Polynômes

Exercice 13 ⭐️⭐️⭐️⭐️ Coefficients Polynôme Caractéristique, Trace, Ulm MP 2019

Soit AMn(R)\displaystyle A \in M_n(\R) et notons P(X)=det(XInA)=Xn+c1Xn1+c2Xn2++cn1X+cn.\displaystyle P(X) = \det(XI_n-A) = X^n + c_1 X^{n-1}+c_2 X^{n-2}+ \cdots +c_{n-1}X+c_n.

  1. En notant λ1,,λn\displaystyle \lambda_1,\ldots,\lambda_n les racines de P\displaystyle P, calculer k=1nP(X)Xλk\displaystyle \sum_{k=1}^n \frac{P(X)}{X-\lambda_k} de deux manières différentes.
  2. Montrer que pour tout 1kn\displaystyle 1 \le k \le n,
    ck=(1)kk!det(tr(A)1000tr(A2)tr(A)200tr(A3)tr(A2)tr(A)300tr(Ak1)tr(Ak2)tr(A)k1tr(Ak)tr(Ak1)tr(A2)tr(A)).c_k = \frac{(-1)^k}{k!} det\left(\begin{array}{cccccc} tr(A) & 1 & 0 & 0 & \cdots & 0 \\ tr(A^2) & tr(A) & 2 & 0 & \cdots & 0 \\ tr(A^3) & tr(A^2) & tr(A) & 3 & \ddots & 0 \\ \vdots & \vdots & \vdots & \ddots & \ddots & 0 \\ tr(A^{k-1}) & tr(A^{k-2}) & \cdots & \cdots & tr(A) & k-1 \\ tr(A^k) & tr(A^{k-1}) & \cdots & \cdots & tr(A^2) & tr(A)\end{array}\right).
  • Expression des coefficients d’un polynôme en fonction de ses racines ;
  • Tr(Ak)\displaystyle Tr(A^k) 👉 Expression en fonction des valeurs propres.

1er réflexe : On exprime les coefficients ck\displaystyle c_k du polynôme P(X)\displaystyle P(X) en fonction des racines de ce dernier (c’est-à-dire les valeurs propres de A\displaystyle A). Le lien est donné par les polynômes symétriques élémentaires en les variables λ1,,λn\displaystyle \lambda_1,\ldots,\lambda_n :
cnk=(1)kσk=(1)kσk(λ1,,λn)=(1)k1i1<<iknj=1kλij.c_{n-k} = (-1)^k \sigma_k = (-1)^k \sigma_k(\lambda_1,\ldots,\lambda_n) = (-1)^k \sum_{1\le i_1 < \cdots < i_k \le n} \prod_{j=1}^k \lambda_{i_j}.

2nd réflexe : On exprime également les quantités Tr(Ak)\displaystyle Tr(A^k) en fonction des valeurs propres λ1,,λn\displaystyle \lambda_1,\ldots,\lambda_n. On sait que A\displaystyle A est semblable à une matrice triangulaire dont les coefficients diagonaux valent λ1,,λn\displaystyle \lambda_1,\ldots,\lambda_n, donc Ak\displaystyle A^k est semblable à une matrice triangulaire avec λ1k,,λnk\displaystyle \lambda_1^k,\ldots,\lambda_n^k pour coefficients diagonaux, donc
Tr(Ak)=λ1k++λnk=Sk.Tr(A^k) = \lambda_1^k+\cdots+\lambda_n^k = S_k. Les Sk\displaystyle S_k sont aussi des polynômes symétriques en les λ1,,λn\displaystyle \lambda_1,\ldots,\lambda_n. Les relations entre les σk\displaystyle \sigma_k et les Sk\displaystyle S_k sont bien comprises, et souvent résumées sous la forme de l’identité de Newton. On peut imaginer que l’idée du concepteur de l’exercice est la suivante :

  • La première question permet d’établir l’identité de Newton, par une méthode assez originale.
  • La deuxième question revient à exprimer les σk\displaystyle \sigma_k uniquement en terme des quantités Sk\displaystyle S_k.

On se rend compte qu’on oublie vite le cadre matriciel posé dans l’exercice, en se ramenant à un exercice sur les polynômes. L’intérêt de ce cadre matriciel réside dans l’interprétation que l’on peut faire du résultat final : la formule prouvée à la deuxième question permet de calculer les coefficients du polynôme caractéristique de A\displaystyle A à l’aide des traces des n\displaystyle n premières puissances de A\displaystyle A, ce qui en termes de calculs est très économe.

  1. On calcule tout d’abord : i=1nP(X)Xλi=i=1nji(Xλj)=P(X).\sum_{i=1}^n \frac{P(X)}{X-\lambda_i} = \sum_{i=1}^n \prod_{j \neq i} (X-\lambda_j) = P'(X) .

Or P(X)=k=0ncnkXk\displaystyle P(X) = \sum_{k=0}^n c_{n-k} X^k (avec cn=1\displaystyle c_n=1), donc
i=1nP(X)Xλi=k=0nkcnkXk1.\sum_{i=1}^n \frac{P(X)}{X-\lambda_i} = \sum_{k=0}^n k c_{n-k} X^{k-1} .
On obtient une autre formule en se plaçant dans le cadre des séries formelles : i=1nP(X)Xλi=i=1nP(X)Xl=0(λiX)l=l=0P(X)Xl1Sl.\sum_{i=1}^n \frac{P(X)}{X-\lambda_i} = \sum_{i=1}^n \frac{P(X)}{X} \sum_{l=0}^\infty \left(\frac{\lambda_i}{X}\right)^l = \sum_{l=0}^\infty P(X) X^{-l-1} S_l. =p=0nl=0cnpSlXpl1=k=0(pl=kcnpSl)Xk1.= \sum_{p=0}^n \sum_{l=0}^\infty c_{n-p} S_l X^{p-l-1} = \sum_{k=0}^\infty \left(\sum_{p-l = k} c_{n-p} S_l \right) X^{k-1}.
En identifiant terme à terme les coefficients des séries formelles, on obtient les formules de Newton :
1kn , (nk)ck=l=0kcklSl.\forall 1 \leq k \leq n \ , \ (n-k) c_k = \sum_{l=0}^k c_{k-l} S_{l}. On peut encore simplifier l’expression en remarquant que S0=n\displaystyle S_0=n, et donc 1kn , kck=l=1kcklSl.\forall 1 \leq k \leq n \ , \ - k c_k = \sum_{l=1}^k c_{k-l} S_{l}.

  1. Les formules de Newton nous fournissent un système de n\displaystyle n équations en les n\displaystyle n inconnues c1,,cn\displaystyle c_1,\ldots,c_n. On peut écrire matriciellement :
    (100S1100S2S1200SnSn1S1n)(1c1cn)=(100).\left(\begin{array}{ccc} 1 & 0 & \cdots & \cdots & \cdots & 0 \\ S_1 & 1 & 0 & \cdots & \cdots & 0 \\ S_2 & S_1 & 2 & 0 & \cdots & 0 \\ \vdots & \vdots & \ddots & \ddots & \ddots & \vdots \\ S_n & S_{n-1} & \cdots & \cdots & S_1 & -n \end{array}\right) \left(\begin{array}{c} 1 \\ c_1 \\ \vdots \\ c_n \end{array}\right) = \left(\begin{array}{c} 1 \\ 0 \\ \vdots \\ 0 \end{array}\right). Le déterminant de la matrice (que l’on appelle A\displaystyle A) est simple à calculer, puisqu’elle est triangulaire : celui-ci vaut n!\displaystyle n!. La formule de Cramer permet alors d’obtenir une expression des ck\displaystyle c_k en fonction des Si\displaystyle S_i. On a : ck=det(Ak)det(A), 1kn,c_k = \frac{\det(A_k)}{\det(A)},\ 1 \le k \le n,Ak\displaystyle A_k est la matrice obtenue en remplaçant la k+1\displaystyle k+1-ème colonne de A\displaystyle A par le vecteur colonne (100)\displaystyle \left(\begin{array}{c} 1 \\ 0 \\ \vdots \\ 0 \end{array}\right). On peut calculer le déterminant de Ak\displaystyle A_k en développant par rapport à la k+1\displaystyle k+1-ème colonne, on obtient que le calcul de ce déterminant se ramène à celui du déterminant de la matrice diagonale par blocs
    det(Ak)=(1)kdet(Mk0PkDk),\det(A_k) = (-1)^k \det \left( \begin{array}{cc} M_k & 0 \\ P_k & D_k \end{array}\right),Mk\displaystyle M_k est exactement la matrice donnée dans l’énoncé, et Dk\displaystyle D_k est la matrice diagonale
    Dk=(k+1000S1k+200S2S100SnS1n),D_k = \left(\begin{array}{ccccc} k+1 & 0 & 0 & \cdots & 0 \\ S_1 & k+2 & 0 &\cdots & 0 \\ S_2 & S_1 & \ddots & \vdots & 0 \\ \vdots & \vdots & \cdots & \ddots & 0 \\ S_n & \cdots & \cdots & S_1 & n \end{array}\right), qui est de déterminant det(Dk)=n!k!,\displaystyle \det(D_k) = \frac{n!}{k!}, et on conclut facilement.

Exercice 104 ⭐️⭐️ Base de Rn[X]\displaystyle \R_n[X], Mines PSI

Soit PR[X]\displaystyle P \in \R[X] un polynôme de degré n\displaystyle n, et (a0,,an)\displaystyle (a_0,\ldots,a_n) un (n+1)\displaystyle (n+1)-uplet de réels tous distincts.
Montrer que (P(X+a0),,P(X+an))\displaystyle (P(X+a_0),\ldots,P(X+a_n)) est une base de Rn[X]\displaystyle \R_n[X].

On remarque tout d’abord que chaque polynôme P(X+ai)\displaystyle P(X+a_i) est dans Rn[X]\displaystyle \mathbb{R}_n[X] et que cette famille est bien de cardinal (n+1)\displaystyle (n+1), comme la dimension de Rn[X]\displaystyle \mathbb{R}_n[X]. Il suffit donc de prouver que c’est une famille libre. On se donne donc un (n+1)\displaystyle (n+1)-uplet (λ0,,λn)Rn+1\displaystyle (\lambda_0,\ldots,\lambda_n)\in\mathbb{R}^{n+1} tel que Q(X)=j=0nλjP(X+aj)=0\displaystyle Q(X) = \sum_{j=0}^n \lambda_j P(X+a_j)=0. En particulier, on a Q(i)(0)=j=0nλjP(i)(aj)=0\displaystyle Q^{(i)}(0)=\sum_{j=0}^n \lambda_j P^{(i)}(a_j)= 0 pour tout i{0,,n1}\displaystyle i \in \{0,\ldots,n-1\}. Ces n\displaystyle n conditions nécessaires peuvent donc s’écrire matriciellement AX=0\displaystyle A X = 0, où X=(λ0,,λn)T\displaystyle X=(\lambda_0,\ldots,\lambda_n)^T et où A=(P(i)(aj))0i,jn\displaystyle A=\left( P^{(i)}(a_j)\right)_{0 \le i,j \le n}.
Pour montrer la liberté, il suffit de montrer que X=0\displaystyle X=0, c’est-à-dire que la matrice A\displaystyle A est inversible, ou encore que det(A)0\displaystyle \det(A) \neq 0. On peut sentir une certaine ressemblance entre A\displaystyle A et une matrice de Vandermonde, on va essayer de s’inspirer de la méthode de calcul de son déterminant. Pour cela, on pose D(X)\displaystyle D(X) le déterminant de la matrice A(X)\displaystyle A(X), qui est égale à la matrice A\displaystyle A, sauf la dernière ligne qui est remplacée par (P(X),P(X),,P(n)(X))T\displaystyle (P(X),P'(X),\ldots,P^{(n)}(X))^T. On a A(an)=A\displaystyle A(a_n)=A, donc det(A)=D(an)\displaystyle \det(A) = D(a_n). En développant par rapport à la dernière ligne, on s’aperçoit que D(X)R[X]\displaystyle D(X) \in \R[X]. De plus, pour i{0,,n1}\displaystyle i \in \{0,\ldots,n-1\}, les lignes i\displaystyle i et n+1\displaystyle n+1 de A(ai)\displaystyle A(a_i) sont égales, donc D(ai)=0\displaystyle D(a_i)=0. Ainsi, on a trouvé n\displaystyle n racines au polynôme D(X)\displaystyle D(X), qui sont distinctes par hypothèse. Ce sont toutes les racines de D(X)\displaystyle D(X), donc D(an)0\displaystyle D(a_n) \neq 0, et ainsi A\displaystyle A est inversible.

Exercice 136 ⭐️⭐️ Equation fonctionnelle polynôme, Sup/L1

Trouver tous les polynômes PR[X]\displaystyle P\in\R[X] tels que (X+4)P(X)=XP(X+1)\displaystyle (X+4)P(X)=XP(X+1).

XX+1\displaystyle X\to X+1 👉 Tester l’égalité sur les entiers.

La présence de X\displaystyle X et X+1\displaystyle X+1 invite à une récurrence sur les entiers n\displaystyle n. Soit P\displaystyle P un tel polynôme. On a
P(n+1)=n+4nP(n)=(n+4)(n+3)n(n1)P(n1)=...=(n+4)(n+3)5n(n1)1P(1)=(n+4)!n!4!P(1)=(n+4)(n+3)(n+2)(n+1)4!P(1)\displaystyle P(n+1)=\frac{n+4}{n}P(n)=\frac{(n+4)(n+3)}{n(n-1)}P(n-1)=...=\frac{(n+4)(n+3)\cdots 5}{n(n-1)\cdots 1}P(1)=\frac{(n+4)!}{n! 4!}P(1)=\frac{(n+4)(n+3)(n+2)(n+1)}{4!}P(1).

On voit donc que le polynôme P\displaystyle P est en fait le polynôme Q(X)=α(X+3)(X+2)(X+1)X4!\displaystyle Q(X)=\alpha\frac{(X+3)(X+2)(X+1)X}{4!} car PQ\displaystyle P-Q a une infinité de racines (les entiers n\displaystyle n) en fixant la constante α=P(1)\displaystyle \alpha=P(1), et donc PQ=0\displaystyle P-Q=0. Un tel Q\displaystyle Q vérifie bien l’équation fonctionnelle.

Exercice 137 ⭐️⭐️ PX\displaystyle P-X divise PPX\displaystyle P\circ P-X, Sup/L1/Classique

Soit PK[X]\displaystyle P\in\mathbb K[X]. Montrer que : (PX)(PPX)\displaystyle (P-X)|(P\circ P-X).

Faire apparaître PX\displaystyle P-X dans PPX\displaystyle P\circ P-X.

Méthode élémentaire — Soit P(X)=k=0nakXk\displaystyle P(X)=\sum_{k=0}^na_kX^k. On ne voit pas trop comment PX\displaystyle P-X va apparaître dans PPX\displaystyle P\circ P-X, donc on va forcer son apparition en écrivant
PP=P(PX+X)\displaystyle P\circ P=P\circ(P-X+X) ou PPX=PPP+PX\displaystyle P\circ P-X=P\circ P-P+P-X. Par exemple, utilisons la 2e expression. Comme PX\displaystyle P-X divise PX\displaystyle P-X, calculons
PPP=a0+k=1nakPk(a0+k=1nakXk)=k=1nak(PkXk).\begin{aligned} P\circ P-P & = a_0+\sum_{k=1}^na_kP^k-\left(a_0+\sum_{k=1}^na_kX^k\right) \\ & = \sum_{k=1}^na_k(P^k-X^k). \\ \end{aligned}

Or PX\displaystyle P-X divise PkXk\displaystyle P^k-X^k pour k1\displaystyle k\ge1, d’après l’identité remarquable akbk=(ab)j=0k1ajbk1j\displaystyle a^k-b^k=(a-b)\sum_{j=0}^{k-1}a^jb^{k-1-j}, ce qui montre PX\displaystyle P-X divise aussi PPP\displaystyle P\circ P-P, d’où le résultat.

Méthode par congruence — On va utiliser la puissance du calcul par congruence, comme dans Z\displaystyle \Z, mais cette fois-ci dans l’anneau K[X]\displaystyle \mathbb K[X]. Soit Q=PX\displaystyle Q=P-X. On a alors P=X [Q]\displaystyle P=X\ [Q], ce qui veut dire que Q(PX)\displaystyle Q|(P-X). On peut additionner ou multiplier des congruences, donc on peut appliquer n’importe quel polynôme à l’égalité précédente. En particulier P(P(X))=P(X) [Q]\displaystyle P(P(X))=P(X)\ [Q], d’où P(P(X))=X [Q]\displaystyle P(P(X))=X\ [Q], ce qui veut bien dire que PX(PPX)\displaystyle P-X|(P\circ P-X).

Exercice 138 ⭐️⭐️⭐️ Un polynôme irréductible dans Z[X]\displaystyle \Z[X], ENS MP

Soit k\displaystyle k entiers distincts a1,a2,,ak\displaystyle a_1,a_2,\cdots,a_k. Montrer que P(X)=1ik(Xai)1\displaystyle P(X)=\prod_{1\leqslant i\leqslant k}(X-a_i)-1 est irréductible dans Z[X]\displaystyle \Z[X], i.e. si P=QR\displaystyle P=QR avec Q,RZ[X]\displaystyle Q,R\in\Z[X] alors Q\displaystyle Q ou R\displaystyle R est égal à ±1\displaystyle \pm 1.

  • Trop dur de montrer directement irréductible 👉 Supposer réductible, écrire P=QR\displaystyle P=QR avec Q,RZ[X]\displaystyle Q,R\in\Z[X] ;
  • P\displaystyle P défini par des ai\displaystyle a_i 👉 Tester Q\displaystyle Q et R\displaystyle R en les ai\displaystyle a_i.

Écrivons P=QR\displaystyle P=QR avec Q,RZ[X]\displaystyle Q,R\in\Z[X] et non inversibles dans Z[X]\displaystyle \Z[X], i.e. différents de ±1\displaystyle \pm 1. On a P(ai)=Q(ai)R(ai)=1.P(a_i)=Q(a_i)R(a_i)=-1. Comme Q(ai)\displaystyle Q(a_i) et R(ai)\displaystyle R(a_i) sont des entiers, ils valent forcément ±1\displaystyle \pm 1, et ils sont même opposés l’un de l’autre, d’où Q(ai)+R(ai)=0\displaystyle Q(a_i)+R(a_i)=0. Ainsi le polynôme Q+R\displaystyle Q+R, qui est de degré <k\displaystyle <k (d’après notre hypothèse que P\displaystyle P est réductible), a k\displaystyle k racines. Donc Q+R=0\displaystyle Q+R=0 et P=Q2\displaystyle P=-Q^2, ce qui impossible car P\displaystyle P a pour limite +\displaystyle +\infty et +\displaystyle +\infty. Donc P\displaystyle P ne peut pas être réductible dans Z[X]\displaystyle \Z[X].

Exercice 139 ⭐️⭐️⭐️ Des polynômes positifs, ENS Ulm, Sup/L2

Soit PRn[X]\displaystyle P\in \R_n[X] tel que P0\displaystyle P\ge 0, i.e. xR,P(x)0\displaystyle \forall x\in\R, P(x)\ge 0. Soit Q=P+P++P(n)\displaystyle Q=P+P'+\cdots+P^{(n)}. Montrer que Q0\displaystyle Q\ge 0.

Comme P0\displaystyle P\ge0, P\displaystyle P est de degré pair, donc Q\displaystyle Q aussi et limx±Q(x)=+\displaystyle \lim_{x\to\pm \infty}Q(x)=+\infty. Ainsi Q\displaystyle Q possède un minimum sur R\displaystyle \R, disons en a\displaystyle a. On a Q=QP\displaystyle Q'=Q-P, et donc, comme Q(a)=0\displaystyle Q'(a)=0, on obtient Q(a)=P(a)0\displaystyle Q(a)=P(a)\ge0. Alors pour tout x\displaystyle x, Q(x)Q(a)0\displaystyle Q(x)\ge Q(a)\ge0.

Exercice 140 ⭐️⭐️⭐️⭐️ ENS, MP/L2/Agreg

  1. Montrer : n0, ! PnRn[X],Xn+1Xn=Pn(X+1X)\displaystyle \forall n\ge0,\ \exists !\ P_n\in\R_n[X], \quad X^n+\frac{1}{X^n}=P_n\left(X+\frac{1}{X}\right).
  2. Décomposer en éléments simples : Rn=1Pn\displaystyle R_n=\frac{1}{P_n}.

1 ) Pour n=0\displaystyle n=0 et n=1\displaystyle n=1, c’est simple et donc cela invite à faire une récurrence. Pour n=0\displaystyle n=0 et n=1\displaystyle n=1, il suffit de poser P0(Z)=1\displaystyle P_0(Z)=1 et P1(Z)=Z\displaystyle P_1(Z)=Z. Ensuite, pour n1\displaystyle n \ge 1, on remarque que, si n\displaystyle n est impair :
(X+1X)n=k=0n(nk)Xk1Xnk=k=0n/2(nk)(Xn2k+1Xn2k),\left(X+\frac{1}{X}\right)^n = \sum_{k=0}^n \binom{n}{k} X^k \frac{1}{X^{n-k}} = \sum_{k=0}^{\lfloor n/2 \rfloor} \binom{n}{k} \left(X^{n-2k} + \frac{1}{X^{n-2k}}\right),

en utilisant la formule (nk)=(nnk)\displaystyle \binom{n}{k} = \binom{n}{n-k}. Si n\displaystyle n est pair, on a presque la même formule :

(X+1X)n=k=0n/21(nk)(Xn2k+1Xn2k)+(nn/2).\left(X+\frac{1}{X}\right)^n =\sum_{k=0}^{n/2 -1} \binom{n}{k} \left(X^{n-2k} + \frac{1}{X^{n-2k}}\right) + \binom{n}{n/2}.

Il suffit alors de poser :
Pn(Z)=Znk=1n/21(nk)Pn2k(Z)  (+(nn/2)),P_n(Z) = Z^n - \sum_{k=1}^{n/2 -1} \binom{n}{k} P_{n-2k}(Z) \ \ \left(+ \binom{n}{n/2}\right),

le denier terme étant rajouté si n\displaystyle n est pair. Le polynôme ainsi construit est dans Rn[X]\displaystyle \R_n[X].

On peut montrer l’unicité tout en préparant le terrain pour la question suivante : soit θR\displaystyle \theta \in \R. On rappelle que 2cos(θ)=eiθ+1eiθ\displaystyle 2 \cos(\theta) = e^{i \theta}+\frac{1}{e^{i \theta}}, donc Pn\displaystyle P_n vérifie nécessairement

Pn(2cos(θ))=(eiθ)n+1(eiθ)n=2cos(nθ). P_n(2 \cos(\theta)) = (e^{i\theta})^n+\frac{1}{(e^{i \theta})^n} = 2 \cos(n\theta).

Si Pn\displaystyle P_n et Pn~\displaystyle \widetilde{P_n} vérifient la propriété de l’énoncé, on a alors (PnPn~)(2cos(θ))=0\displaystyle (P_n-\widetilde{P_n})(2 \cos(\theta)) = 0 pour tout θR\displaystyle \theta \in \R. Le polynôme PnPn~\displaystyle P_n-\widetilde{P_n} possède une infinité de racines, c’est donc le polynôme nul, d’où l’unicité.

2 ) On commence par trouver les racines de Pn\displaystyle P_n afin d’avoir une bonne factorisation. Le raisonnement de la question précédente peut nous aider : en effet, pour k{0,,n1}\displaystyle k \in \{0,\ldots,n-1\} on pose λk=2cos(π2n+kπn)\displaystyle \lambda_k = 2 \cos\left(\frac{\pi}{2n}+k\frac{\pi}{n}\right). On a alors

Pn(λk)=2cos(n(π2n+kπn))=cos(π2+kπ)=0.P_n(\lambda_k) = 2 \cos\left(n(\frac{\pi}{2n}+k\frac{\pi}{n})\right)=\cos\left(\frac{\pi}{2}+k\pi\right) = 0.

Or les λk\displaystyle \lambda_k sont deux à deux distincts, cela se voit facilement sur le cercle trigonométrique. De plus, la construction par récurrence des polynômes Pn\displaystyle P_n montre que ceux-ci sont unitaires. On a donc la factorisation Pn(X)=k=0n1(Xλk).P_n(X) = \prod_{k=0}^{n-1} (X-\lambda_k).

Comme les racines de Pn\displaystyle P_n sont simples, on a la formule 1Pn(X)=k=0n11Pn(λk)(Xλk).\frac{1}{P_n(X)} = \sum_{k=0}^{n-1} \frac{1}{P_n'(\lambda_k)(X-\lambda_k)}. On peut être un peu plus explicite en calculant Pn(λk)\displaystyle P_n'(\lambda_k). En effet, en dérivant 2cos(nθ)=Pn(2cos(θ))\displaystyle 2\cos(n\theta) = P_n(2 \cos(\theta)), on obtient Pn(2cos(θ))=nsin(nθ)sin(θ).P_n'(2\cos(\theta)) = \frac{n \sin(n\theta)}{\sin(\theta)}.

De plus, sin(n(π2n+kπn))=sin(π2+kπ)=(1)k.\sin\left(n(\frac{\pi}{2n}+k\frac{\pi}{n})\right)=\sin\left(\frac{\pi}{2}+k\pi\right)=(-1)^k. Ainsi, on a 1Pn(X)=k=0n1(1)ksin(π2n+kπn)Xcos(π2n+kπn).\frac{1}{P_n(X)} = \sum_{k=0}^{n-1} \frac{(-1)^k\sin\left(\frac{\pi}{2n}+k\frac{\pi}{n}\right)}{X-\cos\left(\frac{\pi}{2n}+k\frac{\pi}{n}\right)}.

Exercice 141 ⭐️⭐️ Centrale, Spé/L2/Classique

Soit PRn[X]\displaystyle P\in\R_n[X] ayant n>1\displaystyle n>1 racines réelles distinctes xi\displaystyle x_i. Montrer : 1in1P(xi)=0\displaystyle \sum_{1\leqslant i\leqslant n}\frac{1}{P'(x_i)}=0.

Penser aux deux décompositions en fractions rationnelles les plus connues : PP\displaystyle \frac{P'}{P} et 1P\displaystyle \frac{1}{P}.

Remarquons que toutes les racines sont simples car il y en a n\displaystyle n distinctes pour un degré n\displaystyle n. On connaît la décomposition en fraction rationnelle 1P(X)=1P(α1)(Xα1)++1P(αn)(Xαn). \frac{1}{P(X)}=\frac{1}{P'(\alpha_1)(X-\alpha_1)}+\cdots+ \frac{1}{P'(\alpha_n)(X-\alpha_n)}. D’où xP(x)=xP(α1)(xα1)++xP(αn)(xαn)\displaystyle \frac{x}{P(x)}=\frac{x}{P'(\alpha_1)(x-\alpha_1)}+\cdots+ \frac{x}{P'(\alpha_n)(x-\alpha_n)} et en faisant x+\displaystyle x\to+\infty, on obtient le résultat voulu car xP(x)0\displaystyle \frac{x}{P(x)}\to 0, le polynôme P\displaystyle P étant au moins de degré 2\displaystyle 2.

Exercice 142 ⭐️⭐️⭐️ Théorème de Gauss-Lucas, Spé/L3/Agreg

Soit P(X)=k=1n(Xzk)C[X]\displaystyle P(X)=\prod_{k=1}^n(X-z_k)\in\mathbb C[X]. Montrer que les racines de P\displaystyle P' sont dans l’enveloppe convexe des racines zk\displaystyle z_k de P\displaystyle P.
Application \displaystyle - Montrer que si P\displaystyle P ne possède que des racines réelles, il en est de même de P\displaystyle P'.

On voit P\displaystyle P et P\displaystyle P' 👉 On pense à la fraction rationnelle P/P\displaystyle P'/P.

Soit wC\displaystyle w\in\C une racine de P\displaystyle P'. Si w\displaystyle w est une racine de P\displaystyle P, i.e. il existe k\displaystyle k tel que w=zk\displaystyle w=z_k et zk\displaystyle z_k est une racine multiple de P\displaystyle P, alors w\displaystyle w est bien dans l’enveloppe convexe des racines de P\displaystyle P.
Supposons donc que P(w)0\displaystyle P(w)\neq 0, i.e. pour tout k\displaystyle k, wzk\displaystyle w\neq z_k. Écrivons alors P(X)P(X)=1Xz1++1Xzn\displaystyle \frac{P'(X)}{P(X)}=\frac{1}{X-z_1}+\cdots+ \frac{1}{X-z_n}. On en déduit que P(w)P(w)=1wz1++1wzn=0.\frac{P'(w)}{P(w)}=\frac{1}{w-z_1}+\cdots+ \frac{1}{w-z_n}=0. D’où k=1nwzkwzk2=0=k=1nwzkwzk2.\sum_{k=1}^n\frac{\overline{w}-\overline{z_k}}{|w-z_k|^2}=0=\sum_{k=1}^n\frac{w-z_k}{|w-z_k|^2}. Ainsi w=k=1nλkzk\displaystyle w=\sum_{k=1}^n \lambda_k z_k, avec λk=wzk2j=1nwzj20\displaystyle \lambda_k=\frac{|w-z_k|^{-2}}{\sum_{j=1}^n|w-z_j|^{-2}}\ge0. Comme k=1nλk=1\displaystyle \sum_{k=1}^n\lambda_k=1, on en déduit que w\displaystyle w est bien dans l’enveloppe convexe des zk\displaystyle z_k (c’est un barycentre à coefficients positifs).

Application \displaystyle - Si P\displaystyle P ne possède que des racines réelles, l’enveloppe convexe de ses racines est un intervalle de R\displaystyle \R (dont les bornes sont la plus petite et la plus grande racine). Donc par le résultat précédent, les racines de P\displaystyle P' sont dans cet intervalle, et donc sont réelles.

Exercice 143 ⭐️ Sup/L1

Soit n0\displaystyle n\ge0 et Pn(X)=k=0nXkk!\displaystyle P_n(X)=\sum_{k=0}^n \frac{X^k}{k!}. Montrer que toutes les racines de Pn\displaystyle P_n sont simples.

Racines simples 👉 Calculer P\displaystyle P'.

On a P(X)=k=1nXk1(k1)!=k=0n1Xkk!=Pn(X)Xnn!\displaystyle P'(X)=\sum_{k=1}^n \frac{X^{k-1}}{(k-1)!}=\sum_{k=0}^{n-1} \frac{X^k}{k!}=P_n(X)-\frac{X^n}{n!}. Soit z\displaystyle z une racine de Pn\displaystyle P_n. Notons que P(0)=1\displaystyle P(0)=1, d’où z0\displaystyle z\neq0. Alors Pn(z)=0\displaystyle P_n(z)=0 et Pn(z)=znn!0\displaystyle P'_n(z)=-\frac{z^n}{n!}\neq 0 car z0\displaystyle z\neq0. Ainsi z\displaystyle z est une racine simple.

Exercice 144 ⭐️⭐️ Polynômes scindés, Spé/L2

Soit P\displaystyle P un polynôme réel scindé sur R\displaystyle \R. Montrer que Q=aP+P\displaystyle Q=aP+P', a0\displaystyle a\neq0, est aussi scindé.

  • Annulation 👉 Théorème de Rolle ;
  • aP+P\displaystyle aP+P' 👉 introduire eaxP(x)\displaystyle e^{ax}P(x).

Écrivons P(X)=k=1p(Xxk)αk\displaystyle P(X)=\prod_{k=1}^p(X-x_k)^{\alpha_k} (on le suppose unitaire sans perte de généralité et que x1<<xp\displaystyle x_1<\cdots<x_p). En écrivant P(X)=Q(X)(Xxk)αk\displaystyle P(X)=Q(X)(X-x_k)^{\alpha_k}, on voit que xk\displaystyle x_k est racine d’ordre αk1\displaystyle \alpha_k-1 de P\displaystyle P'. Donc T(X)=k=1p(Xxk)αk1\displaystyle T(X)=\prod_{k=1}^p(X-x_k)^{\alpha_k-1} divise P\displaystyle P', et donc Q\displaystyle Q. De plus xeaxP(x)\displaystyle x\mapsto e^{ax}P(x) qui est C1\displaystyle C^1 s’annule en xk\displaystyle x_k et xk+1\displaystyle x_{k+1}, donc d’après le théorème de Rolle il existe ck]xk,xk+1[\displaystyle c_k\in]x_k,x_{k+1}[ tel que (eaxP(x))(ck)=(eaxQ)(ck)=0\displaystyle (e^{ax}P(x))'(c_k)=(e^{ax}Q)(c_k)=0. Donc S(X)=k=1p1(Xck)\displaystyle S(X)=\prod_{k=1}^{p-1}(X-c_k) divise Q\displaystyle Q. Or T\displaystyle T et S\displaystyle S sont premiers entre eux, donc TS\displaystyle TS divise Q\displaystyle Q. En comparant les degrés, on obtient alors que Q(X)=γT(X)S(X)(Xy)\displaystyle Q(X)=\gamma T(X)S(X)(X-y), γ,yR\displaystyle \gamma, y\in\R. Par conséquent Q\displaystyle Q est scindé !

Exercice 145

Soit P(X)=X2+c\displaystyle P(X)=X^2+c, cR\displaystyle c\in\R. On dit que x0R\displaystyle x_0\in\R est un point fixe si P(x0)=x0\displaystyle P(x_0)=x_0, qu’une suite finie de points distincts (x0,,xn)\displaystyle (x_0,\cdots,x_n) est un cycle d’ordre n\displaystyle n pour P\displaystyle P si i{0,,n1},P(xi)=xi+1\displaystyle \forall i\in\{0,\cdots,n-1\}, P(x_i)=x_{i+1} et P(xn1)=x0\displaystyle P(x_{n-1})=x_0.
Les éléments d’un cycle d’ordre n\displaystyle n sont appelés des points périodiques de période n\displaystyle n.

  1. Déterminer une équation pour laquelle les points de période 2\displaystyle 2 sont exactement ses solutions.
    Trouver alors les valeurs de c\displaystyle c pour lesquelles P\displaystyle P possède un cycle d’ordre 2\displaystyle 2.
  2. Soit (x0,x1)\displaystyle (x_0,x_1) un cycle d’ordre 2\displaystyle 2. Montrer que (PP)(x0)=(PP)(x1):=mc\displaystyle (P\circ P)'(x_0)=(P\circ P)'(x_1):=m_c. Calculer mc\displaystyle m_c.
  3. Donner un argument à la main pour dire qu’un cycle est attractif si mc<1\displaystyle |m_c|<1. Déterminer alors c\displaystyle c vérifiant cette condition.
    Quelle est l’allure du diagramme de bifurcation de l’application P\displaystyle P ?

A venir !

Exercice 146 ⭐️⭐️⭐️⭐️ Suite de polynômes à coefficients positifs, Ulm 2019, MP/L3

Soit (Pn)\displaystyle (P_n) une suite de polynôme à coefficients 0\displaystyle \ge0 telle que (Pn)\displaystyle (P_n) converge simplement sur R\displaystyle \R vers une fonction f\displaystyle f.
Montrer que f\displaystyle f est C\displaystyle C^\infty.

Soit A>1\displaystyle A>1. On écrit Pn(x)=k0ak,nxk\displaystyle P_n(x)=\sum_{k\ge0}a_{k,n}x^k avec ak,n0\displaystyle a_{k,n}\ge0 pour tout k\displaystyle k et n\displaystyle n, et ak,n=0\displaystyle a_{k,n}=0 pour k\displaystyle k assez grand.
On a 0ak,nAkPn(A)M\displaystyle 0\le a_{k,n}A^k \le P_n(A) \le M car par hypothèse Pn(A)\displaystyle P_n(A) converge et est donc majorée par, disons M>0\displaystyle M>0. Donc, pour tout k0\displaystyle k\ge0, la suite (ak,n)n\displaystyle (a_{k,n})_n est bornée. On peut donc par Bolzano-Weierstrass extraire une sous suite de (a0,n)n\displaystyle (a_{0,n})_n qui converge, etc. Par extraction diagonale, on obtient une suite (ak,n)n\displaystyle (a'_{k,n})_n qui converge vers disons ak\displaystyle a_k pour tout k\displaystyle k.
On pose alors Qn(x)=k0ak,nxk\displaystyle Q_n(x)=\sum_{k\ge0}a'_{k,n}x^k. On a également 0ak,nAkQn(A)M\displaystyle 0\le a'_{k,n}A^k \le Q_n(A) \le M, d’où 0ak,nM/Ak\displaystyle 0\le a'_{k,n}\le M/A^k. On fixe x\displaystyle x tel que 0<x<A\displaystyle 0<x<A. Comme k0MAkxk<\displaystyle \sum_{k\ge0}\frac{M}{A^k} x^k<\infty, on en déduit que Qn\displaystyle Q_n est une série entière de rayon de convergence A\displaystyle A. On peut également appliquer le théorème de convergence dominée pour obtenir :
limnQn(x)=k0limnak,nxk=k0akxk.\lim_{n\to\infty} Q_n(x)=\sum_{k\ge0} \lim_{n\to\infty} a'_{k,n}x^k =\sum_{k\ge0} a_{k}x^k. La série akxk\displaystyle \sum a_{k}x^k est également de rayon A\displaystyle A. Comme Qn=Pϕ(n)\displaystyle Q_n=P_{\phi(n)}ϕ\displaystyle \phi est une extraction, on en déduit que limnQn(x)=f(x)\displaystyle \lim_{n\to\infty} Q_n(x)=f(x), donc f(x)=k0akxk\displaystyle f(x)=\sum_{k\ge0} a_{k}x^k, et f\displaystyle f est C\displaystyle C^\infty sur [0,A[\displaystyle [0,A[. On peut faire le même raisonnement sur ]A,0]\displaystyle ]-A,0] en écrivant par exemple xk=(1)kxk\displaystyle x^k=(-1)^k|x|^k. Comme A\displaystyle A est arbitraire, on en déduit que f\displaystyle f est C\displaystyle C^\infty sur R\displaystyle \R.

Remarque — On a appliqué le théorème de CV dominée en considérant que la somme est une intégrale par rapport à une mesure de comptage de poids kxk\displaystyle k\mapsto x^k, x>0\displaystyle x>0 fixé. Ce n’est pas au programme de MP*, mais bon on est l’oral d’Ulm, hein ? 👻 On peut toutefois s’en sortir de façon élémentaire, cf Exercice 66.

Exercice 147 ⭐️⭐️ Spé/L2

Soit Qn(X)=1+X++Xn1\displaystyle Q_n(X)=1+X+\cdots+X^{n-1}. Montrer que si n1\displaystyle n\ge1 n’est pas premier alors Qn\displaystyle Q_n n’est pas irréductible dans Q[X]\displaystyle \mathbb Q[X].

Remarque — Si p\displaystyle p est premier, Qp\displaystyle Q_p est le p\displaystyle p-ième polynôme cyclotomique et on peut montrer qu’il est irréductible dans Q[X]\displaystyle \mathbb Q[X]. Vous trouverez plein de choses intéressantes sur cette notion très riche sur la page wikipédia.

  • n1\displaystyle n\ge1 n’est pas premier 👉 n=pq\displaystyle n=pq avec p,q>1\displaystyle p,q>1 ;
  • 1+X++Xn1\displaystyle 1+X+\cdots+X^{n-1} 👉 Série géométrique.

Ecrivons n=pq\displaystyle n=pq avec p,q>1\displaystyle p,q>1. Alors Qn=Xn1X1=(Xp)q1X1=1+Xp++(Xp)q1X1(Xp1).Q_{n}=\frac{X^n-1}{X-1}=\frac{(X^{p})^q-1}{X-1}=\frac{1+X^p+\cdots+(X^p)^{q-1}}{X-1}(X^p-1). Donc Qn(X)=Qq(Xp)Qp(X)\displaystyle Q_{n}(X)=Q_{q}(X^p)Q_p(X) avec deg(Qq(Xp))1\displaystyle {\rm deg}(Q_{q}(X^p))\ge1 et deg(Qp(X))1\displaystyle {\rm deg}(Q_{p}(X))\ge1, et ces deux polynômes sont bien dans Q[X]\displaystyle \mathbb Q[X], leurs coefficients sont même dans {0,1}\displaystyle \{0,1\}.

Exercice 148 ⭐️ Polynôme dérivé scindé, Mines, Sup/L1/Classique

Soit P\displaystyle P un polynôme réel scindé sur R\displaystyle \R. Montrer que P\displaystyle P' est scindé sur R\displaystyle \R.

Annulation de la dérivée 👉 Théorème de Rolle.

Écrivons P(X)=k=1p(Xxk)αk\displaystyle P(X)=\prod_{k=1}^p(X-x_k)^{\alpha_k} (on le suppose unitaire sans perte de généralité et que x1<<xp\displaystyle x_1<\cdots<x_p). En écrivant P(X)=Q(X)(Xxk)αk\displaystyle P(X)=Q(X)(X-x_k)^{\alpha_k}, on voit que xk\displaystyle x_k est racine d’ordre αk1\displaystyle \alpha_k-1 de P\displaystyle P'. Donc T(X)=k=1p(Xxk)αk1\displaystyle T(X)=\prod_{k=1}^p(X-x_k)^{\alpha_k-1} divise P\displaystyle P'. De plus P\displaystyle P s’annule en xk\displaystyle x_k et xk+1\displaystyle x_{k+1}, donc d’après le théorème de Rolle il existe ck]xk,xk+1[\displaystyle c_k\in]x_k,x_{k+1}[ tel que P(ck)=0\displaystyle P'(c_k)=0. Donc S(X)=k=1p1(Xck)\displaystyle S(X)=\prod_{k=1}^{p-1}(X-c_k) divise P\displaystyle P'. Or T\displaystyle T et S\displaystyle S sont premiers entre eux, donc TS\displaystyle TS divise P\displaystyle P'. En comparant les degrés, on obtient alors que P=TS\displaystyle P'=TS, et donc P\displaystyle P' est scindé !

Exercice 237 ⭐️⭐️ Polynôme de Tchebychev, Spé/L2

Soit f(t,x)=1tx12tx+t2\displaystyle f(t,x)=\frac{1-tx}{1-2tx+t^2} pour x[1,1]\displaystyle x\in[-1,1] et t]1,1[\displaystyle t\in]-1,1[.

  1. Montrer que f\displaystyle f est bien définie.
  2. Montrer que f(t,cosθ)=n=0cos(nθ)tn\displaystyle f(t,\cos \theta)=\sum_{n=0}^\infty \cos(n\theta)t^n pour tout t<1\displaystyle |t|<1.
  3. En déduire que tf(t,x)\displaystyle t\mapsto f(t,x) est DSE(0) de rayon de convergence 1\displaystyle \ge 1, et on écrit f(t,x)=n0Tn(x)tn\displaystyle f(t,x)=\sum_{n\ge0}T_n(x)t^n.
  4. Montrer que Tn\displaystyle T_n est un polynôme de degré n\displaystyle \le n.
  1. On a un polynôme de degré 2 en t\displaystyle t au numérateur de la fraction rationnelle, il s’agit de s’assurer qu’il ne s’annule pas. Si x]1,1[\displaystyle x \in ]-1,1[ c’est le cas car son discriminant vaut Δ=4(x21)<0.\Delta = 4(x^2-1) < 0. Si x=1\displaystyle x=1, on a f(t,1)=11t\displaystyle f(t,1) = \frac{1}{1-t}, qui est bien définie pour t<1\displaystyle |t|<1, et de même pour f(t,1)=11+t\displaystyle f(t,-1) = \frac{1}{1+t}.
  2. Comme teiθ<1\displaystyle |t e^{i \theta}|<1, on peut écrire n0(teiθ)n=11teiθ=1teiθ(1teiθ)(1teiθ)=1tcos(θ)+itsin(θ)12cos(θ)t+t2,\sum_{n\ge0}(te^{i\theta})^n=\frac{1}{1-te^{i\theta}}=\frac{1-t e^{-i\theta}}{(1-te^{i\theta})(1-te^{-i\theta})} = \frac{1-t\cos(\theta)+it\sin(\theta)}{1-2\cos(\theta)t+t^2}, et on peut conclure en prenant la partie réelle de chaque membre.
  3. Chaque réel x[1,1]\displaystyle x \in [-1,1] s’écrit x=cos(θ)\displaystyle x = \cos(\theta) pour un certain θR\displaystyle \theta \in\R. La question précédente permet donc de conclure que tf(t,x)\displaystyle t \mapsto f(t,x) est DSE(0)\displaystyle DSE(0), avec un rayon de convergence 1\displaystyle \ge 1, et que les coefficients de son développement f(t,x)=n=0Tn(x)tn\displaystyle f(t,x) =\sum_{n=0}^\infty T_n(x) t^n sont des fonctions xTn(x)\displaystyle x \mapsto T_n(x) telles que Tn(cos(θ))=cos(nθ)\displaystyle T_n(\cos(\theta)) = \cos(n \theta).
  4. Pour t<1\displaystyle |t|<1 et x1\displaystyle |x| \le 1, on a 2txt2<1\displaystyle |2tx-t^2|<1 donc on peut écrire f(t,x)=(1tx)n=0(2txt2)n.f(t,x) = (1-tx) \sum_{n=0}^\infty (2tx-t^2)^n. En développant chaque terme de la série, par exemple par la formule du binôme, on s’aperçoit que chaque monôme xn\displaystyle x^n est associé à des puissances de t\displaystyle t supérieures à n\displaystyle n, ce qui montre que Tn\displaystyle T_n est un polynôme de degré au plus n\displaystyle n.

Exercice 246 ⭐️⭐️⭐️ Combinaison et polynômes, X MP, Sup/L1

Soit PRn[X]\displaystyle P \in \R_n[X]. Montrer l’identité k=0n+1(n+1k)(1)kP(k)=0 \sum_{k=0}^{n+1} \binom{n+1}{k} (-1)^k P(k) = 0 de deux façons différentes :

  1. En considérant les polynômes P0(X)=1\displaystyle P_0(X)=1 et Pl(X)=X(X1)(Xl+1)\displaystyle P_l(X) = X(X-1)\cdots (X-l+1), pour 1ln\displaystyle 1 \le l \le n ;
  2. En utilisant des polynômes d’interpolation de Lagrange.
  • Somme, combinaison 👉 Formule du binôme ;
  • Polynômes interpolateurs Lk\displaystyle L_k de Lagrange 👉 écriture de P\displaystyle P comme somme des Lk\displaystyle L_k.
  1. La formule du binôme de Newton permet d’écrire : k=0n+1(n+1k)(1)kP0(k)=k=0n+1(n+1k)(1)k=(11)n+1=0\sum_{k=0}^{n+1} \binom{n+1}{k} (-1)^k P_0(k) = \sum_{k=0}^{n+1} \binom{n+1}{k} (-1)^k = (1-1)^{n+1} = 0 comme souhaité. Soit maintenant 1ln\displaystyle 1 \le l \le n fixé. On va montrer que l’identité voulue est bien vérifiée pour le polynôme Pl\displaystyle P_l. On constate que Pl(k)=0\displaystyle P_l(k) = 0 pour tout 0kl1\displaystyle 0 \le k \le l-1 et que k{l,,n} , Pl(k)=k!(kl)!.\forall k \in \{l,\ldots,n\} \ , \ P_l(k) = \frac{k!}{(k-l)!}. Ainsi, k=0n+1(n+1k)(1)kPl(k) = k=ln+1(n+1)!k!(n+1k)!k!(kl)!(1)k= k=ln+1(n+1)!(kl)!(n+1k)!(1)k.\begin{aligned} \sum_{k=0}^{n+1} \binom{n+1}{k} (-1)^k P_l(k)\ & =\ \sum_{k=l}^{n+1} \frac{(n+1)!}{k!(n+1-k)!} \frac{k!}{(k-l)!} (-1)^k\\ & =\ \sum_{k=l}^{n+1} \frac{(n+1)!}{(k-l)!(n+1-k)!}(-1)^k. \end{aligned} Le changement d’indices p=kl\displaystyle p=k-l montre que cette somme vaut (n+1)!(n+1l)!p=0n+1l(n+1lp)(1)l+p=(n+1)!(n+1l)!(1)l(11)n+1l=0.\frac{(n+1)!}{(n+1-l)!} \sum_{p=0}^{n+1-l} \binom{n+1-l}{p}(-1)^{l+p} = \frac{(n+1)!}{(n+1-l)!} (-1)^l (1-1)^{n+1-l} = 0. Pour démontrer l’identité pour un polynôme quelconque PRn[X]\displaystyle P \in \R_n[X], on commence par remarquer que (Pl)0ln\displaystyle (P_l)_{0 \le l \le n} forme une base de Rn[X]\displaystyle \R_n[X]. En effet c’est une famille étagée car deg(Pl)=l\displaystyle {\rm deg}(P_l) =l. Il existe donc des coefficients a0,,an\displaystyle a_0,\ldots,a_n tels que P(X)=l=0nalPl(X)\displaystyle P(X) = \sum_{l=0}^n a_l P_l(X) et on a : k=0n+1(n+1k)(1)kP(k)=l=0nal(k=0n+1(n+1k)(1)kPl(k))=0. \sum_{k=0}^{n+1} \binom{n+1}{k} (-1)^k P(k) = \sum_{l=0}^n a_l \left(\sum_{k=0}^{n+1} \binom{n+1}{k} (-1)^k P_l(k) \right) = 0.

  2. On pose αk=P(k)\displaystyle \alpha_k = P(k) pour tout k{0,,n}\displaystyle k \in \{0,\ldots, n\}. On sait, par la théorie des polynômes d’interpolation de Lagrange, que P\displaystyle P est l’unique polynôme de Rn[X]\displaystyle \R_n[X] tel que P(k)=αk\displaystyle P(k) = \alpha_k pour tout 0kn\displaystyle 0 \le k \le n. De plus, on a P(X)=k=0nαkLk(X)\displaystyle P(X) = \sum_{k=0}^n \alpha_k L_k(X), avec Lk(X)=0in,ikXi0in,ikki.L_k(X) = \frac{\prod_{0 \le i \le n , i \neq k} X-i}{\prod_{0 \le i \le n , i \neq k} k-i}. Le dénominateur se simplifie : on a 0in,ikki=(i=0k1ki)(i=k+1nki)=k!(1)nk(nk)!\prod_{0 \le i \le n , i \neq k} k-i = \left(\prod_{i=0}^{k-1} k-i \right) \left(\prod_{i=k+1}^n k-i\right) = k ! (-1)^{n-k} (n-k)! De plus on a : 0in,ikn+1i=i=0nn+1in+1k=(n+1)!n+1k.\prod_{0 \le i \le n , i \neq k} n+1-i = \frac{\prod_{i=0}^n n+1-i}{n+1-k} = \frac{(n+1)!}{n+1-k}. Ainsi Lk(n+1)=(n+1)!k!(nk)!(n+1k)(1)nk=(n+1k)(1)nk.L_k(n+1) = \frac{(n+1)!}{k!(n-k)!(n+1-k) (-1)^{n-k}} = \binom{n+1}{k} (-1)^{n-k}. On en déduit que P(n+1)=k=0n(n+1k)(1)nkP(k),P(n+1) = \sum_{k=0}^n \binom{n+1}{k} (-1)^{n-k} P(k), donc (en écrivant (1)nk=(1)n+k\displaystyle (-1)^{n-k} = (-1)^{n+k}) : k=0n+1(n+1k)(1)kP(k)=(1)n+1P(n+1)+(1)nP(n+1)=0.\sum_{k=0}^{n+1} \binom{n+1}{k} (-1)^{k} P(k) = (-1)^{n+1} P(n+1) + (-1)^n P(n+1) = 0.

BONUS !!! Une troisième méthode : on considère l’application linéaire D:R[X]R[X]\displaystyle D : \R[X] \rightarrow \R[X] qui à tout polynôme P\displaystyle P associe le polynôme Q=D(P)\displaystyle Q=D(P) tel que Q(X)=P(X+1)P(X)\displaystyle Q(X)=P(X+1)-P(X). On peut voir l’application D\displaystyle D comme une dérivation discrète (d’où la lettre D\displaystyle D, malin, non ?). On va se raccrocher à cette intuition en vérifiant si certaines propriétés de l’opération de dérivation sont aussi vraies pour D\displaystyle D. Tout d’abord, on remaque que si P(X)=Xp\displaystyle P(X)=X^p, alors D(P)(X)=(X+1)pXp=k=0p1(pk)Xk1\displaystyle D(P)(X)=(X+1)^p-X^p = \sum_{k=0}^{p-1} \binom{p}{k} X^{k-1}. Ainsi D\displaystyle D envoie tout polynôme de degré (exactement) d1\displaystyle d \ge 1 sur un polynôme de degré (exactement) d1\displaystyle d-1. En particulier le noyau de D\displaystyle D est l’ensemble des polynômes constants.

On va maintenant itérer l’opération D\displaystyle D. On remarque que (D2P)(X)=(DP)(X+1)(DP)(X)=P(X+2)2P(X+1)+P(X).(D^2P)(X) = (DP)(X+1)-(DP)(X) = P(X+2)-2P(X+1)+P(X). On peut alors montrer par récurrence sur n1\displaystyle n \ge 1 que (DnP)(X)=k=0n(nk)(1)nkP(X+k).(D^nP)(X) = \sum_{k=0}^n \binom{n}{k} (-1)^{n-k} P(X+k). En effet si cette formule est vraie pour un certain rang n\displaystyle n on a alors (Dn+1P)(X)=k(nk)(1)nk(P(X+k+1)P(X+k))=kP(X+k)(1)n+1k((nk)+(nk1)),(D^{n+1}P)(X) = \sum_{k} \binom{n}{k} (-1)^{n-k} (P(X+k+1)-P(X+k)) = \sum_{k} P(X+k) (-1)^{n+1-k}\left(\binom{n}{k}+\binom{n}{k-1}\right), et on conclut par la formule de Pascal.

Exercice 311 ⭐️⭐️⭐️ Polynômes cyclotomiques, MP/L3/Classique

Pour tout entier n1\displaystyle n\ge1, on désigne par Pn\displaystyle \mathcal P_n l’ensemble des racines primitives n\displaystyle n-ième de l’unité. On rappelle qu’elles s’écrivent e2iπk/n\displaystyle e^{2i\pi k/n} avec k\displaystyle k premier avec n\displaystyle n, et qu’elles engendrent le groupe Un\displaystyle \mathbb U_n des racines n\displaystyle n-ième de l’unité. On définit le polynôme cyclotomique d’ordre n\displaystyle n par :
Φn(X)=ξPn(Xξ).\Phi_n(X)=\prod_{\xi\in\mathcal P_n}(X-\xi).

  1. Montrer que Xn1=dnΦd(X)\displaystyle X^n-1=\prod_{d|n}\Phi_d(X).
  2. En déduire que Φn(X)Z[X]\displaystyle \Phi_n(X)\in\Z[X].
  3. Calculer Φ1\displaystyle \Phi_1, Φ2\displaystyle \Phi_2, Φ3\displaystyle \Phi_3, Φ4\displaystyle \Phi_4 et Φp\displaystyle \Phi_p pour p\displaystyle p premier.
  1. Classer les racines n\displaystyle n-ième de l’unité suivant leurs ordres ;
  2. "Pour tout n\displaystyle n"+question 1) 👉 Récurrence sur n\displaystyle n et division euclidienne ;
  3. Écrire les produits et regarder les générateurs.
  1. On a Xn1=ξUn(Xξ)\displaystyle X^n-1=\prod_{\xi\in\mathbb U_n}(X-\xi). Nous allons classer les racines n\displaystyle n-ième de l’unité en fonction de leur ordre dans Un\displaystyle \mathbb U_n, qui est un entier d\displaystyle d divisant n\displaystyle n. On peut écrire Un=dnPd\displaystyle \mathbb U_n=\cup_{d|n}\cal P_d où l’union est disjointe car Pd\displaystyle \cal P_d est l’ensemble de tous les ξ\displaystyle \xi d’ordre exactement d\displaystyle d. Par définition de Φd\displaystyle \Phi_d, on obtient l’égalité voulue.
  2. On a Φ1(X)=X1Z[X]\displaystyle \Phi_1(X)=X-1\in\Z[X]. Montrons le résultat par récurrence sur n\displaystyle n. Supposons le résultat vrai pour tout d\displaystyle d avec 1d<n\displaystyle 1\le d<n. On peut écrire Xn1=B(X)Φn(X)\displaystyle X^n-1=B(X)\Phi_n(X) avec B(X)=dn, d<nΦd(X)\displaystyle B(X)=\prod_{d|n,\ d<n}\Phi_d(X). Par hypothèse de récurrence, BZ[X]\displaystyle B\in\Z[X]. Comme B\displaystyle B est unitaire on peut faire la division euclidienne de Xn1\displaystyle X^n-1 par B\displaystyle B dans Z[X]\displaystyle \Z[X] : Xn1=Q(X)B(X)+R(X)\displaystyle X^n-1=Q(X)B(X)+R(X) avec deg(R)<deg(B)\displaystyle {\rm deg}(R)<{\rm deg}(B). Or dans C[X]\displaystyle \C[X], on a Xn1=Φn(X)B(X)\displaystyle X^n-1=\Phi_n(X)B(X). Donc par unicité de la division euclidienne dans C[X]\displaystyle \C[X], il vient Φn(X)=Q(X)\displaystyle \Phi_n(X)=Q(X), et R=0\displaystyle R=0. Donc Φn(X)Z[X]\displaystyle \Phi_n(X)\in\Z[X].
  3. On a Φ1(X)=X1\displaystyle \Phi_1(X)=X-1 et Φ2(X)=X+1\displaystyle \Phi_2(X)=X+1 car X21=(X1)(X+1)\displaystyle X^2-1=(X-1)(X+1). Les générateurs de U3\displaystyle \mathbb U_3 sont j\displaystyle j et j2\displaystyle j^2, d’où Φ3(X)=(Xj)(Xj2)=X2+X+1\displaystyle \Phi_3(X)=(X-j)(X-j^2)=X^2+X+1. Les générateurs de U4\displaystyle \mathbb U_4 sont i\displaystyle i et i\displaystyle -i, d’où Φ4(X)=(Xi)(X+i)=X2+1\displaystyle \Phi_4(X)=(X-i)(X+i)=X^2+1. Si p\displaystyle p est premier, on a Xp1=Φ1(X)Φp(X)\displaystyle X^p-1=\Phi_1(X)\Phi_p(X) car les seuls diviseurs de p\displaystyle p sont 1\displaystyle 1 et p\displaystyle p. Comme Φ1(X)=X1\displaystyle \Phi_1(X)=X-1, on en déduit : Φp(X)=1+X+X2++Xp1.\Phi_p(X)=1+X+X^2+\cdots+X^{p-1}.

Exercice 316 ⭐️⭐️ Norme sur R2[X]\displaystyle \R_2[X], Spé/L2

On considère l’application N:R2[X]R\displaystyle N : \R_2[X] \rightarrow \R définie pour tout polynôme PR2[X]\displaystyle P \in \R_2[X] par N(P)=P(0)+P(1)+P(2).N(P) = |P(0)|+|P(1)|+|P(2)|. Montrer que N\displaystyle N définit une norme sur R2[X]\displaystyle \R_2[X] et calculer la norme d’opérateur de l’endomorphisme ϕ:R2[X]R2[X],P(X)P(X+1)\displaystyle \phi : \R_2[X] \rightarrow \R_2[X], P(X) \mapsto P(X+1).

On connaît la valeur de P\displaystyle P en trois points 👉 on connaît P\displaystyle P partout !

L’identité N(λP)=λN(P)\displaystyle N(\lambda P) = |\lambda| N(P) est évidente, et l’inégalité triangulaire N(P+Q)N(P)+N(Q)\displaystyle N(P+Q) \le N(P) + N(Q) découle de l’inégalité triangualire sur (R,)\displaystyle (\R,|\cdot|). Soit maintenant P\displaystyle P tel que N(P)=0\displaystyle N(P) = 0. Alors P(0)=P(1)=P(2)=0\displaystyle |P(0)|=|P(1)|=|P(2)|=0, doncP\displaystyle P possède au moins trois racines. Or P\displaystyle P est de degré 2\displaystyle 2. On en déduit que P\displaystyle P est le polynôme nul. Ainsi on a montré que N\displaystyle N est une norme sur R2[X]\displaystyle \R_2[X].

On veut maintenant trouver la borne supérieure supPR2[X]N(ϕ(P))N(P).\sup_{P \in \R_2[X]} \frac{N(\phi(P))}{N(P)}. On commence par remarquer que N(ϕ(P))N(P)=P(1)+P(2)+P(3)P(0)+P(1)+P(2).\frac{N(\phi(P))}{N(P)} = \frac{|P(1)|+|P(2)|+|P(3)|}{|P(0)|+|P(1)|+|P(2)|}.

On va exprimer P(3)\displaystyle P(3) en fonction de P(0),P(1)\displaystyle P(0),P(1) et P(2)\displaystyle P(2). L’interpolation de Lagrange permet d’écrire P(X)=P(0)(X1)(X2)2P(1)X(X2)+P(2)X(X1)2P(X) = P(0) \frac{(X-1)(X-2)}{2}-P(1) X(X-2) + P(2) \frac{X(X-1)}{2} et donc P(3)=P(0)3P(1)+3P(2).P(3) = P(0) - 3P(1) + 3P(2). (un oeil averti verra ici des coefficients binomiaux et une magnifique possibilité de généralisation…)

Une application brutale de l’inégalité triangulaire donne alors une première majoration : N(ϕ(P))P(0)+P(1)+P(0)+3P(1)+3P(2)4N(P).N(\phi(P)) \le |P(0)| + |P(1)| +|P(0)| + 3 |P(1)| + 3 |P(2)| \le 4 N(P).

On peut trouver le cas d’égalité en imposant P(0)=P(2)=0\displaystyle P(0)=P(2)=0. Par exemple, si P(X)=X(X2)\displaystyle P(X)=X(X-2), on a N(P)=1\displaystyle N(P) = 1 et N(ϕ(P))=1+3=4\displaystyle N(\phi(P)) = 1 +3 = 4. Ainsi la borne 4\displaystyle 4 est bien atteinte et on a montré que
supPR2[X]N(ϕ(P))N(P)=4.\sup_{P \in \R_2[X]} \frac{N(\phi(P))}{N(P)} = 4.

Exercice 327 ⭐️⭐️ Polynôme interpolateur, Centrale, Sup/Spé

Soit PR[X]\displaystyle P\in\R[X] de degré n1\displaystyle n\ge1 et de coefficient dominant 1\displaystyle 1.

  1. Calculer k=0nP(k)0in, ik(ki)\displaystyle \sum_{k=0}^n\frac{P(k)}{\prod_{0\le i\le n,\ i\neq k}(k-i)}.
  2. En déduire qu’au moins un des P(k)\displaystyle |P(k)| est plus grand ou égal à n!2n\displaystyle \frac{n!}{2^n}.
  1. On voit les n+1\displaystyle n+1 valeurs P(k)\displaystyle P(k) 👉 P\displaystyle P de degré n\displaystyle n est entièrement déterminé par ces n+1\displaystyle n+1 valeurs et on peut l’écrire avec le polynôme interpolateur de Lagrange.
  2. “Il existe au moins…” 👉 se montre presque toujours en supposant le contraire, i.e. “pour tout… on a …”
  1. La polynôme P\displaystyle P de degré n\displaystyle n est entièrement déterminé par les n+1\displaystyle n+1 valeurs P(0),,P(n)\displaystyle P(0),\cdots,P(n). La formule du polynôme interpolateur de Lagrange donne alors :
    P(X)=k=0nP(k)0in, ikXiki.P(X)=\sum_{k=0}^n P(k)\prod_{0\le i\le n,\ i\neq k}\frac{X-i}{k-i}. On vérifie bien la formule en faisant X=k0\displaystyle X=k_0. On peut réécrire : P(X)=k=0nP(k)0in, ik(ki)0in, ik(Xi).P(X)=\sum_{k=0}^n\frac{P(k)}{\prod_{0\le i\le n,\ i\neq k}(k-i)}\prod_{0\le i\le n,\ i\neq k}(X-i). Or pour tout k\displaystyle k, 0in, ik(Xi)=Xn+\displaystyle \prod_{0\le i\le n,\ i\neq k}(X-i)=X^n+\cdots. Comme le coefficient devant Xn\displaystyle X^n dans l’expression de P(X)\displaystyle P(X) est 1\displaystyle 1, on en déduit : k=0nP(k)0in, ik(ki)=1.\sum_{k=0}^n\frac{P(k)}{\prod_{0\le i\le n,\ i\neq k}(k-i)}=1.
  2. Vu notre réflexe, supposons que pour tout k\displaystyle k, P(k)<n!2n\displaystyle |P(k)|<\frac{n!}{2^n}. Donc, avec la question 1) il vient : 1<n!2nk=0n10in, ikki.1<\frac{n!}{2^n}\sum_{k=0}^n\frac{1}{\prod_{0\le i\le n,\ i\neq k}|k-i|}. Or 0in, ikki=kk1k(k1)k(k+1)kn\displaystyle \prod_{0\le i\le n,\ i\neq k}|k-i|=|k||k-1|\cdots |k-(k-1)||k-(k+1)|\cdots |k-n|. D’où 0in, ikki=k!(nk)!\displaystyle \prod_{0\le i\le n,\ i\neq k}|k-i|=k!(n-k)! On obtient donc 1<12nk=0nn!k!(nk)!=1\displaystyle 1<\frac{1}{2^n}\sum_{k=0}^n\frac{n!}{k!(n-k)!}=1, d’après la formule du binôme de Newton. Comme 1<1\displaystyle 1<1 est faux, on déduit la conclusion.

Exercice 328 ⭐️⭐️ Pa\displaystyle P-a scindé à racines simples, Mines PSI, Sup/L1

Soit PC[X]\displaystyle P\in\C[X] un polynôme non constant. Existe-t-il aC\displaystyle a\in\C tel que Pa\displaystyle P-a soit scindé à racines simples ?

z\displaystyle z est une racine multiple de Q\displaystyle Q 👉 Q(z)=Q(z)=0\displaystyle Q(z)=Q'(z)=0.

Posons Q=Pa\displaystyle Q=P-aaC\displaystyle a\in\C est à choisir ultérieurement. Comme QC[X]\displaystyle Q\in\C[X], Q\displaystyle Q est scindé d’après le théorème de d’Alembert-Gauss. On a aussi Q=P\displaystyle Q'=P'. Soit z\displaystyle z une racine multiple de Q\displaystyle Q. Alors Q(z)=Q(z)=0\displaystyle Q(z)=Q'(z)=0, i.e.
P(z)a=P(z)=0.()P(z)-a=P'(z)=0. \quad (\star) Donc z\displaystyle z est nécessairement une racine de P\displaystyle P'. Notons zi\displaystyle z_i, 1in\displaystyle 1\le i\le n, les racines de P\displaystyle P' dans C\displaystyle \C. Pour éviter d’avoir ()\displaystyle (\star), il suffit de choisir aP(zi)\displaystyle a\neq P(z_i) pour tout 1in\displaystyle 1\le i\le n. Pour un tel a\displaystyle a, Q=Pa\displaystyle Q=P-a ne peut donc pas avoir de racines multiples, i.e. toutes ses racines sont simples.

Exercice 336 ⭐️⭐️⭐️ Polynômes orthogonaux, Spé/MP/L2

Soit I\displaystyle I un intervalle de R\displaystyle \R et w:IR+\displaystyle w : I \rightarrow \R_+^* une fonction continue par morceaux telle que Ixnw(x)dx<\displaystyle \int_I |x|^n w(x) dx < \infty pour tout n0\displaystyle n \geq 0. Soit E\displaystyle E l’espace vectoriel des fonctions continues sur I\displaystyle I telles que If(x)2w(x)dx<\displaystyle \int_I f(x)^2 w(x) dx < \infty.

  1. Montrer que (p,q)p,qw=Ip(x)q(x)w(x)dx\displaystyle (p,q) \mapsto \langle p,q \rangle_w = \int_I p(x) q(x) w(x) dx définit un produit scalaire sur E\displaystyle E.
  2. Montrer qu’il existe une unique suite de fonctions polynomiales (pn(x))n0\displaystyle (p_n(x))_{n \geq 0} telle que :
  • Pour tout n0\displaystyle n \geq 0, pn\displaystyle p_n est de degré exactement égal à n\displaystyle n et de coefficient dominant kn>0\displaystyle k_n > 0,
  • la famille (pn)n0\displaystyle (p_n)_{n \geq 0} est orthonormale pour ,w\displaystyle \langle \cdot, \cdot \rangle_w.
  1. Soit q:IR\displaystyle q : I \rightarrow \R polynomiale de degré n1\displaystyle \leq n-1. Montrer que pn,qw=0\displaystyle \langle p_n, q \rangle_w = 0.
  2. On note kn>0\displaystyle k_n>0 le coefficient dominant de pn\displaystyle p_n et, pour n1\displaystyle n \geq 1, an=knkn1\displaystyle a_n = \frac{k_n}{k_{n-1}}. Montrer qu’il existe deux suites (bn)n2\displaystyle (b_n)_{n \geq 2} et (cn)n2\displaystyle (c_n)_{n \geq 2} telles que pn(x)=(anx+bn)pn1(x)cnpn2(x).p_n(x) = (a_n x+b_n) p_{n-1}(x) - c_n p_{n-2}(x).
  3. Montrer que cn=knkn2kn12\displaystyle c_n = \frac{k_n k_{n-2}}{k_{n-1}^2}. Montrer la formule : xyI\displaystyle \forall x \neq y \in I, k=0npk(x)pk(y)=knkn+1pn+1(x)pn(y)pn(x)pn+1(y)xy. \sum_{k=0}^n p_k(x) p_k(y) = \frac{k_n}{k_{n+1}} \frac{p_{n+1}(x)p_n(y)-p_n(x)p_{n+1}(y)}{x-y}.
  4. Montrer l’inégalité : pn+1(x)pn(x)>pn(x)pn+1(x)\displaystyle p_{n+1}'(x) p_n(x) > p_n'(x) p_{n+1}(x).
  5. On suppose que pn+1\displaystyle p_{n+1} s’annule au moins deux fois sur I\displaystyle I. Soient a<b\displaystyle a<b deux zéros consécutifs de pn+1\displaystyle p_{n+1}. Montrer que pn(a)pn(b)<0\displaystyle p_{n}(a)p_{n}(b)<0.
  6. Si on suppose que pn+1\displaystyle p_{n+1} possède n+1\displaystyle n+1 racines distinctes dans I\displaystyle I, que dire des racines de pn\displaystyle p_n ?
  • On a une famille de polynômes (pn)n0\displaystyle (p_n)_{n \ge 0} étagée 👉 chaque sous-famille (pk)0kn\displaystyle (p_k)_{0 \le k \le n} est une base de Rn(X)\displaystyle \R_n(X).
  • f(a)f(b)<0\displaystyle f(a)f(b)<0 👉 on a envie d’appliquer le TVI !
  1. Si f,gE\displaystyle f,g \in E, alors l’inégalité élémentaire aba2+b22\displaystyle |ab| \le \frac{a^2+b^2}{2} permet d’écrire que If(x)g(x)w(x)dx12(If(x)2w(x)dx+Ig(x)2w(x)dx),\int_I |f(x) g(x)| w(x) dx \le \frac{1}{2} \left(\int_I f(x)^2 w(x) dx + \int_I g(x)^2 w(x) dx\right), ce qui prouve que le produit scalaire f,gw\displaystyle \langle f,g \rangle_w est bien défini. La bilinéarite, la symétrie et la positivité découlent immédiatement des propriétés de l’intégrale. Enfin, si fE\displaystyle f\in E est telle que f,fw=0\displaystyle \langle f,f \rangle_w = 0, alors If(x)2w(x)dx=0\displaystyle \int_I f(x)^2 w(x) dx = 0. Or xf(x)2w(x)\displaystyle x \mapsto f(x)^2 w(x) est continue et positive sur l’intervalle I\displaystyle I, on en déduit que c’est la fonction identiquement nulle. Comme w>0\displaystyle w>0 sur I\displaystyle I, on en déduit que f(x)=0\displaystyle f(x) = 0 pour tout xI\displaystyle x \in I.

  2. La condition d’intégrabilité Ixnw(x)dx<\displaystyle \int_I x^n w(x) dx < \infty implique qu’on a IR(x)w(w)dx>\displaystyle \int_I R(x) w(w) dx > \infty pour toute fonction polynomiale R:IR\displaystyle R : I \rightarrow \R. Ainsi toutes les fonctions polynomiales sont dans E\displaystyle E. La construction de la suite pn\displaystyle p_n se fait par récurrence sur n\displaystyle n suivant le procédé d’orthonormalisation de Gram-Schmidt à partir de la base canonique de R[X]\displaystyle \R[X].

  3. Comme la famille des (pn)n0\displaystyle (p_n)_{n \ge 0} est étagée, on sait que la sous-famille (pk)0kn\displaystyle (p_k)_{0 \le k \le n} forme une base de l’espace vectoriel Rn(x)\displaystyle \R_{n}(x), cette notation un peu abusive désignant l’espace vectoriel des restrictions à I\displaystyle I des fonctions polynomiales de degré au plus n\displaystyle n. En particulier, si qRn1(x)\displaystyle q \in \R_{n-1}(x), alors on peut écrire q(x)=k=0n1αkpk(x)\displaystyle q(x) = \sum_{k=0}^{n-1} \alpha_k p_k(x) pour une certaine famille de coefficients réels α0,,αn1\displaystyle \alpha_0,\ldots,\alpha_{n-1}. La propriété de bilinéarité et le fait que pn,pkw=0\displaystyle \langle p_n,p_k \rangle_w = 0 pour tout k<n\displaystyle k < n permettent de déduire que pn,qw=0\displaystyle \langle p_n ,q \rangle_w = 0.

  4. Pour n1\displaystyle n \ge 1, on note ln\displaystyle l_n le coefficient devant xn1\displaystyle x^{n-1} dans pn(x)\displaystyle p_n(x). Ainsi pour n2\displaystyle n \ge 2, on a pn(x)=knxn+lnxn1+rn(x)\displaystyle p_n(x) = k_n x^n + l_n x^{n-1} + r_n(x), où rn(x)Rn2(x)\displaystyle r_n(x) \in \R_{n-2}(x). On pose maintenant an=knkn1 , bn=lnkn1knkn12ln1.a_n = \frac{k_n}{k_{n-1}} \ , \ b_n = \frac{l_n}{k_{n-1}}-\frac{k_n}{k_{n-1}^2} l_{n-1}. Ces coefficients ont été choisis de telle sorte que (anx+bn)pn1(x)=(knkn1x+lnkn1knkn12ln1)(kn1xn1+ln1xn2+rn1(x))\left(a_n x+b_n\right)p_{n-1}(x) = \left(\frac{k_n}{k_{n-1}} x + \frac{l_n}{k_{n-1}} -\frac{k_n}{k_{n-1}^2} l_{n-1}\right) (k_{n-1} x^{n-1}+l_{n-1}x^{n-2}+r_{n-1}(x)) =knxn+lnxn1+sn(x),=k_n x^n + l_n x^{n-1} + s_n(x), avec sn(x)Rn2(x)\displaystyle s_n(x) \in \R_{n-2}(x). Ainsi pn(x)(anx+bn)pn1(x)Rn2(x)\displaystyle p_n(x) - (a_nx+b_n)p_{n-1}(x) \in \R_{n-2}(x). Il existe donc des coefficients α0,,αn2\displaystyle \alpha_0,\ldots,\alpha_{n-2} tels que pn(x)(anx+bn)pn1(x)=k=0n2αkpk(x).p_n(x) - (a_nx+b_n)p_{n-1}(x) = \sum_{k=0}^{n-2} \alpha_k p_k(x). Pour répondre à la question, il reste à montrer que αk=0\displaystyle \alpha_k = 0 pour tout k<n2\displaystyle k < n-2. Comme la famille (pn)n0\displaystyle (p_n)_{n \ge 0} est orthonormale, on a αk=pn(x)(anx+bn)pn1(x),pk(x)w.\alpha_k = \langle p_n(x) - (a_nx+b_n)p_{n-1}(x) ,p_k(x) \rangle_{w}. Comme k<n1\displaystyle k < n-1 et k<n\displaystyle k < n, on a pn,pkw=pn1,pkw=0\displaystyle \langle p_n , p_k \rangle_w = \langle p_{n-1},p_k\rangle_w = 0, donc αk=anxpn1(x),pk(x)w\displaystyle \alpha_k = a_n \langle x p_{n-1}(x) , p_k(x) \rangle_w. La forme particulière de ce produit scalaire permet d’écrire la jolie formule suivante : fg,hw=f,ghw\displaystyle \langle fg,h \rangle_w = \langle f, gh \rangle_w. On peut donc écrire que αk=anpn1(x),xpk(x)w=0,\alpha_k = - a_n \langle p_{n-1}(x) , x p_k(x) \rangle_w = 0, car xpk(x)Rn2(x)\displaystyle x p_k(x) \in \R_{n-2}(x).

  5. Avec les notations de la question précédente, on veut calculer cn=αn2\displaystyle c_n = -\alpha_{n-2} et on a αk=anpn1(x),xpn2(x)w.\alpha_k = - a_n \langle p_{n-1}(x) , x p_{n-2}(x) \rangle_w. Or le terme en xn1\displaystyle x^{n-1} du polynôme xpn2(x)kn2kn1pn1(x)\displaystyle x p_{n-2}(x)-\frac{k_{n-2}}{k_{n-1}} p_{n-1}(x) vaut kn2kn2kn1kn1=0\displaystyle k_{n-2} - \frac{k_{n-2}}{k_{n-1}} k_{n-1} = 0, donc xpn2(x)=kn2kn1pn1(x)+sn2(x),x p_{n-2}(x) = \frac{k_{n-2}}{k_{n-1}} p_{n-1}(x) + s_{n-2}(x), avec sn2(x)Rn2(x)\displaystyle s_{n-2}(x) \in \R_{n-2}(x). En particulier, on a pn1(x),xpn2(x)w=kn2kn1\langle p_{n-1}(x) , x p_{n-2}(x) \rangle_w = \frac{k_{n-2}}{k_{n-1}} donc cn=αn2=ankn2kn1=knkn2kn12.c_n = -\alpha_{n-2} = a_n \frac{k_{n-2}}{k_{n-1}} = \frac{k_n k_{n-2}}{k_{n-1}^2}.

  6. On fixe xyI\displaystyle x \neq y \in I et on montre la formule par récurrence sur n0\displaystyle n \ge 0. On remarque tout d’abord que, comme p0R0(x)\displaystyle p_0 \in \R_0(x) et p1R1(x)\displaystyle p_1 \in \R_1(x), on peut écrire p0(x)=k0\displaystyle p_0(x) = k_0 et p1(x)=k1x+l1\displaystyle p_1(x) = k_1 x + l_1. On a alors p0(x)p0(y)=k02\displaystyle p_0(x)p_0(y) = k_0^2 et k0k1p1(x)p0(y)p1(y)p0(x)xy=k02k1(k1x+l1)(k1y+l1)xy=k02,\frac{k_0}{k_1} \frac{p_1(x)p_0(y)-p_1(y)p_0(x)}{x-y} = \frac{k_0^2}{k_1}\frac{(k_1 x +l_1)-(k_1 y +l_1)}{x-y} = k_0^2, la formule est donc vraie au rang 0\displaystyle 0. Pour prouver l’hérédité, on remarque tout d’abord, en utilisant la formule de la question 4, que pn+1(x)pn(y)pn(x)pn+1(y)xy=an+1pn(x)pn(y)cn+1pn1(x)pn(y)pn(x)pn1(y)xy.\frac{p_{n+1}(x)p_n(y) - p_n(x)p_{n+1}(y)}{x-y} = a_{n+1} p_{n}(x)p_n(y)-c_{n+1}\frac{p_{n-1}(x)p_n(y) - p_n(x)p_{n-1}(y)}{x-y}. Or on a vu que an+1=kn+1kn\displaystyle a_{n+1} = \frac{k_{n+1}}{k_n} et cn+1=kn1kn+1kn2\displaystyle c_{n+1} = \frac{k_{n-1} k_{n+1}}{k_n^2}, on en déduit que pn(x)pn(y)=knkn+1pn+1(x)pn(y)pn(x)pn+1(y)xykn1knpn(x)pn1(y)pn1(x)pn(y)xy.p_n(x) p_n(y) = \frac{k_n}{k_{n+1}}\frac{p_{n+1}(x)p_n(y) - p_n(x)p_{n+1}(y)}{x-y} - \frac{k_{n-1}}{k_n}\frac{p_{n}(x)p_{n-1}(y) - p_{n-1}(x)p_{n}(y)}{x-y}. En appliquant l’hypothèse de récurrence au deuxième terme du membre de droite, on conclut facilement.

  7. On fixe xI\displaystyle x \in I et on regarde la limite lorsque yx\displaystyle y \to x dans les deux membres de l’égalité précédente. Pour le membre de gauche, on a limyxk=0npk(x)pk(y)=k=0npk(x)20.\lim_{y \to x} \sum_{k=0}^n p_k(x) p_k(y) = \sum_{k=0}^n p_k(x)^2 \ge 0. L’inégalité est même stricte car k=0npk(x)2p0(x)2=k02>0.\sum_{k=0}^n p_k(x)^2 \ge p_0(x)^2 = k_0^2 > 0. Les fonctions pk\displaystyle p_k sont continues car polynomiales. Pour le membre de droite, on reconnaît presque un taux d’accroissement… on ruse un peu en écrivant : pn+1(x)pn(y)pn(x)pn+1(y)xy=pn+1(x)pn(y)pn(x)yx+pn(x)pn+1(y)pn+1(x)yx,\frac{p_{n+1}(x)p_n(y) - p_n(x)p_{n+1}(y)}{x-y} = -p_{n+1}(x) \frac{p_n(y)-p_n(x)}{y-x}+p_n(x) \frac{p_{n+1}(y)-p_{n+1}(x)}{y-x}, qui converge vers pn(x)pn+1(x)pn+1(x)pn(x)\displaystyle p_n(x) p_{n+1}'(x)-p_{n+1}(x)p_n'(x) lorsque yx\displaystyle y \to x. On obtient donc (car kn,kn+1>0\displaystyle k_n,k_{n+1} > 0) l’inégalité voulue.

  8. D’après la question précédente, on a pn(a)pn+1(a)>0\displaystyle p_{n}(a) p_{n+1}'(a)>0 et pn(b)pn+1(b)>0\displaystyle p_{n}(b) p_{n+1}'(b) > 0. Supposons que pn+1(a)\displaystyle p_{n+1}'(a) et pn+1(b)\displaystyle p_{n+1}'(b) soient de même signe, par exemple positifs. Alors il existerait c<d]a,b[I\displaystyle c<d \in ]a,b[ \subset I tels que pn+1(c)>0\displaystyle p_{n+1}(c)>0 et pn+1(d)<0\displaystyle p_{n+1}(d)<0. Cela se déduit de la continuité de pn+1\displaystyle p_{n+1}' (qui implique que cette fonction est postivive sur un voisinage de a\displaystyle a et sur un voisinage de b\displaystyle b), puis d’une formule de Taylor. Le théorème des valeurs intermédiaires donnerait alors l’existence d’un certain e[c,d]]a,b[\displaystyle e \in [c,d] \subset ]a,b[ tel que pn+1(e)=0\displaystyle p_{n+1}(e)=0, ce qui est une contradiction. Ainsi pn+1(a)\displaystyle p_{n+1}'(a) et pn+1(b)\displaystyle p_{n+1}'(b) sont de signe opposé, et on en déduit que pn(a)\displaystyle p_{n}(a) et pn(b)\displaystyle p_{n}(b) sont aussi de signe opposé.

  9. Si on note z1<<zn+1I\displaystyle z_1<\cdots<z_{n+1} \in I les racines de pn+1\displaystyle p_{n+1}, la question précédente permet d’écrire que pn(zi)pn(zi+1)<0\displaystyle p_n(z_i)p_n(z_{i+1})<0 pour tout 1in\displaystyle 1 \le i \le n. Le théorème des valeurs intermédiaires donne alors l’existence d’un certain yi]zi,zi+1[\displaystyle y_i \in ]z_i,z_{i+1}[ tel que pn(yi)=0\displaystyle p_n(y_i)=0. On a trouvé n\displaystyle n racines au polynôme pn\displaystyle p_n, qui sont deux à deux distinctes car construites dans des intervalles disjoints. Comme pn\displaystyle p_n est de degré n\displaystyle n, on sait qu’il n’y en a pas d’autres. Ainsi, le polynôme pn\displaystyle p_n est scindé à racines simples,toutes dans I\displaystyle I, et de plus les racines de pn\displaystyle p_n et celles de pn+1\displaystyle p_{n+1} sont entrelacées.

BONUS : une preuve simple et directe que pn\displaystyle p_n possède n\displaystyle n racines distinctes dans I\displaystyle I. Si ce n’était pas le cas, la fonction polynomiale pn\displaystyle p_n changerait de signe en un nombre de points l<n\displaystyle l<n (qui sont les racines de pn\displaystyle p_n de multiplicité impaire). Soient x1<<xl\displaystyle x_1< \ldots <x_l ces points de changement de signe et q:IR\displaystyle q : I \rightarrow \R la fonction polynomiale définie par q(x)=(xx1)(xxl)\displaystyle q(x) = (x-x_1)\cdots (x-x_l). Par construction, la fonction xpn(x)q(x)\displaystyle x \mapsto p_n(x) q(x) est de signe constant sur I\displaystyle I, et de plus elle est non identiquement nulle (il suffit de l’évaluer ailleurs qu’en une racine). On a alors Ipn(x)q(x)w(x)dx0\displaystyle \int_I p_n(x) q(x) w(x) dx \neq 0. Or q\displaystyle q est une fonction poynomiale de degré l<n\displaystyle l<n, d’après la question 3 on a alors Ipn(x)q(x)w(x)dx=0\displaystyle \int_I p_n(x) q(x) w(x) dx = 0, ce qui est une contradiction.

Exercice 360 ⭐️ Famille de polynômes, Sup/L1

Montrer que la famille F=(Xk(1X)nk)k[ ⁣[0,n] ⁣]\displaystyle \mathcal F=\left(X^k(1-X)^{n-k}\right)_{k\in[\![0,n]\!]} est une base de Rn[X]\displaystyle \R_n[X].

Base en dimension finie 👉 Inversibilité de la matrice associée (dans une base simple).

On observe que F\displaystyle \mathcal F contient (n+1)\displaystyle (n+1) vecteurs, et que dim(Rn[X])=n+1\displaystyle \dim(\R_n[X])=n+1.
On remarque ensuite que le terme de plus bas degré de Xk(1X)nk\displaystyle X^k(1-X)^{n-k} est Xk\displaystyle X^k. Par conséquent la matrice de F\displaystyle \mathcal F dans la base canonique de Rn[X]\displaystyle \R_n[X] est de la forme [100101].\begin{bmatrix}1&0&\dots&0\\\star&1&\ddots&\vdots\\\vdots&\ddots&\ddots&0\\\star&\dots&\star&1\end{bmatrix}.
C’est une matrice triangulaire à coefficients diagonaux non nuls, donc inversible. Donc F\displaystyle \mathcal F est bien une base.

Exercice 393 ⭐️⭐️ Racines simples z1\displaystyle |z|\le 1, Sup/L1

Soit P=nXnXn1Xn21\displaystyle P=nX^{n}-X^{n-1}-X^{n-2}-\cdots -1 avec n1\displaystyle n\ge 1.

  1. Montrer que toutes les racines de P\displaystyle P sont de modules 1\displaystyle \le 1.
  2. En utilisant le polynôme Q=(X1)P\displaystyle Q=(X-1)P, montrer que toutes les racines de P\displaystyle P sont simples.
  1. Ecrire l’équation vérifiée par une racine z\displaystyle z et travailler avec ;
  2. Racines simples 👉 Calculer le polynôme dérivé !
  1. Soit z\displaystyle z une racine de P\displaystyle P telle que z>1\displaystyle |z|>1. On a nzn=zn1+zn2+1.()nz^n=z^{n-1}+z^{n-2}\cdots +1.\quad (\star) Comme z>1\displaystyle |z|>1, on a pour tout entier kn1\displaystyle k\le n-1, zk<zn\displaystyle |z|^k<|z|^n. Donc par l’inégalité triangulaire : zn1+zn2+1<nzn.|z^{n-1}+z^{n-2}\cdots +1|<n|z|^n. Ceci n’est pas possible d’après ()\displaystyle (\star) car nzn=nzn\displaystyle |nz^n|=n|z|^n. Donc une racine z\displaystyle z de P\displaystyle P verifie z1\displaystyle |z|\le 1.
  2. Suivant l’indication, on calcule Q=(X1)P=nXn+1XnXn1X   nXn+Xn1+Xn2++1=nXn+1(n+1)Xn+1,\begin{aligned} Q&=(X-1)P \\ &=nX^{n+1}-X^{n}-X^{n-1}-\cdots -X \\ &\ \ \ -nX^{n}+X^{n-1}+X^{n-2}+\cdots +1\\ &= nX^{n+1} -(n+1)X^n+1,\end{aligned} Q=n(n+1)Xnn(n+1)Xn1=n(n+1)Xn1(X1).\begin{aligned} Q'&=n(n+1)X^n-n(n+1)X^{n-1} \\ &=n(n+1)X^{n-1}(X-1).\end{aligned} On remarque que P(1)=0\displaystyle P(1)=0, donc 1\displaystyle 1 est au moins une racine double de Q\displaystyle Q. On voit aussi que 1\displaystyle 1 est une racine simple de Q\displaystyle Q', donc Q(1)0\displaystyle Q''(1)\neq 0. Ainsi 1\displaystyle 1 est exactement une racine double de Q\displaystyle Q, donc une racine simple de P\displaystyle P.
    Soit z1\displaystyle z\neq 1 une racine de P\displaystyle P, c’est aussi une racine de Q\displaystyle Q. Comme Q(0)=10\displaystyle Q(0)=1\neq 0, il vient z0\displaystyle z\neq 0. On remarque alors que Q(z)=n(n+1)zn1(z1)0\displaystyle Q'(z)=n(n+1)z^{n-1}(z-1)\neq 0. Ainsi z\displaystyle z est une racine simple de Q\displaystyle Q, donc de P\displaystyle P.

Exercice 421 ⭐️⭐️⭐️ Premiers congrus à 1 modulo p, MP/L3

Soit p3\displaystyle p \ge 3 un nombre premier. On va montrer qu’il existe une infinité de nombres premiers q\displaystyle q de la forme q=ap+1\displaystyle q=ap+1. On considère le polynôme : P(X)=1+X++Xp1=Xp1X1.P(X) = 1+X+\cdots + X^{p-1} = \frac{X^p-1}{X-1}.

  1. Montrer qu’il existe un polynôme QZ[X]\displaystyle Q \in \mathbb{Z}[X] tel que P(X)=(X1)Q(X)+p\displaystyle P(X) = (X-1)Q(X) + p.
  2. On suppose qu’il existe un entier c1\displaystyle c \ge 1 et un nombre premier q>p\displaystyle q>p tels que qP(c)\displaystyle q|P(c). En étudiant l’ordre de l’élément c\displaystyle c dans le groupe (Z/qZ)\displaystyle \left(\mathbb{Z}/q \mathbb{Z}\right)^\star, montrer que q\displaystyle q est congru à 1\displaystyle 1 modulo p\displaystyle p.
  3. Montrer que tout entier c1\displaystyle c \ge 1 est premier avec P(c)\displaystyle P(c).
  4. On suppose qu’il n’existe qu’un nombre fini de nombres premiers congrus à 1\displaystyle 1 modulo p\displaystyle p, notés p1,,pm\displaystyle p_1,\ldots,p_m. En étudiant les facteurs premiers de P(c)\displaystyle P(c), avec c=p!p1pm\displaystyle c=p! p_1 \cdots p_m, aboutir à une contradiction.
  1. Première méthode : on remarque que P(X)p=k=1p1(Xk1),P(X)-p = \sum_{k=1}^{p-1} (X^k-1), et on sait que Xk1\displaystyle X^k-1 est divisible par X1\displaystyle X-1 dans Z[X]\displaystyle \mathbb{Z}[X]. Autre méthode (qui au fond revient au même), on remarque que P(X)=p+(X1)k=0p1(p1k)Xk.P(X)=p+(X-1) \sum_{k=0}^{p-1} (p-1-k) X^{k}. On a l’intuition du polynôme à parachuter en regardant quelques exemples pour p\displaystyle p petit.
  2. Dans le corps K=Z/qZ\displaystyle K = \mathbb{Z}/q\mathbb{Z}, la divisibilité de P(c)\displaystyle P(c) par q\displaystyle q s’écrit simplement P(c)=0\displaystyle P(c)=0. Mais alors (c1)P(c)=0\displaystyle (c-1)P(c) = 0, c’est-à-dire cp=1\displaystyle c^p=1. Soit r1\displaystyle r \ge 1 le plus petit entier tel que cr=1\displaystyle c^r=1 (dans K\displaystyle K). On sait que r\displaystyle r est un diviseur de p\displaystyle p, et comme p\displaystyle p est premier, on a r=1\displaystyle r=1 ou r=p\displaystyle r=p. Si on a r=1\displaystyle r=1, alors c=1\displaystyle c=1. Mais on a P(1)=p\displaystyle P(1)=p d’après la question 1, et p0\displaystyle p \neq 0 dans K\displaystyle K car on a supposé q>p\displaystyle q>p. Ainsi l’élément c\displaystyle c est d’ordre p\displaystyle p dans K\displaystyle K^\star. D’après le théorème de Lagrange, on sait que p\displaystyle p divise le cardinal de K\displaystyle K^\star, qui vaut q1\displaystyle q-1 : la relation q1=ap\displaystyle q-1=ap, pour a\displaystyle a entier, peut encore s’écrire q=ap+1\displaystyle q=ap+1, comme voulu.
  3. On a P(c)=1+cb\displaystyle P(c) = 1+c b, avec b=1+c++cp2\displaystyle b=1+c+\cdots+c^{p-2}. Autrement dit P(c)bc=1\displaystyle P(c)-bc=1 et le théorème de Bezout permet de conclure.
  4. On sait que P(c)>1\displaystyle P(c)> 1, donc P(c)\displaystyle P(c) possède nécessairement un facteur premier q\displaystyle q. Si qp\displaystyle q \le p, alors q\displaystyle q est un facteur permier commun à c\displaystyle c et P(c)\displaystyle P(c), ce qui n’est pas possible d’après la question 3. Comme q>p\displaystyle q>p, on sait que q\displaystyle q est congru à 1\displaystyle 1 modulo p\displaystyle p, donc q=pi\displaystyle q=p_i pour un certain i{1,,m}\displaystyle i \in \{1,\ldots,m\}, qui serait un facteur premier commun à c\displaystyle c et P(c)\displaystyle P(c), ce qui n’est pas possible.

On a ainsi montré par l’absurde qu’il existe une infinité de nombres premiers congrus à 1\displaystyle 1 modulo p\displaystyle p. On peut s’affranchir de l’hypothèse de primalité de p\displaystyle p en remplaçant P\displaystyle P par le n\displaystyle n-ième polynôme cyclotomique Φn\displaystyle \Phi_n, la preuve est légèrement plus compliquée. C’est un cas particulier d’un théorème nettement plus profond, dû à Dirichlet : si a\displaystyle a et b\displaystyle b sont premiers entre eux, alors il existe une infinité de nombres premiers de la forme ak+b\displaystyle a k + b.

Exercice 492 ⭐️ Nombre de racines, Sup/L1

Soit un entier n3\displaystyle n\ge3, a,bR\displaystyle a,b\in\R et P(X)=Xn+aX+b\displaystyle P(X)=X^n+aX+b. Montrer que P\displaystyle P a au plus 3\displaystyle 3 racines réelles distinctes.

Polynôme réel, nombre de racines réelles 👉 Théorème de Rolle !

Supposons que P\displaystyle P a au moins 4\displaystyle 4 racines réelles distinctes : x1<x2<x3<x4\displaystyle x_1<x_2<x_3<x_4. On a P(x1)=P(x2)=0\displaystyle P(x_1)=P(x_2)=0. La fonction xP(x)\displaystyle x\mapsto P(x) est continue sur [x1,x2]\displaystyle [x_1,x_2] et dérivable ]x1,x2[\displaystyle ]x_1,x_2[. Donc d’après le théorème de Rolle, il existe x1]x1,x2[\displaystyle x_1'\in]x_1,x_2[ tel que P(x1)=0\displaystyle P'(x_1')=0. En appliquant le théorème de Rolle sur chaque [xi,xi+1]\displaystyle [x_i,x_{i+1}], i=2,3\displaystyle i=2,3, on en déduit que P\displaystyle P' a au moins 3\displaystyle 3 racines réelles distinctes x1<x2<x3\displaystyle x_1'<x_2'<x_3'. On poursuit le même raisonnement avec P\displaystyle P' et on voit que P\displaystyle P'' a au moins 2\displaystyle 2 racines réelles distinctes. Or P(X)=n(n1)Xn2\displaystyle P''(X)=n(n-1)X^{n-2} n’a que 0\displaystyle 0 comme racine réelle, contradiction !

Exercice 495 ⭐️ Racine rationnelle, Z[X]\displaystyle \Z[X], Sup/L1

Soit un entier n1\displaystyle n\ge1 et P(X)=anXn++a1X+a0Z[X]\displaystyle P(X)=a_nX^n+\cdots+a_1X+a_0\in\Z[X] avec an0\displaystyle a_n\neq0. Soit r=pq\displaystyle r=\frac{p}{q} (fraction irréductible) une racine de P\displaystyle P. Montrer que pa0\displaystyle p|a_0 et qan\displaystyle q|a_n.

Une racine r\displaystyle r de P\displaystyle P 👉 Ecrire P(r)=0\displaystyle P(r)=0.

On écrit P(r)=0\displaystyle P(r)=0. En multipliant par qn\displaystyle q^n pour avoir des entiers, on en déduit anpn+an1qpn1++a1qn1p+a0qn=0.a_np^n+a_{n-1}qp^{n-1}+\cdots+a_1q^{n-1}p+a_0q^n=0. Ecrivons anpn+an1qpn1++a1qn1p=a0qn.a_np^n+a_{n-1}qp^{n-1}+\cdots+a_1q^{n-1}p=-a_0q^n. On voit alors que p\displaystyle p divise le membre de gauche, et donc p\displaystyle p divise a0qn\displaystyle a_0q^n. Comme p\displaystyle p et q\displaystyle q sont premiers entre eux, on en déduit que pa0\displaystyle p|a_0 par le lemme de Gauss. En écrivant cette fois-ci anpn=an1qpn1++a1qn1p+a0qn,-a_np^n=a_{n-1}qp^{n-1}+\cdots+a_1q^{n-1}p+a_0q^n, il vient qanpn\displaystyle q|a_np^n, et on en déduit de la même façon que qan\displaystyle q|a_n.

Exercice 514 ⭐️ Divisibilité, Sup/L1

Soit nN\displaystyle n\in\mathbb{N}^\star. Montrer que (X1)3\displaystyle (X - 1)^3 divise nXn+2(n+2).Xn+1+(n+2)Xn\displaystyle nX^{n + 2} - (n + 2).X^{n + 1} + (n + 2)X - n.

(Xα)k\displaystyle (X-\alpha)^k divise p\displaystyle p 👉 multiplicité de la racine a\displaystyle a.

Soit P(X)=nXn+2(n+2).Xn+1+(n+2)Xn\displaystyle P(X)=nX^{n + 2} - (n + 2).X^{n + 1} + (n + 2)X - n.
Il s’agit de montrer que 1\displaystyle 1 est racine au moins triple de P\displaystyle P, ce qui équivaut à P(1)=P(1)=P(1)=0\displaystyle P(1)=P'(1)=P''(1)=0.
Or P(X)=n(n+2)Xn+1(n+2)(n+1)Xn+(n+2)P'(X)=n(n+2)X^{n+1}-(n+2)(n+1)X^n+(n+2) et P(X)=n(n+2)(n+1)Xn(n+2)(n+1)nXn1.P''(X)=n(n+2)(n+1)X^n-(n+2)(n+1)nX^{n-1}.
Donc
P(1)=n(n+2)+(n+2)n=0P(1)=n(n+2)(n+2)(n+1)+(n+2)=0P(1)=n(n+2)(n+1)(n+2)(n+1)n=0\begin{aligned} P(1)& =n-(n+2)+(n+2)-n = 0 \\ P'(1)& =n(n+2)-(n+2)(n+1)+(n+2) = 0\\ P''(1)& =n(n+2)(n+1)-(n+2)(n+1)n= 0\end{aligned}

Exercice 515 ⭐️⭐️ Somme partielle série exponentielle, Sup/L1

Pour nN\displaystyle n\in\N^* on pose Pn=k=0nXkk!\displaystyle P_n =\sum_{k=0}^n \frac{X^k}{k!}.
Montrer que le nombre de racines réelles de Pn\displaystyle P_n est 1\displaystyle 1 si n\displaystyle n est impair, et 0\displaystyle 0 si n\displaystyle n est pair.

Il y a un lien entre Pn\displaystyle P_n et Pn+1\displaystyle P_{n+1} 👉 Récurrence !

Notons H(n)\displaystyle \mathcal H(n) : “le nombre de racines réelles de Pn\displaystyle P_n est 1\displaystyle 1 si n\displaystyle n est impair, et 0\displaystyle 0 si n\displaystyle n est pair”.
\displaystyle \bullet Initialisation. Prenons n=1\displaystyle n=1.
P1=X+1\displaystyle P_1=X+1 possède une racine réelle qui est 1\displaystyle -1. Comme 1\displaystyle 1 est impair, H(1)\displaystyle \mathcal H(1) est donc vraie.
\displaystyle \bullet Hérédité. Soit nN\displaystyle n\in\N^*, supposons H(n)\displaystyle \mathcal H(n) vraie.
On peut remarquer que Pn+1=k=1n+1kXk1k!=k=1n+1Xk1(k1)!=Pn\displaystyle P'_{n+1}=\sum_{k=1}^{n+1} \frac{k X^{k-1}}{k!}=\sum_{k=1}^{n+1} \frac{ X^{k-1}}{(k-1)!}=P_n.
Si n\displaystyle n est pair, Pn\displaystyle P_n ne s’annule pas (par H.R.), donc il est de signe constant (par T.V.I.). Comme Pn(0)=1\displaystyle P_n(0)=1, Pn\displaystyle P_n est strictement positif sur R\displaystyle \R. Ainsi Pn+1\displaystyle P_{n+1} est strictement croissant. Or ses limites sont données par son terme de plus haut degré, et comme n+1\displaystyle n+1 est impair on a limxPn+1(x)=\displaystyle \lim_{x\to -\infty}P_{n+1}(x)=-\infty et limx+Pn+1(x)=+\displaystyle \lim_{x\to +\infty}P_{n+1}(x)=+\infty. D’après le T.V.I., Pn+1\displaystyle P_{n+1} possède donc une unique racine réelle.
Si n\displaystyle n est impair, Pn\displaystyle P_n possède une unique racine α\displaystyle \alpha (par H.R.), et d’après ses limites (voir ci-dessus), on a Pn(x)<0\displaystyle P_n(x)< 0 sur ];α[\displaystyle ]-\infty;\alpha[ et Pn(x)>0\displaystyle P_n(x)> 0 sur ]α;+[\displaystyle ]\alpha;+\infty[. Pn+1\displaystyle P_{n+1} possède donc un minimum atteint en α\displaystyle \alpha, or Pn+1(α)=Pn(α)+αn+1(n+1)!=αn+1(n+1)!>0\displaystyle P_{n+1}(\alpha)=P_n(\alpha)+\frac{\alpha^{n+1}}{(n+1)!}=\frac{\alpha^{n+1}}{(n+1)!}>0.
Cette dernière inégalité vient du fait que (n+1)\displaystyle (n+1) est pair, et que α0\displaystyle \alpha\neq 0 (car Pn(0)=10\displaystyle P_n(0)=1\ne 0).

Exercice 527 ⭐️⭐️⭐️ Trois piles d’affilée, Spé/L2

On lance indéfiniment une pièce. On note Bn\displaystyle B_n l’évènement “sur les n\displaystyle n premiers lancers la séquence PPP n’apparaît jamais”, et bn=P(Bn)\displaystyle b_n=\mathbb P(B_n).
Par convention, b0=b1=b2=1\displaystyle b_0=b_1=b_2=1.

  1. Montrer que n3\displaystyle \forall n\geq 3, bn=12bn1+14bn2+18bn3\displaystyle b_n=\frac{1}{2}b_{n-1}+\frac{1}{4}b_{n-2}+\frac{1}{8}b_{n-3}.
  2. Soit P=X312X214X18\displaystyle P=X^3-\frac 12 X^2-\frac 14 X-\frac 18.
    Montrer que λC\displaystyle \lambda\in\C est racine de P\displaystyle P si et seulement si 2λ\displaystyle 2\lambda est racine de Q=X3X2X1\displaystyle Q=X^3-X^2-X-1.
  3. Montrer que Q\displaystyle Q possède une unique racine réelle α\displaystyle \alpha, et que 74<α<2\displaystyle \frac 74<\alpha< 2.
    Montrer qu’il possède deux autres racines complexes de module strictement inférieur à α\displaystyle \alpha.
  4. En déduire qu’il existe C>0\displaystyle C>0 tel que bnC(α2)n,\displaystyle b_n\sim C\left(\frac{\alpha}{2}\right)^n,
  1. Notons Pk\displaystyle P_k : “face au k\displaystyle k-ème lancer”, et Fk\displaystyle F_k son complémenatire.
    Notons Bkn\displaystyle B_{k\to n} : “la séquence PPP n’apparaît pas entre les lancers k\displaystyle k et n\displaystyle n, inclus”. On a P(Bn)=P(BnF1)+P(BnP1F2)+P(BnP1P2F3)=P(B2nF1)+P(B3nP1F2)+P(B4nP1P2F3).\begin{aligned} \mathbb P(B_n) &=\mathbb P(B_n\cap F_1)+\mathbb P(B_n\cap P_1\cap F_2)+\mathbb P(B_n\cap P_1\cap P_2\cap F_3)\\ &=\mathbb P(B_{2\to n}\cap F_1)+\mathbb P(B_{3\to n}\cap P_1\cap F_2)+\mathbb P(B_{4\to n}\cap P_1\cap P_2\cap F_3).\end{aligned} Par indépendance (lemme des coalitions),
    P(Bn)=P(F1)P(B2n)+P(P1F2)P(B3n)+P(P1P2F3)P(B4n)bn=12bn1+14bn2+18bn3.\begin{aligned} \mathbb P(B_n)&=\mathbb P(F_1)\mathbb P(B_{2\to n})+\mathbb P(P_1\cap F_2)\mathbb P(B_{3\to n})+\mathbb P(P_1\cap P_2\cap F_3)\mathbb P(B_{4\to n})\\ b_n& =\frac{1}{2}b_{n-1}+\frac{1}{4}b_{n-2}+\frac{1}{8}b_{n-3}. \end{aligned}

  2. On a P(λ)=18[(2λ)3(2λ)2(2λ)1]\displaystyle P(\lambda)=\frac 18\left[(2\lambda)^3-(2\lambda)^2-(2\lambda)-1\right].
    D’où l’équivalence P(λ)=0Q(2λ)=0\displaystyle P(\lambda)=0\Leftrightarrow Q(2\lambda)=0, où Q=X3X2X1\displaystyle Q=X^3-X^2-X-1.

  3. On a Q(x)=3x22x1=(x1)(3x+1)\displaystyle Q'(x)=3x^2-2x-1=(x-1)(3x+1). Donc Q\displaystyle Q est :
    -strictement croissante sur ];1/3]\displaystyle ]-\infty;-1/3],
    -strictement décroissante sur [1/3;1]\displaystyle [-1/3;1],
    -strictement croissante sur [1;+[\displaystyle [1;+\infty[.
    Comme Q(1/3)=2227<0\displaystyle Q(-1/3)=\frac{-22}{27}<0, on en déduit (théorème de la bijection monotone) que Q\displaystyle Q possède une unique racine réelle α\displaystyle \alpha avec α>1\displaystyle \alpha>1.
    Comme Q(7/4)=29/64<0\displaystyle Q(7/4)=-29/64<0 et Q(2)=1>0\displaystyle Q(2)=1>0, d’après le T.V.I. on a : 74<α<2\displaystyle \frac 74<\alpha< 2.

  4. α\displaystyle \alpha n’est pas racine de Q\displaystyle Q' donc c’est une racine simple de Q\displaystyle Q.
    Comme Q\displaystyle Q est scindé dans C\displaystyle \C et à coefficients réels il possède deux autres racines conjuguées β\displaystyle \beta et β\displaystyle \overline\beta avec βCR\displaystyle \beta\in\C\setminus\R.
    Le coefficient dominant de Q\displaystyle Q étant égal à 1\displaystyle 1, on a Q(X)=(Xα)(Xβ)(Xβ)\displaystyle Q(X)=(X-\alpha)(X-\beta)(X-\overline\beta).
    L’identification du coefficient constant donne alors αβ2=1\displaystyle -\alpha|\beta|^2=-1, soit α=1β2\displaystyle \alpha=\frac{1}{|\beta|^2}.
    Ainsi β<1<α\displaystyle |\beta|<1<\alpha.
    (bn)\displaystyle (b_n) est une suite récurrente linéaire d’ordre 3\displaystyle 3, son polynôme caractéristique P\displaystyle P possède trois racines distinctes α2, β2\displaystyle \frac{\alpha}{2},~\frac{\beta}{2} et β2\displaystyle \frac{\overline\beta}{2}. Par conséquent il existe des constantes C1,C2C\displaystyle C_1,C_2\in\C telles que pour tout nN\displaystyle n\in\N :
    bn=C1(α2)n+C2(β2)n+C2(β2)n.b_n=C_1\left(\frac{\alpha}{2}\right)^n+C_2\left(\frac{\beta}{2}\right)^n+\overline{C_2}\left(\frac{\overline\beta}{2}\right)^n. Enfin comme β<α\displaystyle |\beta|<\alpha, et C1]0;+[\displaystyle C_1\in]0;+\infty[ (justifications plus loin), les deuxième et troisième terme sont négligeables par rapport au premier et donc
    bnC1(α2)n.b_n\sim C_1\left(\frac{\alpha}{2}\right)^n.
    Justifions que C10\displaystyle C_1\ne 0, en raisonnant par l’absurde : on suppose C1=0\displaystyle C_1=0.
    Alors comme bnR\displaystyle b_n\in\R les deux derniers termes sont conjugués et donc bn=2Re(C2(β2)n)\displaystyle b_n=2\mathrm{Re}\left(C_2\left(\frac{\beta}{2}\right)^n\right).
    En notant C2=reit\displaystyle C_2=r e^{it} et β=ρeiθ\displaystyle \beta=\rho e^{i\theta} (r,ρ>0\displaystyle r,\rho>0), ceci donne bn=2r(ρ2)ncos(t+nθ)\displaystyle b_n=2r\left(\frac{\rho}{2}\right)^n\cos(t+n\theta).
    Or θ0[π]\displaystyle \theta\ne 0[\pi] donc il existe n0N\displaystyle n_0\in\N tel que t+n0θ]π;3π/2[\displaystyle t+n_0\theta\in]\pi;3\pi/2[ modulo 2π\displaystyle 2\pi, et donc bn0<0\displaystyle b_{n_0}<0. Ceci est une contradiction car bn0\displaystyle b_{n_0} est une probabilité.

Exercice 548 ⭐️⭐️⭐️ P\displaystyle P' divise P\displaystyle P, Sup/L1

C’est un exercice classique.
On souhaite trouver tous les polynômes PK[X]\displaystyle P\in\K[X] tels que P\displaystyle P' divise P\displaystyle P (K=\displaystyle \K= R\displaystyle \R ou C\displaystyle \C).

  1. Soit P\displaystyle P un polynôme de degré d1\displaystyle d\ge 1 tel que P\displaystyle P' divise P\displaystyle P.
    Montrer que rK : P(X)=1d(Xr)P(X)\displaystyle \exists r\in\K~:~P(X)=\frac 1d(X-r) P'(X).
    Montrer ensuite que k[ ⁣[0,d] ⁣]\displaystyle \forall k\in[\![0,d]\!], P(k)(X)=1dk(Xr)P(k+1)(X)\displaystyle P^{(k)}(X)=\frac 1{d-k}(X-r)P^{(k+1)}(X).
  2. Conclure.
  1. Il suffit de voir ce qu’on peut dire du quotient de P\displaystyle P par P\displaystyle P'.
    Ensuite la propriété sur P(k)(X)\displaystyle P^{(k)}(X) semble bien se prêter à une récurrence.
  2. On peut exprimer P\displaystyle P en fonction de P\displaystyle P', donc en fonction de P\displaystyle P'', \displaystyle \dots et finalement en fonction de P(d)\displaystyle P^{(d)}. On obtient une condition nécessaire sur P\displaystyle P, il ne faut pas oublier d’étudier la réciproque.
  1. Comme deg(P)=d1\displaystyle \deg(P')=d-1, il existe un polynôme Q\displaystyle Q de degré 1\displaystyle 1 tel que P=QP\displaystyle P=QP'.
    Notons Q(X)=αX+β\displaystyle Q(X)=\alpha X+\beta. Soit ad\displaystyle a_d le coefficient dominant de P\displaystyle P (ad0\displaystyle a_d\ne 0).
    En identifiant les termes de degré d\displaystyle d on obtient ad=αdad\displaystyle a_d=\alpha da_{d}, donc α=1d\displaystyle \alpha=\frac 1d.
    On a donc bien Q(X)=1dX+β=1d(Xr)\displaystyle Q(X)=\frac 1d X+\beta =\frac 1d(X-r) en posant r=dβ\displaystyle r=-d\beta.
    Montrons maintenant par récurrence sur k\displaystyle k la propriété P(k)\displaystyle \mathcal P(k) : P(k)(X)=1d(Xr)P(k+1)(X)\displaystyle P^{(k)}(X)=\frac 1d(X-r)P^{(k+1)}(X), pour k[ ⁣[0,d] ⁣]\displaystyle k\in[\![0,d]\!].
    Pour k=0\displaystyle k=0, cette égalité vient d’être démontrée.
    Supposons P(k)\displaystyle \mathcal P(k) pour un entier k[ ⁣[0,d1] ⁣]\displaystyle k\in[\![0,d-1]\!] fixé.
    Alors en dérivant l’égalité P(k)(X)=1dk(Xr)P(k+1)(X)\displaystyle P^{(k)}(X)=\frac 1{d-k}(X-r)P^{(k+1)}(X) on obtient : P(k+1)(X)=1dkP(k+1)(X)+1dk(Xr)P(k+2)(X).P^{(k+1)}(X) = \frac 1{d-k} P^{(k+1)}(X) + \frac 1{d-k}(X-r)P^{(k+2)}(X).
    En isolant P(k+1)(X)\displaystyle P^{(k+1)}(X) il vient alors : dk1dkP(k+1)(X)=1dk(Xr)P(k+2)(X).\frac {d-k-1}{d-k} P^{(k+1)}(X) = \frac 1{d-k}(X-r)P^{(k+2)}(X). P(k+1)(X)=1d(k+1)(Xr)P(k+2)(X).P^{(k+1)}(X) = \frac {1}{d-(k+1)} (X-r)P^{(k+2)}(X).
  2. En itérant la relation ci-dessus on peut écrire :
    P(X)=1d(Xr)P(X)=1d(d1)(Xr)2P(X)=()=1d!(Xr)dP(d)(X)\begin{aligned} P(X) & = \frac 1d(X-r) P'(X)\\ &=\frac 1{d(d-1)}(X-r)^2 P''(X)\\ &=(\dots)\\ &=\frac 1{d!}(X-r)^d P^{(d)}(X)\\ \end{aligned} Comme P(d)\displaystyle P^{(d)} est un scalaire, on en déduit que P\displaystyle P est de la forme c(Xr)d\displaystyle c(X-r)^d avec cK\displaystyle c\in\K.
    Réciproquement on vérifie aisément que les polynômes c(Xr)d\displaystyle c(X-r)^d, avec cK\displaystyle c\in\K, dN\displaystyle d\in\N^*, rK\displaystyle r\in\K, sont divisibles par leur dérivée.
    Conclusion. En remarquant que parmi les polynômes constants, seul le polynôme nul est divisible par sa dérivée, les polynômes recherchés sont exactement les polynômes de la forme P=c(Xr)d, cK, rK, dN.P=c(X-r)^d,~c\in\K,~r\in\K,~d\in\N^*.
    Remarque. Dans le cas où K=R\displaystyle \K=\R, une autre façon de procéder à partir de l’égalité P(X)=1d(Xr)P(X)\displaystyle P(X)=\frac 1d(X-r) P'(X) était de résoudre cette équation différentielle sur ]r;+[\displaystyle ]r;+\infty[ : on obtient alors qu’il existe cR\displaystyle c\in\R tel que x>r, P(x)=cedln(xr)=c(xr)d\displaystyle \forall x>r,~P(x)=c e^{d\ln(x-r)}=c(x-r)^d. On en déduit l’égalité P=c(Xr)d\displaystyle P=c(X-r)^d (polynômes qui coïncident en une infinité de points).

Exercice 552 ⭐️⭐️⭐️ Coefficients d’un polynôme scindé, Mines PC 2021, Spé/L2

Soit (a0,,an)\displaystyle (a_0, \cdots, a_n) une suite finie, réelle. On dira qu’elle est

  • unimodulaire s’il existe 0jn\displaystyle 0 \leq j \leq n tel que a0a1ajaj+1an\displaystyle a_0 \leq a_1 \leq \cdots \leq a_j \geq a_{j+1} \geq \cdots \geq a_n ;
  • log-concave si pour tout 1jn1,\displaystyle 1 \leq j \leq n-1, on a aj2aj1aj+1\displaystyle a_j^2 \geq a_{j-1}a_{j+1} ;
  • ultra log-concave si (ak(nk))k=0,,n\displaystyle \left(\frac{a_k}{\binom{n}{k}}\right)_{k=0, \cdots, n} est log-concave.
  1. Montrer que la suite binomiale ((nk))k=0,,n\displaystyle \left(\binom{n}{k}\right)_{k=0, \cdots, n} est log-concave.
  2. Montrer que si (ak)k=0,,n\displaystyle (a_k)_{k = 0, \cdots, n} est ultra log-concave, alors elle est log-concave.
  3. Montrer que si (ak)k=0,,n\displaystyle (a_k)_{k = 0, \cdots, n} est strictement positive et log-concave, alors elle est unimodulaire.

Soit P(X)=a0+a1X++anXnR[X]\displaystyle P(X) = a_0 + a_1X + \cdots + a_nX^n \in \R[X] avec n2\displaystyle n\ge 2 et an0.\displaystyle a_n \neq 0. On suppose P\displaystyle P scindé dans R[X]\displaystyle \R[X]. Par convention, on considère dans cet exercice que le polynôme nul est scindé dans R[X]\displaystyle \R[X].

  1. Montrer que P\displaystyle P' est scindé dans R[X]\displaystyle \R[X].
  2. Montrer que Q(X)=XnP(1/X)\displaystyle Q(X) = X^nP(1/X) est scindé dans R[X]\displaystyle \R[X].
  3. Soit k[ ⁣[1,n1] ⁣]\displaystyle k\in[\![1,n-1]\!]. On pose Q1(X)=P(k1)(X),Q2(X)=Xnk+1Q1(X1),Q3(X)=Q2(nk1)(X).Q_1(X) = P^{(k-1)}(X),\quad Q_2(X) = X^{n-k+1}Q_1(X^{-1}),\quad Q_3(X) = Q_2^{(n-k-1)}(X). Montrer que Q3R2[X]\displaystyle Q_3\in\R_2[X] et que Q3\displaystyle Q_3 est scindé dans R[X]\displaystyle \R[X].
    En déduire que (ak)k=0,,n\displaystyle (a_k)_{k = 0, \cdots, n} est ultra log-concave.
  1. Vérification par le calcul.
  2. Ecrire l’hypothèse, puis prendre la direction de la conclusion souhaitée.
  3. On peut considérer s’il existe le premier rang tel que ak+1<ak\displaystyle a_{k+1}<a_k, et vérifier que la suite est décroissante à partir de ce rang.
  4. Aller à la pêche aux racines de P\displaystyle P'. P\displaystyle P' possède des racines entre les racines de P\displaystyle P, d’après Rolle.
  5. Vérifier que ses racines dans C\displaystyle \C sont en fait nécessairement réelles.
  6. Appliquer les questions précédentes, et regarder ce qui arrive au degré à chaque étape. Pour la conclusion, il paraît naturel d’écrire le discriminant de Q3\displaystyle Q_3.
  1. Soit k[ ⁣[1,n1] ⁣]\displaystyle k \in [\![1,n-1]\!]. On a
    (nk1)(nk+1)=n!(k1)!(nk+1)!n!(k+1)!(nk1)!=knk+1n!k!(nk)!nkk+1n!k!(nk)!=kk+1×nknk+1(nk)2(nk)2.\begin{aligned} \binom{n}{k-1}\binom{n}{k+1} & = \frac{n!}{(k-1)!(n-k+1)!} \frac{n!}{(k+1)!(n-k-1)!} \\ & = \frac{k}{n-k+1} \frac{n!}{k!(n-k)!} \frac{n-k}{k+1} \frac{n!}{k!(n-k)!} \\ & = \frac{k}{k+1}\times\frac{n-k}{n-k+1} \binom{n}{k}^2 \leq \binom{n}{k}^2. \end{aligned} La suite binomiale ((nk))k=0,,n\displaystyle \left(\binom{n}{k}\right)_{k=0, \cdots, n} est donc bien log-concave.
  2. Supposons (ak)k=0,,n\displaystyle (a_k)_{k = 0, \cdots, n} ultra log-concave. Alors pour tout k[ ⁣[1,n1] ⁣],\displaystyle k \in [\![1,n-1]\!],
    ak1(nk1)ak+1(nk+1)ak2(nk)2,\frac{a_{k-1}}{\binom{n}{k-1}}\frac{a_{k+1}}{\binom{n}{k+1}} \leq \frac{a_k^2}{\binom{n}{k}^2},
    donc, comme un coefficient binomial est positif, on a aussi
    ak1ak+1(nk1)(nk+1)(nk)21, d’apreˋs 1.ak2ak2.a_{k-1}a_{k+1} \leq \underbrace{\frac{\binom{n}{k-1}\binom{n}{k+1}}{\binom{n}{k}^2}}_{\leq 1 \text{, d'après 1.}} a_k^2 \leq a_k^2.
  3. Soit (ak)k=0,,n\displaystyle (a_k)_{k = 0, \cdots, n} une suite strictement positive et log-concave.
    Posons j=max{k[ ⁣[0,n] ⁣]:a0a1ak}.\displaystyle j = \max \{k\in [\![0,n]\!] : a_0 \leq a_1 \leq \cdots \leq a_k\}.
    (j\displaystyle j est bien défini : maximum d’un ensemble fini, et non vide car contenant 0\displaystyle 0).
  • Si j=n,\displaystyle j = n, alors a0a1,an,\displaystyle a_0 \leq a_1, \leq \cdots \leq a_n, donc (ak)k=0,,n\displaystyle (a_k)_{k = 0, \cdots, n} est unimodulaire.
  • Si j<n,\displaystyle j < n, alors, on peut montrer par récurrence que pour tout k[ ⁣[j,n1] ⁣]\displaystyle k\in[\![j,n-1]\!], ak+1ak\displaystyle a_{k+1}\le a_k.
    On a déjà aj+1<aj\displaystyle a_{j+1}< a_j par définition de j\displaystyle j.
    Ensuite si on suppose ak+1ak\displaystyle a_{k+1}\le a_k pour un rang k[ ⁣[j,n2] ⁣]\displaystyle k\in[\![j,n-2]\!] alors ak+2akak+12,doncak+2ak+1ak1ak+1ak+1.a_{k+2}a_{k} \leq a_{k+1}^2, \quad \text{donc} \quad a_{k+2} \leq \underbrace{\frac{a_{k+1}}{a_{k}}}_{\leq 1} a_{k+1} \leq a_{k+1}.
  1. Notons α1<<αr\displaystyle \alpha_1 < \cdots < \alpha_r les racines réelles de P\displaystyle P, de multiplicités respectives n1,,nr.\displaystyle n_1, \ldots, n_r.
  • Pour tout i[ ⁣[1,r] ⁣],\displaystyle i \in [\![1,r]\!], αi\displaystyle \alpha_i est racine de P\displaystyle P' de multiplicit’e ni1\displaystyle n_i-1;
  • Pour tout i[ ⁣[1,r1] ⁣],\displaystyle i \in [\![1,r-1]\!], P:xP(x)\displaystyle P : x \mapsto P(x) est continue sur [αi,αi+1],\displaystyle [\alpha_i,\alpha_{i+1}],
    dérivable sur ]αi,αi+1[\displaystyle ]\alpha_i, \alpha_{i+1}[ avec P(αi)=P(αi+1)=0\displaystyle P(\alpha_i) = P(\alpha_{i+1})=0,
    donc (Rolle), P\displaystyle P' possède une racine βi]αi,αi+1[\displaystyle \beta_i \in ]\alpha_i,\alpha_{i+1}[.
    La somme des multiplicités est donc au moins égale à
    (i=1r(ni1))+r1=deg(P)1=deg(P), \left(\sum_{i=1}^r (n_i-1) \right)+ r-1 = \deg(P)-1 = \deg(P'), et donc égale à deg(P),\displaystyle \deg(P'), ainsi P\displaystyle P' est scindé.
  1. On remarque que Q(X)=i=0naniXi()\displaystyle Q(X) =\sum_{i=0}^n a_{n-i}X^i\quad (*).
    On a Q(0)=an0,\displaystyle Q(0) = a_n \neq 0, : 0 n’est pas racine de Q.\displaystyle Q.
    Soit zC\displaystyle z \in \C^* tel que Q(z)=0\displaystyle Q(z) = 0. Alors znP(1/z)=0\displaystyle z^n P(1/z) = 0, donc P(1/z)=0\displaystyle P(1/z)=0.
    Ceci entraîne que 1zR\displaystyle \frac 1z\in\R car P\displaystyle P est scindé dans R[X]\displaystyle \R[X], et donc que zR\displaystyle z\in\R.
    Conclusion. Q\displaystyle Q est scindé dans C[X]\displaystyle \C[X] et ses racines sont toutes réelles : il est donc scindé dans R[X]\displaystyle \R[X].
  • En itérant le résultat de 4., on peut affirmer que Q1=P(k1)\displaystyle Q_1 = P^{(k-1)} est scindé. De plus deg(Q1)=n(k1)=nk+1\displaystyle \deg(Q_1)= n-(k-1) = n-k+1 car k1n.\displaystyle k-1 \leq n.
  • D’après la question 5., Q2=Xnk+1Q1(1/X)\displaystyle Q_2 = X^{n-k+1}Q_1(1/X) est scindé.
    De plus ()\displaystyle (*) montre que deg(Q2)nk+1.\displaystyle \deg(Q_2)\le n-k+1.
  • Enfin, Q3=Q2(nk1)\displaystyle Q_3 = Q_2^{(n-k-1)} vérifie : deg(Q3)deg(Q2)(nk1)2.\displaystyle \deg(Q_3) \leq \deg(Q_2) - (n-k-1) \le 2.
    Toujours d’après 4. Q3\displaystyle Q_3 est scindé car Q2\displaystyle Q_2 l’est.
    Les calculs donnent (avec des changements d’indice) :
    Q1=j=0nk+1(j+k1)!j!aj+k1Xj,Q_1 = \sum_{j=0}^{n-k+1} \frac{(j+k-1)!}{j!}a_{j+k-1}X^j, Q2=i=0nk+1(ni)!(nk+1i)!aniXi,Q_2 = \sum_{i=0}^{n-k+1} \frac{(n-i)!}{(n-k+1-i)!} a_{n-i}X^i ,
    et, enfin,
    Q3=Q2(nk1)=i=nk1nk+1(ni)!(nk+1i)!i!(i(nk1))!aniXi(nk1)=j=02(k+1j)!(2j)!(j+nk1)!j!ak+1jXj=(k+1)!(n(k+1))!2ak+1+k!(nk)!1akX+(k1)!(n(k1))!2ak1X2=n!(12(nk+1)ak+1+1(nk)akX+12(nk1)ak1X2).\begin{aligned} Q_3 = Q_2^{(n-k-1)} &= \sum_{i=n-k-1}^{n-k+1} \frac{(n-i)!}{(n-k+1-i)!} \frac{i!}{(i-(n-k-1))!} a_{n-i} X^{i-(n-k-1)} \\ & = \sum_{j=0}^2 \frac{(k+1-j)!}{(2-j)!} \frac{(j+n-k-1)!}{j!} a_{k+1-j} X^j \\ & = \frac{(k+1)!(n-(k+1))!}{2} a_{k+1} + \frac{k!(n-k)!}{1} a_k X + \frac{(k-1)!(n-(k-1))!}{2} a_{k-1} X^2\\ & = n! \left(\frac{1}{2\binom{n}{k+1}} a_{k+1} + \frac{1}{\binom{n}{k}} a_k X + \frac{1}{2\binom{n}{k-1}} a_{k-1} X^2\right). \end{aligned}
    Q3\displaystyle Q_3 est de degré 2\displaystyle \le 2 et scindé dans R[X]\displaystyle \R[X], donc son discriminant est positif (cette conclusion est valable y compris dans les cas où deg(Q3)<2\displaystyle \deg(Q_3)<2) :
    (ak(nk))24(ak12(nk1))(ak+12(nk+1))0.\left(\frac{a_k}{\binom{n}{k}}\right)^2 - 4 \left(\frac{a_{k-1}}{2\binom{n}{k-1}}\right)\left(\frac{a_{k+1}}{2\binom{n}{k+1}}\right)\geq 0. (ak(nk))2(ak1(nk1))(ak+1(nk+1)).\left(\frac{a_k}{\binom{n}{k}}\right)^2 \geq \left(\frac{a_{k-1}}{\binom{n}{k-1}}\right)\left(\frac{a_{k+1}}{\binom{n}{k+1}}\right).
    La suite (ak)k=0,,n\displaystyle (a_k)_{k = 0, \cdots, n} est ultra log-concave.

Exercice 553 ⭐️⭐️⭐️ π\displaystyle \pi est irrationnel

Dans cet exercice on montre par l’absurde que πQ\displaystyle \pi\notin\Q. On suppose donc l’existence de a,bN\displaystyle a,b\in\N^* tels que π=ab\displaystyle \pi =\frac ab. On définit pour nN\displaystyle n\in\N^* : Pn(X)=1n!Xn(abX)n.P_n(X)=\frac{1}{n!}X^n(a-bX)^n.

  1. Montrer que : nN, pN\displaystyle \forall n\in\N^*,~\forall p\in\N, Pn(p)(0)Z\displaystyle P_n^{(p)}(0)\in\Z.
  2. Comparer Pn(X)\displaystyle P_n(X) et Pn(πX)\displaystyle P_n(\pi-X).
    En déduire que : nN, pN\displaystyle \forall n\in\N^*,~\forall p\in\N, Pn(p)(π)Z\displaystyle P_n^{(p)}(\pi)\in\Z.
  3. On définit pour nN\displaystyle n\in\N^* : In=0πPn(t)sin(t)dt\displaystyle I_n=\int_0^\pi P_n(t)\sin(t)\mathrm{d}t.
    Montrer que nN, InN\displaystyle \forall n\in\N^*,~I_n\in\N^* et que limIn=0\displaystyle \lim I_n=0.
  4. Conclure.
  1. Ne pas chercher à exprimer Pn(p)(X)\displaystyle P_n^{(p)}(X). Pour un polynôme P\displaystyle P, P(p)(0)\displaystyle P^{(p)}(0) est donné par la formule de Taylor. Il faut donc développer Pn\displaystyle P_n.
  2. Rien à signaler.
  3. La seule vraie difficulté est de montrer que In\displaystyle I_n est entier. La question 2. incite à faire des IPP.
  4. Relever une contradiction.
  1. Développons Pn(X)\displaystyle P_n(X). En appliquant la formule du binôme à (abX)n\displaystyle (a-bX)^n, on obtient Pn(X)=Xnn!i=0n(ni)(b)ianiXi=i=0n(b)ianii!(ni)!Xn+i.P_n(X)=\frac{X^n}{n!}\sum_{i=0}^{n}\binom ni(-b)^ia^{n-i}X^i = \sum_{i=0}^{n}\frac{(-b)^ia^{n-i}}{i!(n-i)!}X^{n+i}.
    On se souvient (formule de Taylor) que Pn(p)(0)=p!ap\displaystyle P_n^{(p)}(0)=p! a_p, où ap\displaystyle a_p est le coefficient devant Xp\displaystyle X^p dans Pn\displaystyle P_n.
    Ainsi :
  • si p[ ⁣[n,2n] ⁣]\displaystyle p\notin[\![n,2n]\!] alors Pn(p)(0)=0Z\displaystyle P_n^{(p)}(0)=0\in\Z;
  • si p[ ⁣[n,2n] ⁣]\displaystyle p\in[\![n,2n]\!] alors (en prenant i=pn\displaystyle i=p-n) : Pn(p)(0)=p!×(b)pna2np(pn)!(2np)!=p!n!×(npn)×(b)pna2npZ,P_n^{(p)}(0)=p!\times\frac{(-b)^{p-n}a^{2n-p}}{(p-n)!(2n-p)!}=\frac{p!}{n!}\times\binom{n}{p-n}\times (-b)^{p-n}a^{2n-p}\in\Z,
    comme produit de nombres entiers (du fait que pn\displaystyle p\ge n, et que pn,2npN\displaystyle p-n,2n-p\in\N).
  1. On a, avec π=ab\displaystyle \pi=\frac ab :
    Pn(πX)=1n!(abX)n(ab(abX))n=1n!(abX)n(bX)n=1n!(abX)nXn=Pn(X).\begin{aligned} P_n(\pi-X) & = \frac{1}{n!}\left(\frac ab-X\right)^n\left(a-b\left(\frac ab-X\right)\right)^n\\ & =\frac{1}{n!}\left(\frac ab-X\right)^n(bX)^n\\ & =\frac{1}{n!}\left(a-bX\right)^n X^n = P_n(X). \end{aligned}
    Par conséquent pour pN\displaystyle p\in\N, Pn(p)(X)=(1)pPn(p)(πX)\displaystyle P_n^{(p)}(X) = (-1)^pP_n^{(p)}(\pi-X).
    En évaluant en 0\displaystyle 0 on obtient Pn(p)(π)=(1)pPn(p)(0)Z\displaystyle P_n^{(p)}(\pi) = (-1)^pP_n^{(p)}(0)\in\Z.
  2. Commençons par les choses les plus évidentes.
  • Pour nN\displaystyle n\in\N^* la fonction tPn(t)sin(t)\displaystyle t\mapsto P_n(t)\sin(t) est continue, positive, et non identiquement nulle sur [0;π]\displaystyle [0;\pi] donc In>0\displaystyle I_n>0.
  • Majorons In\displaystyle I_n : on a 0Pn(t)=1n!tnbn(πt)n\displaystyle 0\le P_n(t)=\frac 1{n!}t^nb^n(\pi-t)^n, et 0sin(t)1\displaystyle 0\le\sin(t)\le 1.
    Ainsi par croissance de l’intégrale : 0Inbnn!0πtn(πt)ndt.0\le I_n\le \frac{b^n}{n!}\int_0^\pi t^n(\pi-t)^n\mathrm{d}t. Or pour t[0;π]\displaystyle t\in[0;\pi] on a πt[0;π]\displaystyle \pi-t\in[0;\pi] et donc tn(πt)nπ2n\displaystyle t^n(\pi-t)^n\le \pi^{2n}. Ainsi 0Inbnπ2n+1n!.\displaystyle 0\le I_n\le\frac{b^n\pi^{2n+1}}{n!}.
    Ainsi par croissance comparée on a limIn=0\displaystyle \lim I_n=0.
  • Il reste à montrer que InZ\displaystyle I_n\in\Z. Deux IPP successives (non détaillées ici) donnent In=Pn(π)Pn(0)0πPn(t)sin(t)dtI_n = P_n(\pi)-P_n(0) - \int_0^\pi P''_n(t)\sin(t)\mathrm{d}t
    En itérant ceci n+1\displaystyle n+1 fois, en remarquant que deg(Pn)=2n\displaystyle \deg(P_n)=2n et donc que Pn(2n+2)=0\displaystyle P_n^{(2n+2)}=0 nous obtenons In=k=0n(1)k(Pn(2k)(π)Pn(2k)(0)),I_n=\sum_{k=0}^{n}(-1)^k\left(P_n^{(2k)}(\pi)-P_n^{(2k)}(0)\right), donc InZ\displaystyle I_n\in\Z, comme somme d’entiers, d’après la question 2.
  1. InN\displaystyle I_n\in\N^* entraîne que In1\displaystyle I_n\ge 1, ce qui est incompatible avec limIn=0\displaystyle \lim I_n=0. C’est donc une contradiction, et donc πQ\displaystyle \pi\notin\Q.

Exercice 566 ⭐️⭐️⭐️⭐️ Echantillonage de polynôme sur le cercle, Sup/Spé/L2/L3

Soit P\displaystyle P un polynôme à coefficients complexes, de degré au plus n1\displaystyle n \geq 1, et (λs)sZ\displaystyle (\lambda_s)_{s \in \mathbb{Z}} la famille de réels donnée par λs=0\displaystyle \lambda_s = 0 pour sn\displaystyle s \leq -n, λs=(s+n)/n\displaystyle \lambda_s = (s+n)/n pour ns0\displaystyle -n \leq s \leq 0, λs=1\displaystyle \lambda_s = 1 pour 0sn\displaystyle 0 \leq s \leq n, λs=(2ns)/n\displaystyle \lambda_s = (2n-s)/n pour ns2n\displaystyle n \leq s \leq 2n, λs=0\displaystyle \lambda_s = 0 pour s2n\displaystyle s \geq 2n (le graphe de λs\displaystyle \lambda_s entre n\displaystyle -n et 2n\displaystyle 2n suit la forme d’un trapèze).

  1. Montrer que pour tout k{0,1,,n}\displaystyle k \in \{0,1,\dots, n\} et tout zC\displaystyle z \in \mathbb{C}, on a : zk=12nωU2nωksZλs(ωˉz)s,z^k = \frac{1}{2n} \sum_{\omega \in \mathbb{U}_{2n}}\omega^k \sum_{s \in \mathbb{Z}} \lambda_s (\bar{\omega} z)^s, U2n\displaystyle \mathbb{U}_{2n} étant l’ensemble des racines de l’unité d’ordre 2n\displaystyle 2n.
  2. On pose R(z):=12nsZλszs\displaystyle R(z) := \frac{1}{2n} \sum_{s \in \mathbb{Z}} \lambda_s z^s. Montrer que pour tout zC\displaystyle z \in \mathbb{C}, P(z)=ωU2nP(ω)R(ωˉz).P(z) = \sum_{\omega \in \mathbb{U}_{2n}} P(\omega) R(\bar{\omega} z).
  3. On note U:={zC,z=1}\displaystyle \mathbb{U} := \{z \in \mathbb{C}, |z| = 1\} le cercle unité. Montrer que pour tout uU\displaystyle u \in \mathbb{U}, R(u)min(1,2n21u2)\displaystyle |R(u)| \leq \min(1, 2 n^{-2} |1-u|^{-2}).
  4. Pour zU\displaystyle z \in \mathbb{U}, on note d0d1d2n1\displaystyle d_0 \leq d_1 \leq \dots \leq d_{2n-1} les distances 1ωˉz\displaystyle |1 - \bar{\omega} z| pour ωU2n\displaystyle \omega \in \mathbb{U}_{2n}, rangées par ordre croissant. Montrer que dj2sin(πj/4n)\displaystyle d_j \geq 2 \sin( \pi j / 4n).
  5. Montrer que pour tout zU\displaystyle z \in \mathbb{U}, ωU2nR(ωˉz)1+12n2j=12n11sin2(πj/4n).\sum_{\omega \in \mathbb{U}_{2n}} |R(\bar{\omega} z)| \leq 1 + \frac{1}{2 n^2} \sum_{j=1}^{2n-1} \frac{1}{ \sin^2( \pi j / 4n)}.
  6. Montrer que l’on a le résultat suivant: il existe une constante universelle C>0\displaystyle C > 0 telle que le maximum, sur le cercle unité, du module de tout polynôme de degré au plus n\displaystyle n est au plus C\displaystyle C fois le maximum du module sur 2n\displaystyle 2n points uniformément répartis sur ce cercle. Montrer qu’il est possible de prendre C=5\displaystyle C = 5.
  7. On admet d’identité j=1N11sin2(πj/N)=N213\sum_{j=1}^{N-1} \frac{1}{\sin^2(\pi j/N)} = \frac{N^2-1}{3}
    valable pour tout entier N2\displaystyle N \geq 2: une preuve est demandée pour l’exercice 567. Montrer qu’on peut prendre C=7/3\displaystyle C =7/3.
  8. Montrer qu’il n’est pas possible de prendre C<2\displaystyle C < \sqrt{2}.

Le résultat de cet exercice (avec C=14\displaystyle C = 14) intervient de manière importante dans l’article suivant, qui étudie l’ordre de grandeur des valeurs extrêmes de polynômes caractéristiques de matrices aléatoires: https://arxiv.org/abs/1607.00243 (voir Lemme 4.3). La valeur optimale de C\displaystyle C n’est pas connue par l’auteur de l’exercice, qui en testant quelques dizaines de milliers de polynômes aléatoirement choisis n’a pas pu exclure que C=2\displaystyle C = \sqrt{2} soit possible. On a un résultat analogue (avec une constante ne dépendant que de ε\displaystyle \epsilon), en changeant U2n\displaystyle \mathbb{U}_{2n} par Umax(n+1,n(1+ε))\displaystyle \mathbb{U}_{\max(n+1, \lfloor n(1+ \epsilon) \rfloor) }, ε\displaystyle \epsilon étant n’importe quel réel strictement positif choisi à l’avance. Il est clair qu’on ne peut pas changer U2n\displaystyle \mathbb{U}_{2n} en Un\displaystyle \mathbb{U}_{n}, comme le montre l’exemple du polynôme zzn1\displaystyle z \mapsto z^n -1. Pour Un+1\displaystyle \mathbb{U}_{n+1}, on obtient un résultat analogue, mais C\displaystyle C doit être remplacé par une fonction croissant logarithmiquement en n\displaystyle n.

  1. Comme λs=0\displaystyle \lambda_s = 0 dès que sn\displaystyle s \leq -n ou s2n\displaystyle s \geq 2n, le membre de droite de l’égalité est 12ns=n+12n1λszsωU2nωkωˉs=s=n+12n1λszs1skmod.2n.\frac{1}{2n} \sum_{s = -n+1}^{2n-1} \lambda_s z^s \sum_{\omega \in \mathbb{U}_{2n}} \omega^{k} \bar{\omega}^s = \sum_{s = -n+1}^{2n-1} \lambda_s z^s \mathbf{1}_{s \equiv k \operatorname{mod.} 2n}.
    Il n’est pas possible d’avoir sk2n\displaystyle |s-k| \geq 2n avec k{0,,n}\displaystyle k \in \{0,\dots,n\} et s{n+1,,2n1}\displaystyle s \in \{-n+1, \dots, 2n-1\}, donc la congruence n’est satisfaite que pour s=k\displaystyle s = k. Comme λk=1\displaystyle \lambda_k = 1 pour k{0,,n1}\displaystyle k \in \{0, \dots, n-1\}, on obtient le résultat souhaité.
  2. Le résultat est une conséquence directe de 1., par linéarité.
  3. On a
    2nR(u)sZλs=s=n+10s+nn+s=1n1+s=n+12n12nsn,=n+m=1nmn+m=1n1mn=n+n+12+n12=2n \begin{aligned} 2n |R(u)| & \leq \sum_{s \in \mathbb{Z}} \lambda_s = \sum_{s = -n+1}^0 \frac{s+n}{n} + \sum_{s = 1}^n 1 + \sum_{s = n+1}^{2n-1} \frac{2n-s}{n}, \\ & = n + \sum_{m = 1}^n \frac{m}{n} + \sum_{m=1}^{n-1} \frac{m}{n} = n + \frac{n+1}{2} + \frac{n-1}{2} = 2n \end{aligned}
    et donc R(z)1\displaystyle |R(z)| \leq 1. D’autre part, λs\displaystyle \lambda_s est la moyenne, pour m\displaystyle m entier entre 0\displaystyle 0 et n1\displaystyle n-1, des indicatrices des intervalles d’entiers {m,m+1,n+m}\displaystyle \{-m, -m+1 \dots, n+m\}. On en déduit, en multipliant par n\displaystyle n, que si uU\{1}\displaystyle u \in \mathbb{U} \backslash \{1\}:
    2n2R(u)=m=0n1s=mm+nus=m=0n1um+n+1umu1,2n^2 R(u) = \sum_{m=0}^{n-1} \sum_{s = -m}^{m+n} u^s = \sum_{m=0}^{n-1} \frac{u^{m+n+1} - u^{-m}}{u-1},
    2n2R(u)(u1)=r=n+12nurr=n+10ur=u2n+1un+1u1uun+1u1,2 n ^2 R(u) (u-1) = \sum_{r= n+1}^{2n} u^r - \sum_{r = -n+1}^0 u^r = \frac{u^{2n+1} - u^{n+1}}{u-1} - \frac{u - u^{-n+1}}{u-1},
    2n2R(u)(u1)2=(uun+1)(u2n1).2n^2 R(u) (u-1)^2 = (u- u^{-n+1})(u^{2n}-1).
    Comme u12=(u1)(u11)=u1(u1)2\displaystyle |u-1|^2 =(u-1)(u^{-1}-1) = -u^{-1} (u-1)^2, on en déduit, pour tout uU\{1}\displaystyle u \in \mathbb{U} \backslash \{1\}:
    R(u)=(un1)(u2n1)2n2u12.R(u) =\frac{ (u^{-n} - 1) (u^{2n}-1)}{2n^2 |u-1|^2}.
    Le numérateur a un module au plus égal à 4\displaystyle 4, ce qui prouve le résultat demandé.
  4. Pour j{0,1,2,,2n1}\displaystyle j \in \{0,1,2, \dots, 2n-1\}, l’arc de cercle semi-ouvert correspondant aux arguments dans (πj/2n,πj/2n]\displaystyle (-\pi j/2n,\pi j/2n] a pour longueur πj/n\displaystyle \pi j /n: il contient donc exatement j\displaystyle j points de la forme zωˉ\displaystyle z \bar{\omega} pour ωU2n\displaystyle \omega \in \mathbb{U}_{2n}. Parmi les points de cette forme, le (j+1)\displaystyle (j+1)-ème plus proche de 1\displaystyle 1 n’est donc pas sur cet arc, son argument pris dans (π,π]\displaystyle (-\pi, \pi] est de valeur absolue au moins πj/2n\displaystyle \pi j /2n, et sa distance à 1\displaystyle 1 est au moins 2sin(πj/4n)\displaystyle 2 \sin(\pi j / 4n).
  5. On a les inégalités:
    ωU2nR(ωˉz)j=02n1min(1,2n2dj2)1+2n2j=12n1dj21+2n2j=12n11(2sin(πj/4n))2. \begin{aligned} & \sum_{\omega \in \mathbb{U}_{2n}} |R(\bar{\omega} z)| \leq \sum_{j=0}^{2n-1} \min(1, 2n^{-2} d_j^{-2}) \\ & \leq 1 + \frac{2}{n^2} \sum_{j=1}^{2n-1} d_j^{-2} \leq 1 + \frac{2}{n^2} \sum_{j=1}^{2n-1} \frac{1}{(2 \sin(\pi j / 4n))^2}. \end{aligned}
  6. En combinant 2. et 5., on trouve le résultat demandé, avec
    C=1+12n2j=12n11sin2(πj/4n)1+12n2j=12n11((2/π)πj/4n)2, C = 1 + \frac{1}{2n^2} \sum_{j=1}^{2n-1} \frac{1}{ \sin^2( \pi j/4n)} \leq 1 + \frac{1}{2n^2} \sum_{j=1}^{2n-1} \frac{1}{ ( (2 / \pi)\pi j/4n)^2},
    C1+2j=11j2=1+π235.C \leq 1 + 2 \sum_{j=1}^{\infty} \frac{1}{j^2} = 1 + \frac{\pi^2}{3}\leq 5.
  7. On applique l’égalité pour N=4n\displaystyle N = 4n, et on obtient
    16n213=j=14n11sin2(πj/4n)=1+2j=12n11sin2(πj/4n),\frac{16n^2 - 1}{3} = \sum_{j=1}^{4n-1}\frac{1}{\sin^2(\pi j / 4n)} = 1 +2 \sum_{j=1}^{2n-1}\frac{1}{\sin^2(\pi j / 4n)},
    j=12n11sin2(πj/4n)=8n2238n23.\sum_{j=1}^{2n-1}\frac{1}{\sin^2(\pi j / 4n)} = \frac{8n^2 - 2}{3} \leq \frac{8 n^2}{3}.
    Ceci permet de prendre C=7/3\displaystyle C = 7/3.
  8. Le polynôme zzn+i\displaystyle z \mapsto z^n +i donne un contre-exemple pour tout C<2\displaystyle C < \sqrt{2}.

Exercice 584 ⭐️⭐️⭐️⭐️ Racines sur le cercle unité, L3

Pour λC\{0}\displaystyle \lambda \in \mathbb{C} \backslash \{0\} et n2\displaystyle n \geq 2, on note Mn(λ)\displaystyle M_n(\lambda) la matrice n×n\displaystyle n \times n telle que (Mn(λ))jk=λjk\displaystyle (M_n(\lambda))_{jk} = \lambda^{j-k} pour tous 1j,kn\displaystyle 1 \leq j, k \leq n.

  1. On suppose que λ\displaystyle \lambda est un complexe de module 1\displaystyle 1. Montrer que Mn(λ)\displaystyle M_n(\lambda) est une matrice hermitienne positive et donner son rang.
  2. On suppose que λ\displaystyle \lambda est un complexe de module différent de 0\displaystyle 0 et 1\displaystyle 1. Montrer que Mn(λ)+Mn(λ1)\displaystyle M_n(\lambda) + M_n(\overline{\lambda^{-1}} ) est hermitienne et donner son rang. Combien cette matrice a-t-elle de valeurs propres strictement positives et de valeurs propres strictement négatives ?
  3. On considère un ensemble fini E\displaystyle E de complexes non nuls, et des coefficents (αλ)λE\displaystyle (\alpha_{\lambda})_{\lambda \in E} réels strictement positifs, tels que pour tout λE\displaystyle \lambda \in E, on a λ1E\displaystyle \overline{\lambda^{-1} } \in E et αλ1=αλ\displaystyle \alpha_{\overline{\lambda^{-1} }} = \alpha_{\lambda}. On note p\displaystyle p le cardinal de E\displaystyle E, et q\displaystyle q le cardinal commun de E{zC,z<1}\displaystyle E \cap \{z \in \mathbb{C}, |z| < 1\} et de
    E{zC,z>1}\displaystyle E \cap \{z \in \mathbb{C}, |z| > 1\}. Pour un entier n2\displaystyle n \geq 2 donné, on pose P=λEαλMn(λ)\displaystyle P = \sum_{\lambda \in E} \alpha_{\lambda} M_n(\lambda). Montrer que P\displaystyle P est une matrice hermitienne, et qu’il existe des sous-espaces vectoriels V\displaystyle V et W\displaystyle W de Cn\displaystyle \mathbb{C}^n de dimensions respectives au plus q\displaystyle q et au plus pq\displaystyle p-q, tels que pour tout vCn\displaystyle v \in \mathbb{C}^n orthogonal à V\displaystyle V, on a 1j,knPjkvjvk0\displaystyle \sum_{1 \leq j,k \leq n} P_{jk} v_j \overline{v_k} \geq 0, et pour tout wCn\displaystyle w \in \mathbb{C}^n orthogonal à W\displaystyle W, on a 1j,knPjkwjwk0\displaystyle \sum_{1 \leq j,k \leq n} P_{jk} w_j \overline{w_k} \leq 0.
  4. Montrer que P\displaystyle P a au plus q\displaystyle q valeurs propres strictement négatives, et au plus pq\displaystyle p-q valeurs propres strictement positives, en comptant les multiplicités.
  5. On suppose que np\displaystyle n \geq p. Déterminer le rang de P\displaystyle P.
  6. En déduire que si np\displaystyle n \geq p, alors P\displaystyle P a exactement q\displaystyle q valeurs propres strictement négatives et pq\displaystyle p-q valeurs propres strictement positives, en comptant les multiplicités.
  7. On considère un polynôme R=m=0ncmXm\displaystyle R= \sum_{m=0}^n c_m X^m de degré n\displaystyle n, à coefficients complexes, tels que c0=cn=1\displaystyle c_0 = |c_n| = 1, et pour tout m{0,1,,n}\displaystyle m \in \{0,1,\dots,n\}, cm=cncnm\displaystyle c_m = c_n \overline{c_{n-m}}. On définit la série formelle
    L:=logR:=r=1(1)rr(m=1ncmXm)r=:m=1ammXm.L := - \log R := \sum_{r = 1}^{\infty} \frac{(-1)^r}{r} \left(\sum_{m=1}^n c_m X^m \right)^r =: \sum_{m=1}^{\infty} \frac{a_m}{m} X^m.
    Pour m<0\displaystyle m < 0, on pose am=am\displaystyle a_m = \overline{a_{-m}} et a0=n\displaystyle a_0 = n, puis on considère la matrice AMn(C)\displaystyle A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) telle que Ajk=ajk\displaystyle A_{jk}= a_{j-k} pour 1j,kn\displaystyle 1 \leq j, k \leq n. Montrer que si λ\displaystyle \lambda est une racine du polynôme R\displaystyle R, alors λ0\displaystyle \lambda \neq 0 et λ1\displaystyle \overline{\lambda^{-1}} est aussi une racine de R\displaystyle R. Montrer que A\displaystyle A est hermitienne, le nombre de valeurs propres négatives de A\displaystyle A, comptées avec multiplicités, étant égal au nombre de racines distinctes de R\displaystyle R de module strictement inférieur à 1\displaystyle 1, et aussi au nombre de racines distinctes de module strictement supérieur à 1\displaystyle 1. Montrer que le nombre de racines distinctes de R\displaystyle R de module 1\displaystyle 1 est égal à la différence entre le nombre de valeurs propres strictement positives et le nombre de valeurs propres strictement négatives de A\displaystyle A (comptées avec multiplicité).
  8. Montrer que A\displaystyle A est une matrice positive si et seulement si toutes les racines de R\displaystyle R sont de module 1\displaystyle 1.
  9. Pour cC\displaystyle c \in \mathbb{C}, on considère le polynôme 1+cX+cX2+X3\displaystyle 1 + c X + \overline{c} X^2 + X^3. Dans quels cas ce polynôme a toutes ses racines de module 1\displaystyle 1 ? Dans quels cas a-t-il des racines multiples ?
  1. Le fait qu’on ait une matrice hermitienne découle du fait que λkj=λjk\displaystyle \lambda^{k-j} = \overline{\lambda^{j-k}} si λ=1\displaystyle |\lambda| = 1. Cette matrice est le produit vv\displaystyle v v^*v\displaystyle v est le vecteur colonne de composantes (λj)1jn\displaystyle (\lambda^j)_{1 \leq j \leq n}, donc son rang est au plus 1. Comme la trace de Mn(λ)\displaystyle M_n(\lambda) est n\displaystyle n, le rang de cette matrice hermitienne est exactement 1 et sa valeur propre non nulle est n\displaystyle n, ce qui implique que Mn(λ)\displaystyle M_n(\lambda) est une matrice positive.
  2. Posons N=Mn(λ)+Mn(λ1)\displaystyle N = M_n(\lambda) + M_n(\overline{\lambda^{-1}} ). On a Njk=λjk+λkj\displaystyle N_{jk} = \lambda^{j-k} + \overline{\lambda^{k-j}}, et donc Nkj=Njk\displaystyle N_{kj} = \overline{N_{jk}}, ce qui prouve que N\displaystyle N est hermitienne. Comme Mn(λ)\displaystyle M_n(\lambda) et Mn(λ1)\displaystyle M_n(\overline{\lambda^{-1}}) sont de rang au plus 1\displaystyle 1 (voir plus haut), N\displaystyle N est de rang au plus 2\displaystyle 2. Comme N\displaystyle N est hermitienne, N\displaystyle N est semblable à une matrice diagonale de la forme Diag(μ,ν,0,0,,0)\displaystyle \operatorname{Diag}(\mu, \nu, 0, 0, \dots, 0) avec μ,νR\displaystyle \mu, \nu \in \mathbb{R}. La somme μ+ν\displaystyle \mu + \nu est la trace de N\displaystyle N, qui vaut 2n\displaystyle 2n. Le produit μν\displaystyle \mu \nu est, aux conventions de signe près, le coefficient de degré n2\displaystyle n-2 du polynôme caractéristique de N\displaystyle N, ce qui donne μν=1j<kn(NjjNkkNjkNkj)\mu \nu = \sum_{1 \leq j < k \leq n} (N_{jj} N_{kk} - N_{jk} N_{kj} ) soit μν=1j<kn(4Njk2).\mu \nu = \sum_{1 \leq j < k \leq n} (4- |N_{jk}|^2 ).
    On a λjk=rjkeiθjk\displaystyle \lambda^{j-k} = r_{jk} e^{i \theta_{jk}} avec rjk]0,[\{1}\displaystyle r_{jk} \in \, ]0,\infty[ \, \backslash \, \{1\} et θjkR\displaystyle \theta_{jk} \in \mathbb{R}, et λkj=rjk1eiθjk\displaystyle \overline{\lambda^{k-j}} = r_{jk}^{-1} e^{i \theta_{jk}}, ce qui donne Njk=rjk+rjk1>2\displaystyle |N_{jk}| = r_{jk} + r_{jk}^{-1} > 2. On en déduit que μν<0\displaystyle \mu \nu < 0, et donc N\displaystyle N est de rang 2\displaystyle 2, avec une valeur propre strictement positive et une valeur propre strictement négative.
  3. La matrice P\displaystyle P est une combinaison linéaire à coefficients positifs de p2q\displaystyle p-2q matrices du type étudié en 1.\displaystyle 1. et de q\displaystyle q matrices du type étudié en 2.\displaystyle 2. : pour chaque matrice Q\displaystyle Q de type 1., on a toujours 1j,knQjkvjvk0\displaystyle \sum_{1 \leq j,k \leq n} Q_{jk} v_j \overline{v_k} \geq 0 et on a 1j,knQjkvjvk=0\displaystyle \sum_{1 \leq j,k \leq n} Q_{jk} v_j \overline{v_k} =0 sur l’orthogonal du vecteur propre de Q\displaystyle Q correspondant à la valeur propre non nulle de Q\displaystyle Q, qui est strictement positive. Pour chaque matrice Q\displaystyle Q de type 2., on a 1j,knQjkvjvk0\displaystyle \sum_{1 \leq j,k \leq n} Q_{jk} v_j \overline{v_k} \geq 0 sur l’orthogonal du vecteur propre associé à la valeur propre strictement négative de Q\displaystyle Q, et 1j,knQjkvjvk0\displaystyle \sum_{1 \leq j,k \leq n} Q_{jk} v_j \overline{v_k} \leq 0 sur l’orthogonal du vecteur propre associé à la valeur propre strictement positive de Q\displaystyle Q. En ajoutant toutes les matrices Q\displaystyle Q, on en déduit le résultat de l’énoncé, avec V\displaystyle V égal à l’espace vectoriel engendré par les vecteurs propres associés aux valeurs propres strictement négatives des matrices de type 2., et W\displaystyle W égal à l’espace vectoriel engendré par les vecteurs propres associés aux valeurs propres strictement positives des matrices de types 1. et 2.
  4. Si P\displaystyle P a r\displaystyle r valeurs propres strictement négatives, on a un espace F\displaystyle F de dimension r\displaystyle r tel que pour tout vF\{0}\displaystyle v \in F\backslash \{0\}, 1j,knPjkwjwk<0\displaystyle \sum_{1 \leq j,k \leq n} P_{jk} w_j \overline{w_k} < 0. L’intersection de F\displaystyle F et de l’orthogonal de V\displaystyle V est alors réduite au vecteur nul, ce qui implique que la somme de leurs dimensions est au plus n\displaystyle n: r+(nq)n\displaystyle r + (n-q) \leq n. On a donc rq\displaystyle r \leq q. On raisonne de même pour les valeurs propres strictement positives, avec W\displaystyle W au lieu de V\displaystyle V.
  5. On a P=λEαλvλ(vλ1)T\displaystyle P = \sum_{\lambda \in E} \alpha_{\lambda} v_{\lambda}(v_{\lambda^{-1}})^T, vλ\displaystyle v_{\lambda} étant le vecteur colonne de composantes (λj1)1jn\displaystyle (\lambda^{j-1})_{1 \leq j \leq n}, et (vλ1)T\displaystyle (v_{\lambda^{-1}})^T le vecteur ligne transposé de vλ1\displaystyle v_{\lambda^{-1}}. Comme pn\displaystyle p \leq n, les vecteurs lignes (vλ1)T\displaystyle (v_{\lambda^{-1}})^T sont des lignes d’une matrice de Vandermonde, donc ils sont indépendants. Pour tout λ0E\displaystyle \lambda_0 \in E, il existe donc des vecteurs colonnes annulant (vλ1)T\displaystyle (v_{\lambda^{-1}})^T pout tout λλ0\displaystyle \lambda \neq \lambda_0, mais n’annulant pas (vλ01)T\displaystyle (v_{\lambda_0^{-1}})^T. On en déduit que vλ0\displaystyle v_{\lambda_0} est dans l’image de P\displaystyle P. Comme les vecteurs vλ0\displaystyle v_{\lambda_0} sont des colonnes d’une matrice de Vandermonde, ils sont indépendants, et donc l’image de P\displaystyle P contient p\displaystyle p vecteurs indépendants, ce qui implique que P\displaystyle P est de rang au moins p\displaystyle p. Comme P\displaystyle P est la somme de p\displaystyle p matrices de rang 1\displaystyle 1, P\displaystyle P est de rang exactement p\displaystyle p.
  6. Si le résultat indiqué était inexact, P\displaystyle P serait de rang strictement inférieur à p\displaystyle p d’après 4., ce qui contredit 5.
  7. On a pour λ1,,λnC\displaystyle \lambda_1, \dots, \lambda_n \in \mathbb{C}, la factorisation R=s=1n(1λsX).R = \prod_{s=1}^n (1 - \lambda_s X). Comme cn0\displaystyle c_n \neq 0, on a λs0\displaystyle \lambda_s \neq 0 pour tout s{1,,n}\displaystyle s \in \{1,\dots, n \}. La symétrie entre les coefficients donne R(X)=cnXnR(X1),R(X) = c_n X^n \overline{R(\overline{X^{-1}})}, donc R=cns=1n(Xλs).R = c_n \prod_{s=1}^n (X - \overline{\lambda_s}). Des deux factorisations de R\displaystyle R, on en déduit que si λ\displaystyle \lambda est l’inverse d’une racine de R\displaystyle R, alors λ1\displaystyle \overline{\lambda^{-1}} est aussi l’inverse d’une racine, de même multiplicité. On a clairement la même chose en remplaçant les inverses de racines par les racines. On écrit maintenant, en prenant le logarithme de la factorisation de R\displaystyle R: L=m=1Xmms=1nλsm,L = \sum_{m=1}^{\infty} \frac{X^m}{m} \sum_{s = 1}^n \lambda_s^m, ce qui donne am=s=1nλsm\displaystyle a_m = \sum_{s = 1}^n \lambda_s^m pour m1\displaystyle m \geq 1. La invariance de l’ensemble des racines, prises avec multiplicité, par la transformation λλ1\displaystyle \lambda \mapsto \overline{\lambda^{-1}} montre que am=s=1nλsm\displaystyle a_m = \sum_{s = 1}^n \lambda_s^m aussi pour m<0\displaystyle m < 0 tandis que la relation est évidente pour m=0\displaystyle m = 0. Ceci implique que A=s=1nMn(λs)=λEαλMn(λ),A = \sum_{s =1}^n M_n (\lambda_s) = \sum_{\lambda \in E} \alpha_{\lambda} M_n (\lambda), E\displaystyle E étant l’ensemble des inverses de racines de R\displaystyle R et αλ\displaystyle \alpha_{\lambda} étant la multiplicité de λ\displaystyle \lambda. On conclut alors facilement en utilisant le résultat de la question 6.
  8. A\displaystyle A est positive si et seulement si le nombre de valeurs propres stricement négatives est nul, donc par 7., si et seulement s’il n’y a pas d’inverse de racine de R\displaystyle R de module strictement inférieur à 1\displaystyle 1, ni de racine de module strictement supérieur à 1\displaystyle 1.
  9. On a L=(cX+cX2)+12(cX+cX2)2+o(X2),L = - (cX + \overline{c} X^2) + \frac{1}{2} (cX + \overline{c} X^2)^2 + o(X^2),
    o(X2)\displaystyle o(X^2) désignant une série dont tous les termes non nuls sont de degré 3\displaystyle 3 ou plus. On en déduit L=cX+(c2/2c)X2+o(X2)\displaystyle L = -cX + (c^2/2 - \overline{c} ) X^2 + o(X^2), a1=c\displaystyle a_1 = -c, a2=c22c\displaystyle a_2 = c^2 - 2 \overline{c}, et finalement
    A=(3cc22cc3cc22cc3).A= \begin{pmatrix} 3 & -c & c^2 - 2 \overline{c}\\ -\overline{c} & 3&-c\\ \overline{c}^2 - 2 c & -\overline{c} & 3 \\ \end{pmatrix}.
    Le déterminant de A\displaystyle A vaut 27+(c)2(c22c)+(c)2(c22c)3c23c22c23c227 + (-c)^2 (\overline{c}^2 - 2 c) + (-\overline{c})^2 (c^2 - 2 \overline{c}) - 3 |c|^2 - 3 |c^2 - 2\overline{c}|^2 - 3 |c|^2 soit D:=det(A)=27c418c2+8(c3)\mathcal{D}:= \operatorname{det}(A) = 27 - |c|^4 - 18 |c|^2 + 8 \Re(c^3)
    Si D>0\displaystyle \mathcal{D} > 0, A\displaystyle A a trois valeurs propres non nulles, 0\displaystyle 0 ou 2\displaystyle 2 étant négatives. Par 7., il y a au moins autant de valeurs propres positives que négatives, donc le deuxième cas n’est pas possible: A\displaystyle A est définie positive et 1+cX+cX2+X3\displaystyle 1 + cX + \overline{c} X^2 + X^3 a trois racines distinctes sur le cercle unité.
    Si D<0\displaystyle \mathcal{D} < 0, A\displaystyle A a trois valeurs propres non nulles, une étant négative. Donc il y a une racine du polynôme de module inférieur à 1\displaystyle 1, une racine de module supérieur à 1\displaystyle 1 et une racine de module 1\displaystyle 1.
    Si D=0\displaystyle \mathcal{D} = 0, A\displaystyle A est semblable à Diag(μ,ν,0)\displaystyle \operatorname{Diag}(\mu, \nu,0) pour des réels μ\displaystyle \mu et ν\displaystyle \nu. On a
    μν=2(9c2)+(9c22c2)=27c46c2+4(c3).\mu \nu =2 (9 - |c|^2) + (9- |c^2 - 2 \overline{c}|^2) = 27 - |c|^4 - 6|c|^2+4 \Re(c^3).
    Comme D=0\displaystyle \mathcal{D} = 0, 8(c3)=c4+18c227\displaystyle 8\Re(c^3) = |c|^4 + 18|c|^2 - 27 et μν=12(27+6c2c4)=(3+c2)(9c2)2.\mu \nu = \frac{1}{2}(27+ 6|c|^2 - |c|^4) = \frac{(3+ |c|^2)(9-|c|^2)}{2}.
    On observe que 0=D27c418c2+8c3=(3c)3(1+c),0 = \mathcal{D} \leq 27 - |c|^4 - 18 |c|^2 + 8 |c|^3 = (3-|c|)^3 (1+|c|),
    ce qui implique c3\displaystyle |c| \leq 3. Si c<3\displaystyle |c| < 3, μν>0\displaystyle \mu \nu > 0, A\displaystyle A est positive de rang 2\displaystyle 2, ce qui prouve que le polynôme a une racine double et une racine simple, toutes deux de module 1\displaystyle 1. Le cas c=3\displaystyle |c| = 3 ne peut se produire que si D27c418c2+8c3\displaystyle \mathcal{D} \leq 27 - |c|^4 - 18 |c|^2 + 8 |c|^3 est une égalité, soit 8c3R+\displaystyle 8c^3 \in \mathbb{R}_+. Ceci n’a lieu que pour c=3ω\displaystyle c = 3 \omega, avec ω{1,j,j2}\displaystyle \omega \in \{1,j,j^2\} racine cubique de l’unité. Le polynôme est alors (1+ωX)3\displaystyle (1+\omega X)^3 et on a une racine triple.
    Pour résumer, 1+cX+cX2+X3\displaystyle 1 + cX + \overline{c} X^2 + X^3 a toutes ses racines de module 1\displaystyle 1 si et seulement si 27c418c2+8(c3)0\displaystyle 27 - |c|^4 - 18 |c|^2 + 8 \Re(c^3) \geq 0: si l’inégalité est stricte, les trois racines sont simples, s’il y a égalité et c327\displaystyle c^3 \neq 27, il y a une racine simple et une racine double, si c3=27\displaystyle c^3 =27 il y a une racine triple. Si on a 27c418c2+8(c3)<0\displaystyle 27 - |c|^4 - 18 |c|^2 + 8 \Re(c^3) <0, il y a une racine du polynôme de module inférieur à 1\displaystyle 1, une racine de module supérieur à 1\displaystyle 1 et une racine de module 1\displaystyle 1, nécessairement toutes simples. La courbe des points du plan d’affixe c\displaystyle c telle que D=27c418c2+8(c3)\displaystyle \mathcal{D} = 27 - |c|^4 - 18 |c|^2 + 8 \Re(c^3) est nul s’appelle deltoïde.