+1)=0. Finalement l’unique solution est P=k=0∑nQ(k).