Soit A∈Mn(R) et notons P(X)=det(XIn−A)=Xn+c1Xn−1+c2Xn−2+⋯+cn−1X+cn.
En notant λ1,…,λn les racines de P, calculer k=1∑nX−λkP(X) de deux manières différentes.
Montrer que pour tout 1≤k≤n, ck=k!(−1)kdet⎝⎜⎜⎜⎜⎜⎜⎜⎜⎛tr(A)tr(A2)tr(A3)⋮tr(Ak−1)tr(Ak)1tr(A)tr(A2)⋮tr(Ak−2)tr(Ak−1)02tr(A)⋮⋯⋯003⋱⋯⋯⋯⋯⋱⋱tr(A)tr(A2)0000k−1tr(A)⎠⎟⎟⎟⎟⎟⎟⎟⎟⎞.
Réflexes
Expression des coefficients d’un polynôme en fonction de ses racines ;
Tr(Ak) 👉 Expression en fonction des valeurs propres.
Corrigé
1er réflexe : On exprime les coefficients ck du polynôme P(X) en fonction des racines de ce dernier (c’est-à-dire les valeurs propres de A). Le lien est donné par les polynômes symétriques élémentaires en les variables λ1,…,λn : cn−k=(−1)kσk=(−1)kσk(λ1,…,λn)=(−1)k1≤i1<⋯<ik≤n∑j=1∏kλij.
2nd réflexe : On exprime également les quantités Tr(Ak) en fonction des valeurs propres λ1,…,λn. On sait que A est semblable à une matrice triangulaire dont les coefficients diagonaux valent λ1,…,λn, donc Ak est semblable à une matrice triangulaire avec λ1k,…,λnk pour coefficients diagonaux, donc Tr(Ak)=λ1k+⋯+λnk=Sk. Les Sk sont aussi des polynômes symétriques en les λ1,…,λn. Les relations entre les σk et les Sk sont bien comprises, et souvent résumées sous la forme de l’identité de Newton. On peut imaginer que l’idée du concepteur de l’exercice est la suivante :
La première question permet d’établir l’identité de Newton, par une méthode assez originale.
La deuxième question revient à exprimer les σk uniquement en terme des quantités Sk.
On se rend compte qu’on oublie vite le cadre matriciel posé dans l’exercice, en se ramenant à un exercice sur les polynômes. L’intérêt de ce cadre matriciel réside dans l’interprétation que l’on peut faire du résultat final : la formule prouvée à la deuxième question permet de calculer les coefficients du polynôme caractéristique de A à l’aide des traces des n premières puissances de A, ce qui en termes de calculs est très économe.
On calcule tout d’abord : i=1∑nX−λiP(X)=i=1∑nj=i∏(X−λj)=P′(X).
Or P(X)=k=0∑ncn−kXk (avec cn=1), donc i=1∑nX−λiP(X)=k=0∑nkcn−kXk−1.
On obtient une autre formule en se plaçant dans le cadre des séries formelles : i=1∑nX−λiP(X)=i=1∑nXP(X)l=0∑∞(Xλi)l=l=0∑∞P(X)X−l−1Sl.=p=0∑nl=0∑∞cn−pSlXp−l−1=k=0∑∞⎝⎛p−l=k∑cn−pSl⎠⎞Xk−1.
En identifiant terme à terme les coefficients des séries formelles, on obtient les formules de Newton : ∀1≤k≤n,(n−k)ck=l=0∑kck−lSl. On peut encore simplifier l’expression en remarquant que S0=n, et donc ∀1≤k≤n,−kck=l=1∑kck−lSl.
Les formules de Newton nous fournissent un système de n équations en les n inconnues c1,…,cn. On peut écrire matriciellement : ⎝⎜⎜⎜⎜⎜⎜⎛1S1S2⋮Sn01S1⋮Sn−1⋯02⋱⋯⋯⋯0⋱⋯⋯⋯⋯⋱S1000⋮−n⎠⎟⎟⎟⎟⎟⎟⎞⎝⎜⎜⎜⎜⎛1c1⋮cn⎠⎟⎟⎟⎟⎞=⎝⎜⎜⎜⎜⎛10⋮0⎠⎟⎟⎟⎟⎞. Le déterminant de la matrice (que l’on appelle A) est simple à calculer, puisqu’elle est triangulaire : celui-ci vaut n!. La formule de Cramer permet alors d’obtenir une expression des ck en fonction des Si. On a : ck=det(A)det(Ak),1≤k≤n, où Ak est la matrice obtenue en remplaçant la k+1-ème colonne de A par le vecteur colonne ⎝⎜⎜⎜⎜⎛10⋮0⎠⎟⎟⎟⎟⎞. On peut calculer le déterminant de Ak en développant par rapport à la k+1-ème colonne, on obtient que le calcul de ce déterminant se ramène à celui du déterminant de la matrice diagonale par blocs det(Ak)=(−1)kdet(MkPk0Dk), où Mk est exactement la matrice donnée dans l’énoncé, et Dk est la matrice diagonale Dk=⎝⎜⎜⎜⎜⎜⎜⎜⎛k+1S1S2⋮Sn0k+2S1⋮⋯00⋱⋯⋯⋯⋯⋮⋱S10000n⎠⎟⎟⎟⎟⎟⎟⎟⎞, qui est de déterminant det(Dk)=k!n!, et on conclut facilement.
Exercice 104 ⭐️⭐️ Base de Rn[X], Mines PSI
Soit P∈R[X] un polynôme de degré n, et (a0,…,an) un (n+1)-uplet de réels tous distincts.
Montrer que (P(X+a0),…,P(X+an)) est une base de Rn[X].
Corrigé
On remarque tout d’abord que chaque polynôme P(X+ai) est dans Rn[X] et que cette famille est bien de cardinal (n+1), comme la dimension de Rn[X]. Il suffit donc de prouver que c’est une famille libre. On se donne donc un (n+1)-uplet (λ0,…,λn)∈Rn+1 tel que Q(X)=j=0∑nλjP(X+aj)=0. En particulier, on a Q(i)(0)=j=0∑nλjP(i)(aj)=0 pour tout i∈{0,…,n−1}. Ces n conditions nécessaires peuvent donc s’écrire matriciellement AX=0, où X=(λ0,…,λn)T et où A=(P(i)(aj))0≤i,j≤n.
Pour montrer la liberté, il suffit de montrer que X=0, c’est-à-dire que la matrice A est inversible, ou encore que det(A)=0. On peut sentir une certaine ressemblance entre A et une matrice de Vandermonde, on va essayer de s’inspirer de la méthode de calcul de son déterminant. Pour cela, on pose D(X) le déterminant de la matrice A(X), qui est égale à la matrice A, sauf la dernière ligne qui est remplacée par (P(X),P′(X),…,P(n)(X))T. On a A(an)=A, donc det(A)=D(an). En développant par rapport à la dernière ligne, on s’aperçoit que D(X)∈R[X]. De plus, pour i∈{0,…,n−1}, les lignes i et n+1 de A(ai) sont égales, donc D(ai)=0. Ainsi, on a trouvé n racines au polynôme D(X), qui sont distinctes par hypothèse. Ce sont toutes les racines de D(X), donc D(an)=0, et ainsi A est inversible.
Trouver tous les polynômes P∈R[X] tels que (X+4)P(X)=XP(X+1).
Réflexes
X→X+1 👉 Tester l’égalité sur les entiers.
Corrigé
La présence de X et X+1 invite à une récurrence sur les entiers n. Soit P un tel polynôme. On a P(n+1)=nn+4P(n)=n(n−1)(n+4)(n+3)P(n−1)=...=n(n−1)⋯1(n+4)(n+3)⋯5P(1)=n!4!(n+4)!P(1)=4!(n+4)(n+3)(n+2)(n+1)P(1).
On voit donc que le polynôme P est en fait le polynôme Q(X)=α4!(X+3)(X+2)(X+1)X car P−Q a une infinité de racines (les entiers n) en fixant la constante α=P(1), et donc P−Q=0. Un tel Q vérifie bien l’équation fonctionnelle.
Méthode élémentaire — Soit P(X)=k=0∑nakXk. On ne voit pas trop comment P−X va apparaître dans P∘P−X, donc on va forcer son apparition en écrivant P∘P=P∘(P−X+X) ou P∘P−X=P∘P−P+P−X. Par exemple, utilisons la 2e expression. Comme P−X divise P−X, calculons P∘P−P=a0+k=1∑nakPk−(a0+k=1∑nakXk)=k=1∑nak(Pk−Xk).
Or P−X divise Pk−Xk pour k≥1, d’après l’identité remarquable ak−bk=(a−b)j=0∑k−1ajbk−1−j, ce qui montre P−X divise aussi P∘P−P, d’où le résultat.
Méthode par congruence — On va utiliser la puissance du calcul par congruence, comme dans Z, mais cette fois-ci dans l’anneau K[X]. Soit Q=P−X. On a alors P=X[Q], ce qui veut dire que Q∣(P−X). On peut additionner ou multiplier des congruences, donc on peut appliquer n’importe quel polynôme à l’égalité précédente. En particulier P(P(X))=P(X)[Q], d’où P(P(X))=X[Q], ce qui veut bien dire que P−X∣(P∘P−X).
Exercice 138 ⭐️⭐️⭐️ Un polynôme irréductible dans Z[X], ENS MP
Soit k entiers distincts a1,a2,⋯,ak. Montrer que P(X)=1⩽i⩽k∏(X−ai)−1 est irréductible dans Z[X], i.e. si P=QR avec Q,R∈Z[X] alors Q ou R est égal à ±1.
Réflexes
Trop dur de montrer directement irréductible 👉 Supposer réductible, écrire P=QR avec Q,R∈Z[X] ;
P défini par des ai 👉 Tester Q et R en les ai.
Corrigé
Écrivons P=QR avec Q,R∈Z[X] et non inversibles dans Z[X], i.e. différents de ±1. On a P(ai)=Q(ai)R(ai)=−1. Comme Q(ai) et R(ai) sont des entiers, ils valent forcément ±1, et ils sont même opposés l’un de l’autre, d’où Q(ai)+R(ai)=0. Ainsi le polynôme Q+R, qui est de degré <k (d’après notre hypothèse que P est réductible), a k racines. Donc Q+R=0 et P=−Q2, ce qui impossible car P a pour limite +∞ et +∞. Donc P ne peut pas être réductible dans Z[X].
Exercice 139 ⭐️⭐️⭐️ Des polynômes positifs, ENS Ulm, Sup/L2
Soit P∈Rn[X] tel que P≥0, i.e. ∀x∈R,P(x)≥0. Soit Q=P+P′+⋯+P(n). Montrer que Q≥0.
Corrigé
Comme P≥0, P est de degré pair, donc Q aussi et x→±∞limQ(x)=+∞. Ainsi Q possède un minimum sur R, disons en a. On a Q′=Q−P, et donc, comme Q′(a)=0, on obtient Q(a)=P(a)≥0. Alors pour tout x, Q(x)≥Q(a)≥0.
Exercice 140 ⭐️⭐️⭐️⭐️ ENS, MP/L2/Agreg
Montrer : ∀n≥0,∃!Pn∈Rn[X],Xn+Xn1=Pn(X+X1).
Décomposer en éléments simples : Rn=Pn1.
Corrigé
1 ) Pour n=0 et n=1, c’est simple et donc cela invite à faire une récurrence. Pour n=0 et n=1, il suffit de poser P0(Z)=1 et P1(Z)=Z. Ensuite, pour n≥1, on remarque que, si n est impair : (X+X1)n=k=0∑n(kn)XkXn−k1=k=0∑⌊n/2⌋(kn)(Xn−2k+Xn−2k1),
en utilisant la formule (kn)=(n−kn). Si n est pair, on a presque la même formule :
(X+X1)n=k=0∑n/2−1(kn)(Xn−2k+Xn−2k1)+(n/2n).
Il suffit alors de poser : Pn(Z)=Zn−k=1∑n/2−1(kn)Pn−2k(Z)(+(n/2n)),
le denier terme étant rajouté si n est pair. Le polynôme ainsi construit est dans Rn[X].
On peut montrer l’unicité tout en préparant le terrain pour la question suivante : soit θ∈R. On rappelle que 2cos(θ)=eiθ+eiθ1, donc Pn vérifie nécessairement
Pn(2cos(θ))=(eiθ)n+(eiθ)n1=2cos(nθ).
Si Pn et Pn vérifient la propriété de l’énoncé, on a alors (Pn−Pn)(2cos(θ))=0 pour tout θ∈R. Le polynôme Pn−Pn possède une infinité de racines, c’est donc le polynôme nul, d’où l’unicité.
2 ) On commence par trouver les racines de Pn afin d’avoir une bonne factorisation. Le raisonnement de la question précédente peut nous aider : en effet, pour k∈{0,…,n−1} on pose λk=2cos(2nπ+knπ). On a alors
Pn(λk)=2cos(n(2nπ+knπ))=cos(2π+kπ)=0.
Or les λk sont deux à deux distincts, cela se voit facilement sur le cercle trigonométrique. De plus, la construction par récurrence des polynômes Pn montre que ceux-ci sont unitaires. On a donc la factorisation Pn(X)=k=0∏n−1(X−λk).
Comme les racines de Pn sont simples, on a la formule Pn(X)1=k=0∑n−1Pn′(λk)(X−λk)1. On peut être un peu plus explicite en calculant Pn′(λk). En effet, en dérivant 2cos(nθ)=Pn(2cos(θ)), on obtient Pn′(2cos(θ))=sin(θ)nsin(nθ).
De plus, sin(n(2nπ+knπ))=sin(2π+kπ)=(−1)k. Ainsi, on a Pn(X)1=k=0∑n−1X−cos(2nπ+knπ)(−1)ksin(2nπ+knπ).
Exercice 141 ⭐️⭐️ Centrale, Spé/L2/Classique
Soit P∈Rn[X] ayant n>1 racines réelles distinctes xi. Montrer : 1⩽i⩽n∑P′(xi)1=0.
Réflexes
Penser aux deux décompositions en fractions rationnelles les plus connues : PP′ et P1.
Corrigé
Remarquons que toutes les racines sont simples car il y en a n distinctes pour un degré n. On connaît la décomposition en fraction rationnelle P(X)1=P′(α1)(X−α1)1+⋯+P′(αn)(X−αn)1. D’où P(x)x=P′(α1)(x−α1)x+⋯+P′(αn)(x−αn)x et en faisant x→+∞, on obtient le résultat voulu car P(x)x→0, le polynôme P étant au moins de degré 2.
Exercice 142 ⭐️⭐️⭐️ Théorème de Gauss-Lucas, Spé/L3/Agreg
Soit P(X)=k=1∏n(X−zk)∈C[X]. Montrer que les racines de P′ sont dans l’enveloppe convexe des racines zk de P. Application− Montrer que si P ne possède que des racines réelles, il en est de même de P′.
Réflexes
On voit P et P′ 👉 On pense à la fraction rationnelle P′/P.
Corrigé
Soit w∈C une racine de P′. Si w est une racine de P, i.e. il existe k tel que w=zk et zk est une racine multiple de P, alors w est bien dans l’enveloppe convexe des racines de P.
Supposons donc que P(w)=0, i.e. pour tout k, w=zk. Écrivons alors P(X)P′(X)=X−z11+⋯+X−zn1. On en déduit que P(w)P′(w)=w−z11+⋯+w−zn1=0. D’où k=1∑n∣w−zk∣2w−zk=0=k=1∑n∣w−zk∣2w−zk. Ainsi w=k=1∑nλkzk, avec λk=∑j=1n∣w−zj∣−2∣w−zk∣−2≥0. Comme k=1∑nλk=1, on en déduit que w est bien dans l’enveloppe convexe des zk (c’est un barycentre à coefficients positifs).
Application− Si P ne possède que des racines réelles, l’enveloppe convexe de ses racines est un intervalle de R (dont les bornes sont la plus petite et la plus grande racine). Donc par le résultat précédent, les racines de P′ sont dans cet intervalle, et donc sont réelles.
Exercice 143 ⭐️ Sup/L1
Soit n≥0 et Pn(X)=k=0∑nk!Xk. Montrer que toutes les racines de Pn sont simples.
Réflexes
Racines simples 👉 Calculer P′.
Corrigé
On a P′(X)=k=1∑n(k−1)!Xk−1=k=0∑n−1k!Xk=Pn(X)−n!Xn. Soit z une racine de Pn. Notons que P(0)=1, d’où z=0. Alors Pn(z)=0 et Pn′(z)=−n!zn=0 car z=0. Ainsi z est une racine simple.
Exercice 144 ⭐️⭐️ Polynômes scindés, Spé/L2
Soit P un polynôme réel scindé sur R. Montrer que Q=aP+P′, a=0, est aussi scindé.
Réflexes
Annulation 👉 Théorème de Rolle ;
aP+P′ 👉 introduire eaxP(x).
Corrigé
Écrivons P(X)=k=1∏p(X−xk)αk (on le suppose unitaire sans perte de généralité et que x1<⋯<xp). En écrivant P(X)=Q(X)(X−xk)αk, on voit que xk est racine d’ordre αk−1 de P′. Donc T(X)=k=1∏p(X−xk)αk−1 divise P′, et donc Q. De plus x↦eaxP(x) qui est C1 s’annule en xk et xk+1, donc d’après le théorème de Rolle il existe ck∈]xk,xk+1[ tel que (eaxP(x))′(ck)=(eaxQ)(ck)=0. Donc S(X)=k=1∏p−1(X−ck) divise Q. Or T et S sont premiers entre eux, donc TS divise Q. En comparant les degrés, on obtient alors que Q(X)=γT(X)S(X)(X−y), γ,y∈R. Par conséquent Q est scindé !
Exercice 145
Soit P(X)=X2+c, c∈R. On dit que x0∈R est un point fixe si P(x0)=x0, qu’une suite finie de points distincts (x0,⋯,xn) est un cycle d’ordre n pour P si ∀i∈{0,⋯,n−1},P(xi)=xi+1 et P(xn−1)=x0.
Les éléments d’un cycle d’ordre n sont appelés des points périodiques de période n.
Déterminer une équation pour laquelle les points de période 2 sont exactement ses solutions.
Trouver alors les valeurs de c pour lesquelles P possède un cycle d’ordre 2.
Soit (x0,x1) un cycle d’ordre 2. Montrer que (P∘P)′(x0)=(P∘P)′(x1):=mc. Calculer mc.
Donner un argument à la main pour dire qu’un cycle est attractif si ∣mc∣<1. Déterminer alors c vérifiant cette condition.
Quelle est l’allure du diagramme de bifurcation de l’application P ?
Corrigé
A venir !
Exercice 146 ⭐️⭐️⭐️⭐️ Suite de polynômes à coefficients positifs, Ulm 2019, MP/L3
Soit (Pn) une suite de polynôme à coefficients ≥0 telle que (Pn) converge simplement sur R vers une fonction f.
Montrer que f est C∞.
Corrigé
Soit A>1. On écrit Pn(x)=k≥0∑ak,nxk avec ak,n≥0 pour tout k et n, et ak,n=0 pour k assez grand.
On a 0≤ak,nAk≤Pn(A)≤M car par hypothèse Pn(A) converge et est donc majorée par, disons M>0. Donc, pour tout k≥0, la suite (ak,n)n est bornée. On peut donc par Bolzano-Weierstrass extraire une sous suite de (a0,n)n qui converge, etc. Par extraction diagonale, on obtient une suite (ak,n′)n qui converge vers disons ak pour tout k.
On pose alors Qn(x)=k≥0∑ak,n′xk. On a également 0≤ak,n′Ak≤Qn(A)≤M, d’où 0≤ak,n′≤M/Ak. On fixe x tel que 0<x<A. Comme k≥0∑AkMxk<∞, on en déduit que Qn est une série entière de rayon de convergence A. On peut également appliquer le théorème de convergence dominée pour obtenir : n→∞limQn(x)=k≥0∑n→∞limak,n′xk=k≥0∑akxk. La série ∑akxk est également de rayon A. Comme Qn=Pϕ(n) où ϕ est une extraction, on en déduit que n→∞limQn(x)=f(x), donc f(x)=k≥0∑akxk, et f est C∞ sur [0,A[. On peut faire le même raisonnement sur ]−A,0] en écrivant par exemple xk=(−1)k∣x∣k. Comme A est arbitraire, on en déduit que f est C∞ sur R.
Remarque — On a appliqué le théorème de CV dominée en considérant que la somme est une intégrale par rapport à une mesure de comptage de poids k↦xk, x>0 fixé. Ce n’est pas au programme de MP*, mais bon on est l’oral d’Ulm, hein ? 👻 On peut toutefois s’en sortir de façon élémentaire, cf Exercice 66.
Exercice 147 ⭐️⭐️ Spé/L2
Soit Qn(X)=1+X+⋯+Xn−1. Montrer que si n≥1 n’est pas premier alors Qn n’est pas irréductible dans Q[X].
Remarque — Si p est premier, Qp est le p-ième polynôme cyclotomique et on peut montrer qu’il est irréductible dans Q[X]. Vous trouverez plein de choses intéressantes sur cette notion très riche sur la page wikipédia.
Réflexes
n≥1 n’est pas premier 👉 n=pq avec p,q>1 ;
1+X+⋯+Xn−1 👉 Série géométrique.
Corrigé
Ecrivons n=pq avec p,q>1. Alors Qn=X−1Xn−1=X−1(Xp)q−1=X−11+Xp+⋯+(Xp)q−1(Xp−1). Donc Qn(X)=Qq(Xp)Qp(X) avec deg(Qq(Xp))≥1 et deg(Qp(X))≥1, et ces deux polynômes sont bien dans Q[X], leurs coefficients sont même dans {0,1}.
Soit P un polynôme réel scindé sur R. Montrer que P′ est scindé sur R.
Réflexes
Annulation de la dérivée 👉 Théorème de Rolle.
Corrigé
Écrivons P(X)=k=1∏p(X−xk)αk (on le suppose unitaire sans perte de généralité et que x1<⋯<xp). En écrivant P(X)=Q(X)(X−xk)αk, on voit que xk est racine d’ordre αk−1 de P′. Donc T(X)=k=1∏p(X−xk)αk−1 divise P′. De plus P s’annule en xk et xk+1, donc d’après le théorème de Rolle il existe ck∈]xk,xk+1[ tel que P′(ck)=0. Donc S(X)=k=1∏p−1(X−ck) divise P′. Or T et S sont premiers entre eux, donc TS divise P′. En comparant les degrés, on obtient alors que P′=TS, et donc P′ est scindé !
Exercice 237 ⭐️⭐️ Polynôme de Tchebychev, Spé/L2
Soit f(t,x)=1−2tx+t21−tx pour x∈[−1,1] et t∈]−1,1[.
Montrer que f est bien définie.
Montrer que f(t,cosθ)=n=0∑∞cos(nθ)tn pour tout ∣t∣<1.
En déduire que t↦f(t,x) est DSE(0) de rayon de convergence ≥1, et on écrit f(t,x)=n≥0∑Tn(x)tn.
Montrer que Tn est un polynôme de degré ≤n.
Corrigé
On a un polynôme de degré 2 en t au numérateur de la fraction rationnelle, il s’agit de s’assurer qu’il ne s’annule pas. Si x∈]−1,1[ c’est le cas car son discriminant vaut Δ=4(x2−1)<0. Si x=1, on a f(t,1)=1−t1, qui est bien définie pour ∣t∣<1, et de même pour f(t,−1)=1+t1.
Comme ∣teiθ∣<1, on peut écrire n≥0∑(teiθ)n=1−teiθ1=(1−teiθ)(1−te−iθ)1−te−iθ=1−2cos(θ)t+t21−tcos(θ)+itsin(θ), et on peut conclure en prenant la partie réelle de chaque membre.
Chaque réel x∈[−1,1] s’écrit x=cos(θ) pour un certain θ∈R. La question précédente permet donc de conclure que t↦f(t,x) est DSE(0), avec un rayon de convergence ≥1, et que les coefficients de son développement f(t,x)=n=0∑∞Tn(x)tn sont des fonctions x↦Tn(x) telles que Tn(cos(θ))=cos(nθ).
Pour ∣t∣<1 et ∣x∣≤1, on a ∣2tx−t2∣<1 donc on peut écrire f(t,x)=(1−tx)n=0∑∞(2tx−t2)n. En développant chaque terme de la série, par exemple par la formule du binôme, on s’aperçoit que chaque monôme xn est associé à des puissances de t supérieures à n, ce qui montre que Tn est un polynôme de degré au plus n.
Exercice 246 ⭐️⭐️⭐️ Combinaison et polynômes, X MP, Sup/L1
Soit P∈Rn[X]. Montrer l’identité k=0∑n+1(kn+1)(−1)kP(k)=0 de deux façons différentes :
En considérant les polynômes P0(X)=1 et Pl(X)=X(X−1)⋯(X−l+1), pour 1≤l≤n ;
En utilisant des polynômes d’interpolation de Lagrange.
Réflexes
Somme, combinaison 👉 Formule du binôme ;
Polynômes interpolateurs Lk de Lagrange 👉 écriture de P comme somme des Lk.
Corrigé
La formule du binôme de Newton permet d’écrire : k=0∑n+1(kn+1)(−1)kP0(k)=k=0∑n+1(kn+1)(−1)k=(1−1)n+1=0 comme souhaité. Soit maintenant 1≤l≤n fixé. On va montrer que l’identité voulue est bien vérifiée pour le polynôme Pl. On constate que Pl(k)=0 pour tout 0≤k≤l−1 et que ∀k∈{l,…,n},Pl(k)=(k−l)!k!. Ainsi, k=0∑n+1(kn+1)(−1)kPl(k)=k=l∑n+1k!(n+1−k)!(n+1)!(k−l)!k!(−1)k=k=l∑n+1(k−l)!(n+1−k)!(n+1)!(−1)k. Le changement d’indices p=k−l montre que cette somme vaut (n+1−l)!(n+1)!p=0∑n+1−l(pn+1−l)(−1)l+p=(n+1−l)!(n+1)!(−1)l(1−1)n+1−l=0. Pour démontrer l’identité pour un polynôme quelconque P∈Rn[X], on commence par remarquer que (Pl)0≤l≤n forme une base de Rn[X]. En effet c’est une famille étagée car deg(Pl)=l. Il existe donc des coefficients a0,…,an tels que P(X)=l=0∑nalPl(X) et on a : k=0∑n+1(kn+1)(−1)kP(k)=l=0∑nal(k=0∑n+1(kn+1)(−1)kPl(k))=0.
On pose αk=P(k) pour tout k∈{0,…,n}. On sait, par la théorie des polynômes d’interpolation de Lagrange, que P est l’unique polynôme de Rn[X] tel que P(k)=αk pour tout 0≤k≤n. De plus, on a P(X)=k=0∑nαkLk(X), avec Lk(X)=∏0≤i≤n,i=kk−i∏0≤i≤n,i=kX−i. Le dénominateur se simplifie : on a 0≤i≤n,i=k∏k−i=(i=0∏k−1k−i)(i=k+1∏nk−i)=k!(−1)n−k(n−k)! De plus on a : 0≤i≤n,i=k∏n+1−i=n+1−k∏i=0nn+1−i=n+1−k(n+1)!. Ainsi Lk(n+1)=k!(n−k)!(n+1−k)(−1)n−k(n+1)!=(kn+1)(−1)n−k. On en déduit que P(n+1)=k=0∑n(kn+1)(−1)n−kP(k), donc (en écrivant (−1)n−k=(−1)n+k) : k=0∑n+1(kn+1)(−1)kP(k)=(−1)n+1P(n+1)+(−1)nP(n+1)=0.
BONUS !!! Une troisième méthode : on considère l’application linéaire D:R[X]→R[X] qui à tout polynôme P associe le polynôme Q=D(P) tel que Q(X)=P(X+1)−P(X). On peut voir l’application D comme une dérivation discrète (d’où la lettre D, malin, non ?). On va se raccrocher à cette intuition en vérifiant si certaines propriétés de l’opération de dérivation sont aussi vraies pour D. Tout d’abord, on remaque que si P(X)=Xp, alors D(P)(X)=(X+1)p−Xp=k=0∑p−1(kp)Xk−1. Ainsi D envoie tout polynôme de degré (exactement) d≥1 sur un polynôme de degré (exactement) d−1. En particulier le noyau de D est l’ensemble des polynômes constants.
On va maintenant itérer l’opération D. On remarque que (D2P)(X)=(DP)(X+1)−(DP)(X)=P(X+2)−2P(X+1)+P(X). On peut alors montrer par récurrence sur n≥1 que (DnP)(X)=k=0∑n(kn)(−1)n−kP(X+k). En effet si cette formule est vraie pour un certain rang n on a alors (Dn+1P)(X)=k∑(kn)(−1)n−k(P(X+k+1)−P(X+k))=k∑P(X+k)(−1)n+1−k((kn)+(k−1n)), et on conclut par la formule de Pascal.
Pour tout entier n≥1, on désigne par Pn l’ensemble des racines primitives n−ième de l’unité. On rappelle qu’elles s’écrivent e2iπk/n avec k premier avec n, et qu’elles engendrent le groupe Un des racines n−ième de l’unité. On définit le polynôme cyclotomique d’ordre n par : Φn(X)=ξ∈Pn∏(X−ξ).
Montrer que Xn−1=d∣n∏Φd(X).
En déduire que Φn(X)∈Z[X].
Calculer Φ1, Φ2, Φ3, Φ4 et Φp pour p premier.
Réflexes
Classer les racines n−ième de l’unité suivant leurs ordres ;
"Pour tout n"+question 1) 👉 Récurrence sur n et division euclidienne ;
Écrire les produits et regarder les générateurs.
Corrigé
On a Xn−1=ξ∈Un∏(X−ξ). Nous allons classer les racines n-ième de l’unité en fonction de leur ordre dans Un, qui est un entier d divisant n. On peut écrire Un=∪d∣nPd où l’union est disjointe car Pd est l’ensemble de tous les ξ d’ordre exactement d. Par définition de Φd, on obtient l’égalité voulue.
On a Φ1(X)=X−1∈Z[X]. Montrons le résultat par récurrence sur n. Supposons le résultat vrai pour tout d avec 1≤d<n. On peut écrire Xn−1=B(X)Φn(X) avec B(X)=d∣n,d<n∏Φd(X). Par hypothèse de récurrence, B∈Z[X]. Comme B est unitaire on peut faire la division euclidienne de Xn−1 par B dans Z[X] : Xn−1=Q(X)B(X)+R(X) avec deg(R)<deg(B). Or dans C[X], on a Xn−1=Φn(X)B(X). Donc par unicité de la division euclidienne dans C[X], il vient Φn(X)=Q(X), et R=0. Donc Φn(X)∈Z[X].
On a Φ1(X)=X−1 et Φ2(X)=X+1 car X2−1=(X−1)(X+1). Les générateurs de U3 sont j et j2, d’où Φ3(X)=(X−j)(X−j2)=X2+X+1. Les générateurs de U4 sont i et −i, d’où Φ4(X)=(X−i)(X+i)=X2+1. Si p est premier, on a Xp−1=Φ1(X)Φp(X) car les seuls diviseurs de p sont 1 et p. Comme Φ1(X)=X−1, on en déduit : Φp(X)=1+X+X2+⋯+Xp−1.
Exercice 316 ⭐️⭐️ Norme sur R2[X], Spé/L2
On considère l’application N:R2[X]→R définie pour tout polynôme P∈R2[X] par N(P)=∣P(0)∣+∣P(1)∣+∣P(2)∣. Montrer que N définit une norme sur R2[X] et calculer la norme d’opérateur de l’endomorphisme ϕ:R2[X]→R2[X],P(X)↦P(X+1).
Réflexes
On connaît la valeur de P en trois points 👉 on connaît P partout !
Corrigé
L’identité N(λP)=∣λ∣N(P) est évidente, et l’inégalité triangulaire N(P+Q)≤N(P)+N(Q) découle de l’inégalité triangualire sur (R,∣⋅∣). Soit maintenant P tel que N(P)=0. Alors ∣P(0)∣=∣P(1)∣=∣P(2)∣=0, doncP possède au moins trois racines. Or P est de degré 2. On en déduit que P est le polynôme nul. Ainsi on a montré que N est une norme sur R2[X].
On veut maintenant trouver la borne supérieure P∈R2[X]supN(P)N(ϕ(P)). On commence par remarquer que N(P)N(ϕ(P))=∣P(0)∣+∣P(1)∣+∣P(2)∣∣P(1)∣+∣P(2)∣+∣P(3)∣.
On va exprimer P(3) en fonction de P(0),P(1) et P(2). L’interpolation de Lagrange permet d’écrire P(X)=P(0)2(X−1)(X−2)−P(1)X(X−2)+P(2)2X(X−1) et donc P(3)=P(0)−3P(1)+3P(2). (un oeil averti verra ici des coefficients binomiaux et une magnifique possibilité de généralisation…)
Une application brutale de l’inégalité triangulaire donne alors une première majoration : N(ϕ(P))≤∣P(0)∣+∣P(1)∣+∣P(0)∣+3∣P(1)∣+3∣P(2)∣≤4N(P).
On peut trouver le cas d’égalité en imposant P(0)=P(2)=0. Par exemple, si P(X)=X(X−2), on a N(P)=1 et N(ϕ(P))=1+3=4. Ainsi la borne 4 est bien atteinte et on a montré que P∈R2[X]supN(P)N(ϕ(P))=4.
Soit P∈R[X] de degré n≥1 et de coefficient dominant 1.
Calculer k=0∑n∏0≤i≤n,i=k(k−i)P(k).
En déduire qu’au moins un des ∣P(k)∣ est plus grand ou égal à 2nn!.
Réflexes
On voit les n+1 valeurs P(k) 👉 P de degré n est entièrement déterminé par ces n+1 valeurs et on peut l’écrire avec le polynôme interpolateur de Lagrange.
“Il existe au moins…” 👉 se montre presque toujours en supposant le contraire, i.e. “pour tout… on a …”
Corrigé
La polynôme P de degré n est entièrement déterminé par les n+1 valeurs P(0),⋯,P(n). La formule du polynôme interpolateur de Lagrange donne alors : P(X)=k=0∑nP(k)0≤i≤n,i=k∏k−iX−i. On vérifie bien la formule en faisant X=k0. On peut réécrire : P(X)=k=0∑n∏0≤i≤n,i=k(k−i)P(k)0≤i≤n,i=k∏(X−i). Or pour tout k, 0≤i≤n,i=k∏(X−i)=Xn+⋯. Comme le coefficient devant Xn dans l’expression de P(X) est 1, on en déduit : k=0∑n∏0≤i≤n,i=k(k−i)P(k)=1.
Vu notre réflexe, supposons que pour tout k, ∣P(k)∣<2nn!. Donc, avec la question 1) il vient : 1<2nn!k=0∑n∏0≤i≤n,i=k∣k−i∣1. Or 0≤i≤n,i=k∏∣k−i∣=∣k∣∣k−1∣⋯∣k−(k−1)∣∣k−(k+1)∣⋯∣k−n∣. D’où 0≤i≤n,i=k∏∣k−i∣=k!(n−k)! On obtient donc 1<2n1k=0∑nk!(n−k)!n!=1, d’après la formule du binôme de Newton. Comme 1<1 est faux, on déduit la conclusion.
Soit P∈C[X] un polynôme non constant. Existe-t-il a∈C tel que P−a soit scindé à racines simples ?
Réflexes
z est une racine multiple de Q 👉 Q(z)=Q′(z)=0.
Corrigé
Posons Q=P−a où a∈C est à choisir ultérieurement. Comme Q∈C[X], Q est scindé d’après le théorème de d’Alembert-Gauss. On a aussi Q′=P′. Soit z une racine multiple de Q. Alors Q(z)=Q′(z)=0, i.e. P(z)−a=P′(z)=0.(⋆) Donc z est nécessairement une racine de P′. Notons zi, 1≤i≤n, les racines de P′ dans C. Pour éviter d’avoir (⋆), il suffit de choisir a=P(zi) pour tout 1≤i≤n. Pour un tel a, Q=P−a ne peut donc pas avoir de racines multiples, i.e. toutes ses racines sont simples.
Soit I un intervalle de R et w:I→R+∗ une fonction continue par morceaux telle que ∫I∣x∣nw(x)dx<∞ pour tout n≥0. Soit E l’espace vectoriel des fonctions continues sur I telles que ∫If(x)2w(x)dx<∞.
Montrer que (p,q)↦⟨p,q⟩w=∫Ip(x)q(x)w(x)dx définit un produit scalaire sur E.
Montrer qu’il existe une unique suite de fonctions polynomiales (pn(x))n≥0 telle que :
Pour tout n≥0, pn est de degré exactement égal à n et de coefficient dominant kn>0,
la famille (pn)n≥0 est orthonormale pour ⟨⋅,⋅⟩w.
Soit q:I→R polynomiale de degré ≤n−1. Montrer que ⟨pn,q⟩w=0.
On note kn>0 le coefficient dominant de pn et, pour n≥1, an=kn−1kn. Montrer qu’il existe deux suites (bn)n≥2 et (cn)n≥2 telles que pn(x)=(anx+bn)pn−1(x)−cnpn−2(x).
Montrer que cn=kn−12knkn−2. Montrer la formule : ∀x=y∈I, k=0∑npk(x)pk(y)=kn+1knx−ypn+1(x)pn(y)−pn(x)pn+1(y).
On suppose que pn+1 s’annule au moins deux fois sur I. Soient a<b deux zéros consécutifs de pn+1. Montrer que pn(a)pn(b)<0.
Si on suppose que pn+1 possède n+1 racines distinctes dans I, que dire des racines de pn ?
Réflexes
On a une famille de polynômes (pn)n≥0 étagée 👉 chaque sous-famille (pk)0≤k≤n est une base de Rn(X).
f(a)f(b)<0 👉 on a envie d’appliquer le TVI !
Corrigé
Si f,g∈E, alors l’inégalité élémentaire ∣ab∣≤2a2+b2 permet d’écrire que ∫I∣f(x)g(x)∣w(x)dx≤21(∫If(x)2w(x)dx+∫Ig(x)2w(x)dx), ce qui prouve que le produit scalaire ⟨f,g⟩w est bien défini. La bilinéarite, la symétrie et la positivité découlent immédiatement des propriétés de l’intégrale. Enfin, si f∈E est telle que ⟨f,f⟩w=0, alors ∫If(x)2w(x)dx=0. Or x↦f(x)2w(x) est continue et positive sur l’intervalle I, on en déduit que c’est la fonction identiquement nulle. Comme w>0 sur I, on en déduit que f(x)=0 pour tout x∈I.
La condition d’intégrabilité ∫Ixnw(x)dx<∞ implique qu’on a ∫IR(x)w(w)dx>∞ pour toute fonction polynomiale R:I→R. Ainsi toutes les fonctions polynomiales sont dans E. La construction de la suite pn se fait par récurrence sur n suivant le procédé d’orthonormalisation de Gram-Schmidt à partir de la base canonique de R[X].
Comme la famille des (pn)n≥0 est étagée, on sait que la sous-famille (pk)0≤k≤n forme une base de l’espace vectoriel Rn(x), cette notation un peu abusive désignant l’espace vectoriel des restrictions à I des fonctions polynomiales de degré au plus n. En particulier, si q∈Rn−1(x), alors on peut écrire q(x)=k=0∑n−1αkpk(x) pour une certaine famille de coefficients réels α0,…,αn−1. La propriété de bilinéarité et le fait que ⟨pn,pk⟩w=0 pour tout k<n permettent de déduire que ⟨pn,q⟩w=0.
Pour n≥1, on note ln le coefficient devant xn−1 dans pn(x). Ainsi pour n≥2, on a pn(x)=knxn+lnxn−1+rn(x), où rn(x)∈Rn−2(x). On pose maintenant an=kn−1kn,bn=kn−1ln−kn−12knln−1. Ces coefficients ont été choisis de telle sorte que (anx+bn)pn−1(x)=(kn−1knx+kn−1ln−kn−12knln−1)(kn−1xn−1+ln−1xn−2+rn−1(x))=knxn+lnxn−1+sn(x), avec sn(x)∈Rn−2(x). Ainsi pn(x)−(anx+bn)pn−1(x)∈Rn−2(x). Il existe donc des coefficients α0,…,αn−2 tels que pn(x)−(anx+bn)pn−1(x)=k=0∑n−2αkpk(x). Pour répondre à la question, il reste à montrer que αk=0 pour tout k<n−2. Comme la famille (pn)n≥0 est orthonormale, on a αk=⟨pn(x)−(anx+bn)pn−1(x),pk(x)⟩w. Comme k<n−1 et k<n, on a ⟨pn,pk⟩w=⟨pn−1,pk⟩w=0, donc αk=an⟨xpn−1(x),pk(x)⟩w. La forme particulière de ce produit scalaire permet d’écrire la jolie formule suivante : ⟨fg,h⟩w=⟨f,gh⟩w. On peut donc écrire que αk=−an⟨pn−1(x),xpk(x)⟩w=0, car xpk(x)∈Rn−2(x).
Avec les notations de la question précédente, on veut calculer cn=−αn−2 et on a αk=−an⟨pn−1(x),xpn−2(x)⟩w. Or le terme en xn−1 du polynôme xpn−2(x)−kn−1kn−2pn−1(x) vaut kn−2−kn−1kn−2kn−1=0, donc xpn−2(x)=kn−1kn−2pn−1(x)+sn−2(x), avec sn−2(x)∈Rn−2(x). En particulier, on a ⟨pn−1(x),xpn−2(x)⟩w=kn−1kn−2 donc cn=−αn−2=ankn−1kn−2=kn−12knkn−2.
On fixe x=y∈I et on montre la formule par récurrence sur n≥0. On remarque tout d’abord que, comme p0∈R0(x) et p1∈R1(x), on peut écrire p0(x)=k0 et p1(x)=k1x+l1. On a alors p0(x)p0(y)=k02 et k1k0x−yp1(x)p0(y)−p1(y)p0(x)=k1k02x−y(k1x+l1)−(k1y+l1)=k02, la formule est donc vraie au rang 0. Pour prouver l’hérédité, on remarque tout d’abord, en utilisant la formule de la question 4, que x−ypn+1(x)pn(y)−pn(x)pn+1(y)=an+1pn(x)pn(y)−cn+1x−ypn−1(x)pn(y)−pn(x)pn−1(y). Or on a vu que an+1=knkn+1 et cn+1=kn2kn−1kn+1, on en déduit que pn(x)pn(y)=kn+1knx−ypn+1(x)pn(y)−pn(x)pn+1(y)−knkn−1x−ypn(x)pn−1(y)−pn−1(x)pn(y). En appliquant l’hypothèse de récurrence au deuxième terme du membre de droite, on conclut facilement.
On fixe x∈I et on regarde la limite lorsque y→x dans les deux membres de l’égalité précédente. Pour le membre de gauche, on a y→xlimk=0∑npk(x)pk(y)=k=0∑npk(x)2≥0. L’inégalité est même stricte car k=0∑npk(x)2≥p0(x)2=k02>0. Les fonctions pk sont continues car polynomiales. Pour le membre de droite, on reconnaît presque un taux d’accroissement… on ruse un peu en écrivant : x−ypn+1(x)pn(y)−pn(x)pn+1(y)=−pn+1(x)y−xpn(y)−pn(x)+pn(x)y−xpn+1(y)−pn+1(x), qui converge vers pn(x)pn+1′(x)−pn+1(x)pn′(x) lorsque y→x. On obtient donc (car kn,kn+1>0) l’inégalité voulue.
D’après la question précédente, on a pn(a)pn+1′(a)>0 et pn(b)pn+1′(b)>0. Supposons que pn+1′(a) et pn+1′(b) soient de même signe, par exemple positifs. Alors il existerait c<d∈]a,b[⊂I tels que pn+1(c)>0 et pn+1(d)<0. Cela se déduit de la continuité de pn+1′ (qui implique que cette fonction est postivive sur un voisinage de a et sur un voisinage de b), puis d’une formule de Taylor. Le théorème des valeurs intermédiaires donnerait alors l’existence d’un certain e∈[c,d]⊂]a,b[ tel que pn+1(e)=0, ce qui est une contradiction. Ainsi pn+1′(a) et pn+1′(b) sont de signe opposé, et on en déduit que pn(a) et pn(b) sont aussi de signe opposé.
Si on note z1<⋯<zn+1∈I les racines de pn+1, la question précédente permet d’écrire que pn(zi)pn(zi+1)<0 pour tout 1≤i≤n. Le théorème des valeurs intermédiaires donne alors l’existence d’un certain yi∈]zi,zi+1[ tel que pn(yi)=0. On a trouvé n racines au polynôme pn, qui sont deux à deux distinctes car construites dans des intervalles disjoints. Comme pn est de degré n, on sait qu’il n’y en a pas d’autres. Ainsi, le polynôme pn est scindé à racines simples,toutes dans I, et de plus les racines de pn et celles de pn+1 sont entrelacées.
BONUS : une preuve simple et directe que pn possède n racines distinctes dans I. Si ce n’était pas le cas, la fonction polynomiale pn changerait de signe en un nombre de points l<n (qui sont les racines de pn de multiplicité impaire). Soient x1<…<xl ces points de changement de signe et q:I→R la fonction polynomiale définie par q(x)=(x−x1)⋯(x−xl). Par construction, la fonction x↦pn(x)q(x) est de signe constant sur I, et de plus elle est non identiquement nulle (il suffit de l’évaluer ailleurs qu’en une racine). On a alors ∫Ipn(x)q(x)w(x)dx=0. Or q est une fonction poynomiale de degré l<n, d’après la question 3 on a alors ∫Ipn(x)q(x)w(x)dx=0, ce qui est une contradiction.
Exercice 360 ⭐️ Famille de polynômes, Sup/L1
Montrer que la famille F=(Xk(1−X)n−k)k∈[[0,n]] est une base de Rn[X].
Réflexes
Base en dimension finie 👉 Inversibilité de la matrice associée (dans une base simple).
Corrigé
On observe que F contient (n+1) vecteurs, et que dim(Rn[X])=n+1.
On remarque ensuite que le terme de plus bas degré de Xk(1−X)n−k est Xk. Par conséquent la matrice de F dans la base canonique de Rn[X] est de la forme ⎣⎢⎢⎢⎢⎢⎡1⋆⋮⋆01⋱……⋱⋱⋆0⋮01⎦⎥⎥⎥⎥⎥⎤.
C’est une matrice triangulaire à coefficients diagonaux non nuls, donc inversible. Donc F est bien une base.
Exercice 393 ⭐️⭐️ Racines simples ∣z∣≤1, Sup/L1
Soit P=nXn−Xn−1−Xn−2−⋯−1 avec n≥1.
Montrer que toutes les racines de P sont de modules ≤1.
En utilisant le polynôme Q=(X−1)P, montrer que toutes les racines de P sont simples.
Réflexes
Ecrire l’équation vérifiée par une racine z et travailler avec ;
Racines simples 👉 Calculer le polynôme dérivé !
Corrigé
Soit z une racine de P telle que ∣z∣>1. On a nzn=zn−1+zn−2⋯+1.(⋆) Comme ∣z∣>1, on a pour tout entier k≤n−1, ∣z∣k<∣z∣n. Donc par l’inégalité triangulaire : ∣zn−1+zn−2⋯+1∣<n∣z∣n. Ceci n’est pas possible d’après (⋆) car ∣nzn∣=n∣z∣n. Donc une racine z de P verifie ∣z∣≤1.
Suivant l’indication, on calcule Q=(X−1)P=nXn+1−Xn−Xn−1−⋯−X−nXn+Xn−1+Xn−2+⋯+1=nXn+1−(n+1)Xn+1,Q′=n(n+1)Xn−n(n+1)Xn−1=n(n+1)Xn−1(X−1). On remarque que P(1)=0, donc 1 est au moins une racine double de Q. On voit aussi que 1 est une racine simple de Q′, donc Q′′(1)=0. Ainsi 1 est exactement une racine double de Q, donc une racine simple de P.
Soit z=1 une racine de P, c’est aussi une racine de Q. Comme Q(0)=1=0, il vient z=0. On remarque alors que Q′(z)=n(n+1)zn−1(z−1)=0. Ainsi z est une racine simple de Q, donc de P.
Exercice 421 ⭐️⭐️⭐️ Premiers congrus à 1 modulo p, MP/L3
Soit p≥3 un nombre premier. On va montrer qu’il existe une infinité de nombres premiers q de la forme q=ap+1. On considère le polynôme : P(X)=1+X+⋯+Xp−1=X−1Xp−1.
Montrer qu’il existe un polynôme Q∈Z[X] tel que P(X)=(X−1)Q(X)+p.
On suppose qu’il existe un entier c≥1 et un nombre premier q>p tels que q∣P(c). En étudiant l’ordre de l’élément c dans le groupe (Z/qZ)⋆, montrer que q est congru à 1 modulo p.
Montrer que tout entier c≥1 est premier avec P(c).
On suppose qu’il n’existe qu’un nombre fini de nombres premiers congrus à 1 modulo p, notés p1,…,pm. En étudiant les facteurs premiers de P(c), avec c=p!p1⋯pm, aboutir à une contradiction.
Corrigé
Première méthode : on remarque que P(X)−p=k=1∑p−1(Xk−1), et on sait que Xk−1 est divisible par X−1 dans Z[X]. Autre méthode (qui au fond revient au même), on remarque que P(X)=p+(X−1)k=0∑p−1(p−1−k)Xk. On a l’intuition du polynôme à parachuter en regardant quelques exemples pour p petit.
Dans le corps K=Z/qZ, la divisibilité de P(c) par q s’écrit simplement P(c)=0. Mais alors (c−1)P(c)=0, c’est-à-dire cp=1. Soit r≥1 le plus petit entier tel que cr=1 (dans K). On sait que r est un diviseur de p, et comme p est premier, on a r=1 ou r=p. Si on a r=1, alors c=1. Mais on a P(1)=p d’après la question 1, et p=0 dans K car on a supposé q>p. Ainsi l’élément c est d’ordre p dans K⋆. D’après le théorème de Lagrange, on sait que p divise le cardinal de K⋆, qui vaut q−1 : la relation q−1=ap, pour a entier, peut encore s’écrire q=ap+1, comme voulu.
On a P(c)=1+cb, avec b=1+c+⋯+cp−2. Autrement dit P(c)−bc=1 et le théorème de Bezout permet de conclure.
On sait que P(c)>1, donc P(c) possède nécessairement un facteur premier q. Si q≤p, alors q est un facteur permier commun à c et P(c), ce qui n’est pas possible d’après la question 3. Comme q>p, on sait que q est congru à 1 modulo p, donc q=pi pour un certain i∈{1,…,m}, qui serait un facteur premier commun à c et P(c), ce qui n’est pas possible.
On a ainsi montré par l’absurde qu’il existe une infinité de nombres premiers congrus à 1 modulo p. On peut s’affranchir de l’hypothèse de primalité de p en remplaçant P par le n-ième polynôme cyclotomique Φn, la preuve est légèrement plus compliquée. C’est un cas particulier d’un théorème nettement plus profond, dû à Dirichlet : si a et b sont premiers entre eux, alors il existe une infinité de nombres premiers de la forme ak+b.
Exercice 492 ⭐️ Nombre de racines, Sup/L1
Soit un entier n≥3, a,b∈R et P(X)=Xn+aX+b. Montrer que P a au plus 3 racines réelles distinctes.
Réflexes
Polynôme réel, nombre de racines réelles 👉 Théorème de Rolle !
Corrigé
Supposons que P a au moins 4 racines réelles distinctes : x1<x2<x3<x4. On a P(x1)=P(x2)=0. La fonction x↦P(x) est continue sur [x1,x2] et dérivable ]x1,x2[. Donc d’après le théorème de Rolle, il existe x1′∈]x1,x2[ tel que P′(x1′)=0. En appliquant le théorème de Rolle sur chaque [xi,xi+1], i=2,3, on en déduit que P′ a au moins 3 racines réelles distinctes x1′<x2′<x3′. On poursuit le même raisonnement avec P′ et on voit que P′′ a au moins 2 racines réelles distinctes. Or P′′(X)=n(n−1)Xn−2 n’a que 0 comme racine réelle, contradiction !
Exercice 495 ⭐️ Racine rationnelle, Z[X], Sup/L1
Soit un entier n≥1 et P(X)=anXn+⋯+a1X+a0∈Z[X] avec an=0. Soit r=qp (fraction irréductible) une racine de P. Montrer que p∣a0 et q∣an.
Réflexes
Une racine r de P 👉 Ecrire P(r)=0.
Corrigé
On écrit P(r)=0. En multipliant par qn pour avoir des entiers, on en déduit anpn+an−1qpn−1+⋯+a1qn−1p+a0qn=0. Ecrivons anpn+an−1qpn−1+⋯+a1qn−1p=−a0qn. On voit alors que p divise le membre de gauche, et donc p divise a0qn. Comme p et q sont premiers entre eux, on en déduit que p∣a0 par le lemme de Gauss. En écrivant cette fois-ci −anpn=an−1qpn−1+⋯+a1qn−1p+a0qn, il vient q∣anpn, et on en déduit de la même façon que q∣an.
Exercice 514 ⭐️ Divisibilité, Sup/L1
Soit n∈N⋆. Montrer que (X−1)3 divise nXn+2−(n+2).Xn+1+(n+2)X−n.
Réflexes
(X−α)k divise p 👉 multiplicité de la racine a.
Corrigé
Soit P(X)=nXn+2−(n+2).Xn+1+(n+2)X−n.
Il s’agit de montrer que 1 est racine au moins triple de P, ce qui équivaut à P(1)=P′(1)=P′′(1)=0.
Or P′(X)=n(n+2)Xn+1−(n+2)(n+1)Xn+(n+2) et P′′(X)=n(n+2)(n+1)Xn−(n+2)(n+1)nXn−1.
Donc P(1)P′(1)P′′(1)=n−(n+2)+(n+2)−n=0=n(n+2)−(n+2)(n+1)+(n+2)=0=n(n+2)(n+1)−(n+2)(n+1)n=0
Exercice 515 ⭐️⭐️ Somme partielle série exponentielle, Sup/L1
Pour n∈N∗ on pose Pn=k=0∑nk!Xk.
Montrer que le nombre de racines réelles de Pn est 1 si n est impair, et 0 si n est pair.
Réflexes
Il y a un lien entre Pn et Pn+1 👉 Récurrence !
Corrigé
Notons H(n) : “le nombre de racines réelles de Pn est 1 si n est impair, et 0 si n est pair”. ∙Initialisation. Prenons n=1. P1=X+1 possède une racine réelle qui est −1. Comme 1 est impair, H(1) est donc vraie. ∙Hérédité. Soit n∈N∗, supposons H(n) vraie.
On peut remarquer que Pn+1′=k=1∑n+1k!kXk−1=k=1∑n+1(k−1)!Xk−1=Pn.
Si n est pair, Pn ne s’annule pas (par H.R.), donc il est de signe constant (par T.V.I.). Comme Pn(0)=1, Pn est strictement positif sur R. Ainsi Pn+1 est strictement croissant. Or ses limites sont données par son terme de plus haut degré, et comme n+1 est impair on a x→−∞limPn+1(x)=−∞ et x→+∞limPn+1(x)=+∞. D’après le T.V.I., Pn+1 possède donc une unique racine réelle.
Si n est impair, Pn possède une unique racine α (par H.R.), et d’après ses limites (voir ci-dessus), on a Pn(x)<0 sur ]−∞;α[ et Pn(x)>0 sur ]α;+∞[. Pn+1 possède donc un minimum atteint en α, or Pn+1(α)=Pn(α)+(n+1)!αn+1=(n+1)!αn+1>0.
Cette dernière inégalité vient du fait que (n+1) est pair, et que α=0 (car Pn(0)=1=0).
Exercice 527 ⭐️⭐️⭐️ Trois piles d’affilée, Spé/L2
On lance indéfiniment une pièce. On note Bn l’évènement “sur les n premiers lancers la séquence PPP n’apparaît jamais”, et bn=P(Bn).
Par convention, b0=b1=b2=1.
Montrer que ∀n≥3, bn=21bn−1+41bn−2+81bn−3.
Soit P=X3−21X2−41X−81.
Montrer que λ∈C est racine de P si et seulement si 2λ est racine de Q=X3−X2−X−1.
Montrer que Q possède une unique racine réelle α, et que 47<α<2.
Montrer qu’il possède deux autres racines complexes de module strictement inférieur à α.
En déduire qu’il existe C>0 tel que bn∼C(2α)n,
Corrigé
Notons Pk : “face au k-ème lancer”, et Fk son complémenatire.
Notons Bk→n : “la séquence PPP n’apparaît pas entre les lancers k et n, inclus”. On a P(Bn)=P(Bn∩F1)+P(Bn∩P1∩F2)+P(Bn∩P1∩P2∩F3)=P(B2→n∩F1)+P(B3→n∩P1∩F2)+P(B4→n∩P1∩P2∩F3). Par indépendance (lemme des coalitions), P(Bn)bn=P(F1)P(B2→n)+P(P1∩F2)P(B3→n)+P(P1∩P2∩F3)P(B4→n)=21bn−1+41bn−2+81bn−3.
On a P(λ)=81[(2λ)3−(2λ)2−(2λ)−1].
D’où l’équivalence P(λ)=0⇔Q(2λ)=0, où Q=X3−X2−X−1.
On a Q′(x)=3x2−2x−1=(x−1)(3x+1). Donc Q est :
-strictement croissante sur ]−∞;−1/3],
-strictement décroissante sur [−1/3;1],
-strictement croissante sur [1;+∞[.
Comme Q(−1/3)=27−22<0, on en déduit (théorème de la bijection monotone) que Q possède une unique racine réelle α avec α>1.
Comme Q(7/4)=−29/64<0 et Q(2)=1>0, d’après le T.V.I. on a : 47<α<2.
α n’est pas racine de Q′ donc c’est une racine simple de Q.
Comme Q est scindé dans C et à coefficients réels il possède deux autres racines conjuguées β et β avec β∈C∖R.
Le coefficient dominant de Q étant égal à 1, on a Q(X)=(X−α)(X−β)(X−β).
L’identification du coefficient constant donne alors −α∣β∣2=−1, soit α=∣β∣21.
Ainsi ∣β∣<1<α. (bn) est une suite récurrente linéaire d’ordre 3, son polynôme caractéristique P possède trois racines distinctes 2α,2β et 2β. Par conséquent il existe des constantes C1,C2∈C telles que pour tout n∈N : bn=C1(2α)n+C2(2β)n+C2(2β)n. Enfin comme ∣β∣<α, et C1∈]0;+∞[ (justifications plus loin), les deuxième et troisième terme sont négligeables par rapport au premier et donc bn∼C1(2α)n.
Justifions que C1=0, en raisonnant par l’absurde : on suppose C1=0.
Alors comme bn∈R les deux derniers termes sont conjugués et donc bn=2Re(C2(2β)n).
En notant C2=reit et β=ρeiθ (r,ρ>0), ceci donne bn=2r(2ρ)ncos(t+nθ).
Or θ=0[π] donc il existe n0∈N tel que t+n0θ∈]π;3π/2[ modulo 2π, et donc bn0<0. Ceci est une contradiction car bn0 est une probabilité.
Exercice 548 ⭐️⭐️⭐️ P′ divise P, Sup/L1
C’est un exercice classique.
On souhaite trouver tous les polynômes P∈K[X] tels que P′ divise P (K=R ou C).
Soit P un polynôme de degré d≥1 tel que P′ divise P.
Montrer que ∃r∈K:P(X)=d1(X−r)P′(X).
Montrer ensuite que ∀k∈[[0,d]], P(k)(X)=d−k1(X−r)P(k+1)(X).
Conclure.
Réflexes
Il suffit de voir ce qu’on peut dire du quotient de P par P′.
Ensuite la propriété sur P(k)(X) semble bien se prêter à une récurrence.
On peut exprimer P en fonction de P′, donc en fonction de P′′, … et finalement en fonction de P(d). On obtient une condition nécessaire sur P, il ne faut pas oublier d’étudier la réciproque.
Corrigé
Comme deg(P′)=d−1, il existe un polynôme Q de degré 1 tel que P=QP′.
Notons Q(X)=αX+β. Soit ad le coefficient dominant de P (ad=0).
En identifiant les termes de degré d on obtient ad=αdad, donc α=d1.
On a donc bien Q(X)=d1X+β=d1(X−r) en posant r=−dβ.
Montrons maintenant par récurrence sur k la propriété P(k) : P(k)(X)=d1(X−r)P(k+1)(X), pour k∈[[0,d]].
Pour k=0, cette égalité vient d’être démontrée.
Supposons P(k) pour un entier k∈[[0,d−1]] fixé.
Alors en dérivant l’égalité P(k)(X)=d−k1(X−r)P(k+1)(X) on obtient : P(k+1)(X)=d−k1P(k+1)(X)+d−k1(X−r)P(k+2)(X).
En isolant P(k+1)(X) il vient alors : d−kd−k−1P(k+1)(X)=d−k1(X−r)P(k+2)(X).P(k+1)(X)=d−(k+1)1(X−r)P(k+2)(X).
En itérant la relation ci-dessus on peut écrire : P(X)=d1(X−r)P′(X)=d(d−1)1(X−r)2P′′(X)=(…)=d!1(X−r)dP(d)(X) Comme P(d) est un scalaire, on en déduit que P est de la forme c(X−r)d avec c∈K.
Réciproquement on vérifie aisément que les polynômes c(X−r)d, avec c∈K, d∈N∗, r∈K, sont divisibles par leur dérivée. Conclusion. En remarquant que parmi les polynômes constants, seul le polynôme nul est divisible par sa dérivée, les polynômes recherchés sont exactement les polynômes de la forme P=c(X−r)d,c∈K,r∈K,d∈N∗. Remarque. Dans le cas où K=R, une autre façon de procéder à partir de l’égalité P(X)=d1(X−r)P′(X) était de résoudre cette équation différentielle sur ]r;+∞[ : on obtient alors qu’il existe c∈R tel que ∀x>r,P(x)=cedln(x−r)=c(x−r)d. On en déduit l’égalité P=c(X−r)d (polynômes qui coïncident en une infinité de points).
Exercice 552 ⭐️⭐️⭐️ Coefficients d’un polynôme scindé, Mines PC 2021, Spé/L2
Soit (a0,⋯,an) une suite finie, réelle. On dira qu’elle est
unimodulaire s’il existe 0≤j≤n tel que a0≤a1≤⋯≤aj≥aj+1≥⋯≥an ;
log-concave si pour tout 1≤j≤n−1, on a aj2≥aj−1aj+1 ;
ultra log-concave si ((kn)ak)k=0,⋯,n est log-concave.
Montrer que la suite binomiale ((kn))k=0,⋯,n est log-concave.
Montrer que si (ak)k=0,⋯,n est ultra log-concave, alors elle est log-concave.
Montrer que si (ak)k=0,⋯,n est strictement positive et log-concave, alors elle est unimodulaire.
Soit P(X)=a0+a1X+⋯+anXn∈R[X] avec n≥2 et an=0. On suppose P scindé dans R[X]. Par convention, on considère dans cet exercice que le polynôme nul est scindé dans R[X].
Montrer que P′ est scindé dans R[X].
Montrer que Q(X)=XnP(1/X) est scindé dans R[X].
Soit k∈[[1,n−1]]. On pose Q1(X)=P(k−1)(X),Q2(X)=Xn−k+1Q1(X−1),Q3(X)=Q2(n−k−1)(X). Montrer que Q3∈R2[X] et que Q3 est scindé dans R[X].
En déduire que (ak)k=0,⋯,n est ultra log-concave.
Réflexes
Vérification par le calcul.
Ecrire l’hypothèse, puis prendre la direction de la conclusion souhaitée.
On peut considérer s’il existe le premier rang tel que ak+1<ak, et vérifier que la suite est décroissante à partir de ce rang.
Aller à la pêche aux racines de P′. P′ possède des racines entre les racines de P, d’après Rolle.
Vérifier que ses racines dans C sont en fait nécessairement réelles.
Appliquer les questions précédentes, et regarder ce qui arrive au degré à chaque étape. Pour la conclusion, il paraît naturel d’écrire le discriminant de Q3.
Corrigé
Soit k∈[[1,n−1]]. On a (k−1n)(k+1n)=(k−1)!(n−k+1)!n!(k+1)!(n−k−1)!n!=n−k+1kk!(n−k)!n!k+1n−kk!(n−k)!n!=k+1k×n−k+1n−k(kn)2≤(kn)2. La suite binomiale ((kn))k=0,⋯,n est donc bien log-concave.
Supposons (ak)k=0,⋯,n ultra log-concave. Alors pour tout k∈[[1,n−1]], (k−1n)ak−1(k+1n)ak+1≤(kn)2ak2,
donc, comme un coefficient binomial est positif, on a aussi ak−1ak+1≤≤1, d’apreˋs 1.(kn)2(k−1n)(k+1n)ak2≤ak2.
Soit (ak)k=0,⋯,n une suite strictement positive et log-concave.
Posons j=max{k∈[[0,n]]:a0≤a1≤⋯≤ak}.
(j est bien défini : maximum d’un ensemble fini, et non vide car contenant 0).
Si j=n, alors a0≤a1,≤⋯≤an, donc (ak)k=0,⋯,n est unimodulaire.
Si j<n, alors, on peut montrer par récurrence que pour tout k∈[[j,n−1]], ak+1≤ak.
On a déjà aj+1<aj par définition de j.
Ensuite si on suppose ak+1≤ak pour un rang k∈[[j,n−2]] alors ak+2ak≤ak+12,doncak+2≤≤1akak+1ak+1≤ak+1.
Notons α1<⋯<αr les racines réelles de P, de multiplicités respectives n1,…,nr.
Pour tout i∈[[1,r]],αi est racine de P′ de multiplicit’e ni−1;
Pour tout i∈[[1,r−1]],P:x↦P(x) est continue sur [αi,αi+1],
dérivable sur ]αi,αi+1[ avec P(αi)=P(αi+1)=0,
donc (Rolle), P′ possède une racine βi∈]αi,αi+1[.
La somme des multiplicités est donc au moins égale à (i=1∑r(ni−1))+r−1=deg(P)−1=deg(P′), et donc égale à deg(P′), ainsi P′ est scindé.
On remarque que Q(X)=i=0∑nan−iXi(∗).
On a Q(0)=an=0, : 0 n’est pas racine de Q.
Soit z∈C∗ tel que Q(z)=0. Alors znP(1/z)=0, donc P(1/z)=0.
Ceci entraîne que z1∈R car P est scindé dans R[X], et donc que z∈R.
Conclusion. Q est scindé dans C[X] et ses racines sont toutes réelles : il est donc scindé dans R[X].
En itérant le résultat de 4., on peut affirmer que Q1=P(k−1) est scindé. De plus deg(Q1)=n−(k−1)=n−k+1 car k−1≤n.
D’après la question 5., Q2=Xn−k+1Q1(1/X) est scindé.
De plus (∗) montre que deg(Q2)≤n−k+1.
Enfin, Q3=Q2(n−k−1) vérifie : deg(Q3)≤deg(Q2)−(n−k−1)≤2.
Toujours d’après 4. Q3 est scindé car Q2 l’est.
Les calculs donnent (avec des changements d’indice) : Q1=j=0∑n−k+1j!(j+k−1)!aj+k−1Xj,Q2=i=0∑n−k+1(n−k+1−i)!(n−i)!an−iXi,
et, enfin, Q3=Q2(n−k−1)=i=n−k−1∑n−k+1(n−k+1−i)!(n−i)!(i−(n−k−1))!i!an−iXi−(n−k−1)=j=0∑2(2−j)!(k+1−j)!j!(j+n−k−1)!ak+1−jXj=2(k+1)!(n−(k+1))!ak+1+1k!(n−k)!akX+2(k−1)!(n−(k−1))!ak−1X2=n!(2(k+1n)1ak+1+(kn)1akX+2(k−1n)1ak−1X2). Q3 est de degré ≤2 et scindé dans R[X], donc son discriminant est positif (cette conclusion est valable y compris dans les cas où deg(Q3)<2) : ((kn)ak)2−4(2(k−1n)ak−1)(2(k+1n)ak+1)≥0.((kn)ak)2≥((k−1n)ak−1)((k+1n)ak+1).
La suite (ak)k=0,⋯,n est ultra log-concave.
Exercice 553 ⭐️⭐️⭐️ π est irrationnel
Dans cet exercice on montre par l’absurde que π∈/Q. On suppose donc l’existence de a,b∈N∗ tels que π=ba. On définit pour n∈N∗ : Pn(X)=n!1Xn(a−bX)n.
Montrer que : ∀n∈N∗,∀p∈N, Pn(p)(0)∈Z.
Comparer Pn(X) et Pn(π−X).
En déduire que : ∀n∈N∗,∀p∈N, Pn(p)(π)∈Z.
On définit pour n∈N∗ : In=∫0πPn(t)sin(t)dt.
Montrer que ∀n∈N∗,In∈N∗ et que limIn=0.
Conclure.
Réflexes
Ne pas chercher à exprimer Pn(p)(X). Pour un polynôme P, P(p)(0) est donné par la formule de Taylor. Il faut donc développer Pn.
Rien à signaler.
La seule vraie difficulté est de montrer que In est entier. La question 2. incite à faire des IPP.
Relever une contradiction.
Corrigé
Développons Pn(X). En appliquant la formule du binôme à (a−bX)n, on obtient Pn(X)=n!Xni=0∑n(in)(−b)ian−iXi=i=0∑ni!(n−i)!(−b)ian−iXn+i.
On se souvient (formule de Taylor) que Pn(p)(0)=p!ap, où ap est le coefficient devant Xp dans Pn.
Ainsi :
si p∈/[[n,2n]] alors Pn(p)(0)=0∈Z;
si p∈[[n,2n]] alors (en prenant i=p−n) : Pn(p)(0)=p!×(p−n)!(2n−p)!(−b)p−na2n−p=n!p!×(p−nn)×(−b)p−na2n−p∈Z,
comme produit de nombres entiers (du fait que p≥n, et que p−n,2n−p∈N).
On a, avec π=ba : Pn(π−X)=n!1(ba−X)n(a−b(ba−X))n=n!1(ba−X)n(bX)n=n!1(a−bX)nXn=Pn(X).
Par conséquent pour p∈N, Pn(p)(X)=(−1)pPn(p)(π−X).
En évaluant en 0 on obtient Pn(p)(π)=(−1)pPn(p)(0)∈Z.
Commençons par les choses les plus évidentes.
Pour n∈N∗ la fonction t↦Pn(t)sin(t) est continue, positive, et non identiquement nulle sur [0;π] donc In>0.
Majorons In : on a 0≤Pn(t)=n!1tnbn(π−t)n, et 0≤sin(t)≤1.
Ainsi par croissance de l’intégrale : 0≤In≤n!bn∫0πtn(π−t)ndt. Or pour t∈[0;π] on a π−t∈[0;π] et donc tn(π−t)n≤π2n. Ainsi 0≤In≤n!bnπ2n+1.
Ainsi par croissance comparée on a limIn=0.
Il reste à montrer que In∈Z. Deux IPP successives (non détaillées ici) donnent In=Pn(π)−Pn(0)−∫0πPn′′(t)sin(t)dt
En itérant ceci n+1 fois, en remarquant que deg(Pn)=2n et donc que Pn(2n+2)=0 nous obtenons In=k=0∑n(−1)k(Pn(2k)(π)−Pn(2k)(0)), donc In∈Z, comme somme d’entiers, d’après la question 2.
In∈N∗ entraîne que In≥1, ce qui est incompatible avec limIn=0. C’est donc une contradiction, et donc π∈/Q.
Exercice 566 ⭐️⭐️⭐️⭐️ Echantillonage de polynôme sur le cercle, Sup/Spé/L2/L3
Soit P un polynôme à coefficients complexes, de degré au plus n≥1, et (λs)s∈Z la famille de réels donnée par λs=0 pour s≤−n, λs=(s+n)/n pour −n≤s≤0, λs=1 pour 0≤s≤n, λs=(2n−s)/n pour n≤s≤2n, λs=0 pour s≥2n (le graphe de λs entre −n et 2n suit la forme d’un trapèze).
Montrer que pour tout k∈{0,1,…,n} et tout z∈C, on a : zk=2n1ω∈U2n∑ωks∈Z∑λs(ωˉz)s,U2n étant l’ensemble des racines de l’unité d’ordre 2n.
On pose R(z):=2n1s∈Z∑λszs. Montrer que pour tout z∈C, P(z)=ω∈U2n∑P(ω)R(ωˉz).
On note U:={z∈C,∣z∣=1} le cercle unité. Montrer que pour tout u∈U, ∣R(u)∣≤min(1,2n−2∣1−u∣−2).
Pour z∈U, on note d0≤d1≤⋯≤d2n−1 les distances ∣1−ωˉz∣ pour ω∈U2n, rangées par ordre croissant. Montrer que dj≥2sin(πj/4n).
Montrer que pour tout z∈U, ω∈U2n∑∣R(ωˉz)∣≤1+2n21j=1∑2n−1sin2(πj/4n)1.
Montrer que l’on a le résultat suivant: il existe une constante universelle C>0 telle que le maximum, sur le cercle unité, du module de tout polynôme de degré au plus n est au plus C fois le maximum du module sur 2n points uniformément répartis sur ce cercle. Montrer qu’il est possible de prendre C=5.
On admet d’identité j=1∑N−1sin2(πj/N)1=3N2−1
valable pour tout entier N≥2: une preuve est demandée pour l’exercice 567. Montrer qu’on peut prendre C=7/3.
Montrer qu’il n’est pas possible de prendre C<2.
Commentaires
Le résultat de cet exercice (avec C=14) intervient de manière importante dans l’article suivant, qui étudie l’ordre de grandeur des valeurs extrêmes de polynômes caractéristiques de matrices aléatoires: https://arxiv.org/abs/1607.00243 (voir Lemme 4.3). La valeur optimale de C n’est pas connue par l’auteur de l’exercice, qui en testant quelques dizaines de milliers de polynômes aléatoirement choisis n’a pas pu exclure que C=2 soit possible. On a un résultat analogue (avec une constante ne dépendant que de ε), en changeant U2n par Umax(n+1,⌊n(1+ε)⌋), ε étant n’importe quel réel strictement positif choisi à l’avance. Il est clair qu’on ne peut pas changer U2n en Un, comme le montre l’exemple du polynôme z↦zn−1. Pour Un+1, on obtient un résultat analogue, mais C doit être remplacé par une fonction croissant logarithmiquement en n.
Corrigé
Comme λs=0 dès que s≤−n ou s≥2n, le membre de droite de l’égalité est 2n1s=−n+1∑2n−1λszsω∈U2n∑ωkωˉs=s=−n+1∑2n−1λszs1s≡kmod.2n.
Il n’est pas possible d’avoir ∣s−k∣≥2n avec k∈{0,…,n} et s∈{−n+1,…,2n−1}, donc la congruence n’est satisfaite que pour s=k. Comme λk=1 pour k∈{0,…,n−1}, on obtient le résultat souhaité.
Le résultat est une conséquence directe de 1., par linéarité.
On a 2n∣R(u)∣≤s∈Z∑λs=s=−n+1∑0ns+n+s=1∑n1+s=n+1∑2n−1n2n−s,=n+m=1∑nnm+m=1∑n−1nm=n+2n+1+2n−1=2n
et donc ∣R(z)∣≤1. D’autre part, λs est la moyenne, pour m entier entre 0 et n−1, des indicatrices des intervalles d’entiers {−m,−m+1…,n+m}. On en déduit, en multipliant par n, que si u∈U\{1}: 2n2R(u)=m=0∑n−1s=−m∑m+nus=m=0∑n−1u−1um+n+1−u−m, 2n2R(u)(u−1)=r=n+1∑2nur−r=−n+1∑0ur=u−1u2n+1−un+1−u−1u−u−n+1, 2n2R(u)(u−1)2=(u−u−n+1)(u2n−1).
Comme ∣u−1∣2=(u−1)(u−1−1)=−u−1(u−1)2, on en déduit, pour tout u∈U\{1}: R(u)=2n2∣u−1∣2(u−n−1)(u2n−1).
Le numérateur a un module au plus égal à 4, ce qui prouve le résultat demandé.
Pour j∈{0,1,2,…,2n−1}, l’arc de cercle semi-ouvert correspondant aux arguments dans (−πj/2n,πj/2n] a pour longueur πj/n: il contient donc exatement j points de la forme zωˉ pour ω∈U2n. Parmi les points de cette forme, le (j+1)-ème plus proche de 1 n’est donc pas sur cet arc, son argument pris dans (−π,π] est de valeur absolue au moins πj/2n, et sa distance à 1 est au moins 2sin(πj/4n).
On a les inégalités: ω∈U2n∑∣R(ωˉz)∣≤j=0∑2n−1min(1,2n−2dj−2)≤1+n22j=1∑2n−1dj−2≤1+n22j=1∑2n−1(2sin(πj/4n))21.
En combinant 2. et 5., on trouve le résultat demandé, avec C=1+2n21j=1∑2n−1sin2(πj/4n)1≤1+2n21j=1∑2n−1((2/π)πj/4n)21, C≤1+2j=1∑∞j21=1+3π2≤5.
On applique l’égalité pour N=4n, et on obtient 316n2−1=j=1∑4n−1sin2(πj/4n)1=1+2j=1∑2n−1sin2(πj/4n)1, j=1∑2n−1sin2(πj/4n)1=38n2−2≤38n2.
Ceci permet de prendre C=7/3.
Le polynôme z↦zn+i donne un contre-exemple pour tout C<2.
Exercice 584 ⭐️⭐️⭐️⭐️ Racines sur le cercle unité, L3
Pour λ∈C\{0} et n≥2, on note Mn(λ) la matrice n×n telle que (Mn(λ))jk=λj−k pour tous 1≤j,k≤n.
On suppose que λ est un complexe de module 1. Montrer que Mn(λ) est une matrice hermitienne positive et donner son rang.
On suppose que λ est un complexe de module différent de 0 et 1. Montrer que Mn(λ)+Mn(λ−1) est hermitienne et donner son rang. Combien cette matrice a-t-elle de valeurs propres strictement positives et de valeurs propres strictement négatives ?
On considère un ensemble fini E de complexes non nuls, et des coefficents (αλ)λ∈E réels strictement positifs, tels que pour tout λ∈E, on a λ−1∈E et αλ−1=αλ. On note p le cardinal de E, et q le cardinal commun de E∩{z∈C,∣z∣<1} et de E∩{z∈C,∣z∣>1}. Pour un entier n≥2 donné, on pose P=λ∈E∑αλMn(λ). Montrer que P est une matrice hermitienne, et qu’il existe des sous-espaces vectoriels V et W de Cn de dimensions respectives au plus q et au plus p−q, tels que pour tout v∈Cn orthogonal à V, on a 1≤j,k≤n∑Pjkvjvk≥0, et pour tout w∈Cn orthogonal à W, on a 1≤j,k≤n∑Pjkwjwk≤0.
Montrer que P a au plus q valeurs propres strictement négatives, et au plus p−q valeurs propres strictement positives, en comptant les multiplicités.
On suppose que n≥p. Déterminer le rang de P.
En déduire que si n≥p, alors P a exactement q valeurs propres strictement négatives et p−q valeurs propres strictement positives, en comptant les multiplicités.
On considère un polynôme R=m=0∑ncmXm de degré n, à coefficients complexes, tels que c0=∣cn∣=1, et pour tout m∈{0,1,…,n}, cm=cncn−m. On définit la série formelle L:=−logR:=r=1∑∞r(−1)r(m=1∑ncmXm)r=:m=1∑∞mamXm.
Pour m<0, on pose am=a−m et a0=n, puis on considère la matrice A∈Mn(C) telle que Ajk=aj−k pour 1≤j,k≤n. Montrer que si λ est une racine du polynôme R, alors λ=0 et λ−1 est aussi une racine de R. Montrer que A est hermitienne, le nombre de valeurs propres négatives de A, comptées avec multiplicités, étant égal au nombre de racines distinctes de R de module strictement inférieur à 1, et aussi au nombre de racines distinctes de module strictement supérieur à 1. Montrer que le nombre de racines distinctes de R de module 1 est égal à la différence entre le nombre de valeurs propres strictement positives et le nombre de valeurs propres strictement négatives de A (comptées avec multiplicité).
Montrer que A est une matrice positive si et seulement si toutes les racines de R sont de module 1.
Pour c∈C, on considère le polynôme 1+cX+cX2+X3. Dans quels cas ce polynôme a toutes ses racines de module 1 ? Dans quels cas a-t-il des racines multiples ?
Corrigé
Le fait qu’on ait une matrice hermitienne découle du fait que λk−j=λj−k si ∣λ∣=1. Cette matrice est le produit vv∗ où v est le vecteur colonne de composantes (λj)1≤j≤n, donc son rang est au plus 1. Comme la trace de Mn(λ) est n, le rang de cette matrice hermitienne est exactement 1 et sa valeur propre non nulle est n, ce qui implique que Mn(λ) est une matrice positive.
Posons N=Mn(λ)+Mn(λ−1). On a Njk=λj−k+λk−j, et donc Nkj=Njk, ce qui prouve que N est hermitienne. Comme Mn(λ) et Mn(λ−1) sont de rang au plus 1 (voir plus haut), N est de rang au plus 2. Comme N est hermitienne, N est semblable à une matrice diagonale de la forme Diag(μ,ν,0,0,…,0) avec μ,ν∈R. La somme μ+ν est la trace de N, qui vaut 2n. Le produit μν est, aux conventions de signe près, le coefficient de degré n−2 du polynôme caractéristique de N, ce qui donne μν=1≤j<k≤n∑(NjjNkk−NjkNkj) soit μν=1≤j<k≤n∑(4−∣Njk∣2).
On a λj−k=rjkeiθjk avec rjk∈]0,∞[\{1} et θjk∈R, et λk−j=rjk−1eiθjk, ce qui donne ∣Njk∣=rjk+rjk−1>2. On en déduit que μν<0, et donc N est de rang 2, avec une valeur propre strictement positive et une valeur propre strictement négative.
La matrice P est une combinaison linéaire à coefficients positifs de p−2q matrices du type étudié en 1. et de q matrices du type étudié en 2. : pour chaque matrice Q de type 1., on a toujours 1≤j,k≤n∑Qjkvjvk≥0 et on a 1≤j,k≤n∑Qjkvjvk=0 sur l’orthogonal du vecteur propre de Q correspondant à la valeur propre non nulle de Q, qui est strictement positive. Pour chaque matrice Q de type 2., on a 1≤j,k≤n∑Qjkvjvk≥0 sur l’orthogonal du vecteur propre associé à la valeur propre strictement négative de Q, et 1≤j,k≤n∑Qjkvjvk≤0 sur l’orthogonal du vecteur propre associé à la valeur propre strictement positive de Q. En ajoutant toutes les matrices Q, on en déduit le résultat de l’énoncé, avec V égal à l’espace vectoriel engendré par les vecteurs propres associés aux valeurs propres strictement négatives des matrices de type 2., et W égal à l’espace vectoriel engendré par les vecteurs propres associés aux valeurs propres strictement positives des matrices de types 1. et 2.
Si P a r valeurs propres strictement négatives, on a un espace F de dimension r tel que pour tout v∈F\{0}, 1≤j,k≤n∑Pjkwjwk<0. L’intersection de F et de l’orthogonal de V est alors réduite au vecteur nul, ce qui implique que la somme de leurs dimensions est au plus n: r+(n−q)≤n. On a donc r≤q. On raisonne de même pour les valeurs propres strictement positives, avec W au lieu de V.
On a P=λ∈E∑αλvλ(vλ−1)T, vλ étant le vecteur colonne de composantes (λj−1)1≤j≤n, et (vλ−1)T le vecteur ligne transposé de vλ−1. Comme p≤n, les vecteurs lignes (vλ−1)T sont des lignes d’une matrice de Vandermonde, donc ils sont indépendants. Pour tout λ0∈E, il existe donc des vecteurs colonnes annulant (vλ−1)T pout tout λ=λ0, mais n’annulant pas (vλ0−1)T. On en déduit que vλ0 est dans l’image de P. Comme les vecteurs vλ0 sont des colonnes d’une matrice de Vandermonde, ils sont indépendants, et donc l’image de P contient p vecteurs indépendants, ce qui implique que P est de rang au moins p. Comme P est la somme de p matrices de rang 1, P est de rang exactement p.
Si le résultat indiqué était inexact, P serait de rang strictement inférieur à p d’après 4., ce qui contredit 5.
On a pour λ1,…,λn∈C, la factorisation R=s=1∏n(1−λsX). Comme cn=0, on a λs=0 pour tout s∈{1,…,n}. La symétrie entre les coefficients donne R(X)=cnXnR(X−1), donc R=cns=1∏n(X−λs). Des deux factorisations de R, on en déduit que si λ est l’inverse d’une racine de R, alors λ−1 est aussi l’inverse d’une racine, de même multiplicité. On a clairement la même chose en remplaçant les inverses de racines par les racines. On écrit maintenant, en prenant le logarithme de la factorisation de R: L=m=1∑∞mXms=1∑nλsm, ce qui donne am=s=1∑nλsm pour m≥1. La invariance de l’ensemble des racines, prises avec multiplicité, par la transformation λ↦λ−1 montre que am=s=1∑nλsm aussi pour m<0 tandis que la relation est évidente pour m=0. Ceci implique que A=s=1∑nMn(λs)=λ∈E∑αλMn(λ),E étant l’ensemble des inverses de racines de R et αλ étant la multiplicité de λ. On conclut alors facilement en utilisant le résultat de la question 6.
A est positive si et seulement si le nombre de valeurs propres stricement négatives est nul, donc par 7., si et seulement s’il n’y a pas d’inverse de racine de R de module strictement inférieur à 1, ni de racine de module strictement supérieur à 1.
On a L=−(cX+cX2)+21(cX+cX2)2+o(X2), o(X2) désignant une série dont tous les termes non nuls sont de degré 3 ou plus. On en déduit L=−cX+(c2/2−c)X2+o(X2), a1=−c, a2=c2−2c, et finalement A=⎝⎛3−cc2−2c−c3−cc2−2c−c3⎠⎞.
Le déterminant de A vaut 27+(−c)2(c2−2c)+(−c)2(c2−2c)−3∣c∣2−3∣c2−2c∣2−3∣c∣2 soit D:=det(A)=27−∣c∣4−18∣c∣2+8ℜ(c3)
Si D>0, A a trois valeurs propres non nulles, 0 ou 2 étant négatives. Par 7., il y a au moins autant de valeurs propres positives que négatives, donc le deuxième cas n’est pas possible: A est définie positive et 1+cX+cX2+X3 a trois racines distinctes sur le cercle unité.
Si D<0, A a trois valeurs propres non nulles, une étant négative. Donc il y a une racine du polynôme de module inférieur à 1, une racine de module supérieur à 1 et une racine de module 1.
Si D=0, A est semblable à Diag(μ,ν,0) pour des réels μ et ν. On a μν=2(9−∣c∣2)+(9−∣c2−2c∣2)=27−∣c∣4−6∣c∣2+4ℜ(c3).
Comme D=0, 8ℜ(c3)=∣c∣4+18∣c∣2−27 et μν=21(27+6∣c∣2−∣c∣4)=2(3+∣c∣2)(9−∣c∣2).
On observe que 0=D≤27−∣c∣4−18∣c∣2+8∣c∣3=(3−∣c∣)3(1+∣c∣),
ce qui implique ∣c∣≤3. Si ∣c∣<3, μν>0, A est positive de rang 2, ce qui prouve que le polynôme a une racine double et une racine simple, toutes deux de module 1. Le cas ∣c∣=3 ne peut se produire que si D≤27−∣c∣4−18∣c∣2+8∣c∣3 est une égalité, soit 8c3∈R+. Ceci n’a lieu que pour c=3ω, avec ω∈{1,j,j2} racine cubique de l’unité. Le polynôme est alors (1+ωX)3 et on a une racine triple.
Pour résumer, 1+cX+cX2+X3 a toutes ses racines de module 1 si et seulement si 27−∣c∣4−18∣c∣2+8ℜ(c3)≥0: si l’inégalité est stricte, les trois racines sont simples, s’il y a égalité et c3=27, il y a une racine simple et une racine double, si c3=27 il y a une racine triple. Si on a 27−∣c∣4−18∣c∣2+8ℜ(c3)<0, il y a une racine du polynôme de module inférieur à 1, une racine de module supérieur à 1 et une racine de module 1, nécessairement toutes simples. La courbe des points du plan d’affixe c telle que D=27−∣c∣4−18∣c∣2+8ℜ(c3) est nul s’appelle deltoïde.